Face à une croissance spectaculaire des inégalités, un rapport du G20, rédigé sous la direction du prix Nobel Joseph Stiglitz, avertit que ces disparités risquent de saper les fondements même de la démocratie et de la cohésion sociale dans le monde.
Le G20 alerte : les inégalités menacent directement la démocratie

Le 4 novembre 2025, le G20 a publié un rapport choc sur les inégalités mondiales, dirigé par l’économiste Joseph Stiglitz. Il dévoile l’ampleur de la fracture sociale à l’échelle planétaire et dresse un tableau alarmant des menaces que représentent ces inégalités pour les sociétés démocratiques. Le texte, qui qualifie ces disparités de « crise mondiale », appelle à une réaction urgente et coordonnée à l’échelle internationale.
Le G20 confirme : les riches accaparent les richesses et les inégalités explosent
Le rapport, rédigé par le G20 Extraordinary Committee of Independent Experts on Global Inequality, constate que les richesses mondiales sont de plus en plus concentrées dans les mains d’une petite élite. Selon les données du comité, les 1 % les plus riches ont capté 41 % de la richesse mondiale créée entre 2000 et 2024, alors que les 50 % les plus pauvres n’en ont reçu qu’à peine 1 %.
Une autre donnée particulièrement inquiétante du rapport concerne l'héritage de la richesse. D'ici 2035, plus de 70 000 milliards de dollars d'actifs seront transmis aux générations suivantes, une situation qui renforcera encore davantage les inégalités économiques. Cette concentration de la richesse a des effets dévastateurs, comme l'explique Joseph Stiglitz, cité dans Sud Ouest : « Ce phénomène n'est pas seulement une question de justice sociale. Il menace notre économie et fragilise nos systèmes politiques. »
Le rapport souligne que 83 % des pays, représentant 90 % de la population mondiale, présentent des niveaux d’inégalité préoccupants. Il en résulte un phénomène mondial : les pays les plus inégalitaires sont sept fois plus susceptibles de voir leurs institutions démocratiques se fragiliser.
Inégalités : le G20 demande à taxer les riches
Le G20 ne se contente pas de dresser un constat alarmant, il formule également des recommandations concrètes pour inverser cette tendance. D’abord, il propose de créer un panel international sur les inégalités, inspiré du GIEC, chargé d’évaluer et de recommander des actions pour réduire les écarts de richesse. Une telle initiative pourrait placer la question des inégalités au même niveau de priorité que le changement climatique, un enjeu mondial majeur.
Le rapport insiste également sur la nécessité d’une réforme fiscale à l’échelle mondiale. Selon Le Monde, le G20 recommande une taxation plus juste des grandes entreprises et des multinationales, ainsi qu’une meilleure redistribution de la richesse, notamment par une réforme des droits de propriété intellectuelle dans des domaines stratégiques comme la santé et l’environnement.
De plus, le rapport plaide pour des politiques économiques visant à réduire la pauvreté et à renforcer la classe moyenne. Cela inclut des investissements dans les services publics (éducation, santé), ainsi qu’une politique de soutien au travail et aux syndicats. L’objectif est de garantir que les fruits de la croissance bénéficient équitablement à l’ensemble de la population.
Pourquoi ces inégalités menacent-elles les démocraties ?
Les conséquences des inégalités vont bien au-delà de l’économie. Le rapport du G20 prévient que ces disparités ont un impact direct sur la stabilité des régimes démocratiques. En concentrant la richesse et le pouvoir entre les mains d'une élite restreinte, les inégalités affaiblissent les institutions démocratiques. Cela crée une situation où les citoyens se sentent de plus en plus déconnectés de leurs gouvernements, menant à une perte de confiance dans les institutions politiques.
Le rapport note également que l’écart croissant entre riches et pauvres alimentent les tensions sociales. Le texte met en évidence que « un quart de la population mondiale saute régulièrement des repas », alors même que les grandes fortunes ont doublé depuis la crise sanitaire de la COVID-19. En conséquence, les sociétés deviennent plus polarisées, et les frustrations sociales se transforment souvent en mouvements populistes.
Les experts rappellent également qu’une démocratie forte ne peut exister que si ses citoyens se sentent égaux et représentés. Dans les pays où l'inégalité est forte, il devient plus facile pour des régimes autoritaires ou populistes de se renforcer, comme l’a observé le rapport dans plusieurs régions du monde.
