Le gouvernement veut réduire drastiquement le remboursement des cures thermales, aujourd’hui fixé à 65 %. Ce virage budgétaire majeur, justifié par la recherche d’économies pour la Sécurité sociale, pourrait ramener la prise en charge à seulement 15 %.
Cure thermale : vers un remboursement de 15 % seulement ?

Depuis le début des débats sur le Budget, le mot d’ordre du gouvernement est clair : faire des économies. Les cures thermales, longtemps intégrées au champ des soins remboursés par la Sécurité sociale, sont directement visées. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoit en effet une baisse du remboursement de ces prestations, dont le taux passerait de 65 % à 15 %. Cette réforme, qui toucherait près de 470 000 patients chaque année, bouleverserait un secteur déjà fragile.
Baisse du remboursement des cures thermales : un virage budgétaire assumé par le gouvernement
L’exécutif met en avant la nécessité de redresser les comptes publics et de recentrer la Sécurité sociale sur les dépenses jugées prioritaires. D’après CNews, cette mesure pourrait générer environ 200 millions d’euros d’économies. La ministre déléguée chargée de la Solidarité, Charlotte Parmentier-Lecocq, a confirmé que « le remboursement des cures thermales est en cours de réévaluation », précisant que le gouvernement souhaite adapter le niveau de prise en charge « au service médical rendu ».
Ce projet fait suite à plusieurs recommandations de la Cour des comptes, qui estime que « la France est l’un des derniers pays de l’OCDE à prendre en charge des soins thermaux sans que leur efficacité soit démontrée », selon Le Dauphiné . Les magistrats financiers soulignent que ces cures représentent un coût annuel d’environ 350 millions d’euros pour l’Assurance maladie, alors même que les preuves scientifiques de leur bénéfice restent incomplètes.
Le taux de remboursement actuel, fixé à 65 % du tarif conventionnel, couvre un forfait de 150,01 €, soit une prise en charge réelle de 97,50 €, selon Service-public.fr. Ce niveau est appliqué aux soins réalisés dans des établissements thermaux agréés, les thermes devant être prescrits par un médecin et validés par la Sécurité sociale. Avec la réforme envisagée, cette couverture tomberait à 15 %, soit moins de 25 € remboursés pour la même prestation.
Une économie qui pourrait fragiliser les stations thermales
Les professionnels du thermalisme redoutent un effondrement de la fréquentation. En 2024, environ 470 000 curistes ont bénéficié d’une cure thermale conventionnée, selon Public Sénat. Ces séjours représentent en moyenne 560 € par patient, dont 400 € sont actuellement remboursés. Une réduction à 15 % transférerait donc plus de 300 € de reste à charge sur les assurés.
Le sénateur du Puy-de-Dôme, Jean-Marc Boyer, alerte : « Le déremboursement conduirait à une situation catastrophique pour les stations thermales et pour les patients », a-t-il déclaré selon Public Sénat. Dans de nombreuses communes rurales, l’activité thermale constitue la principale ressource économique. Or, une baisse de fréquentation de 30 à 40 % est redoutée si les remboursements diminuent fortement.
Entre équité et efficacité : un débat de fond sur la Sécurité sociale
Pour le gouvernement, cette baisse du remboursement s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’« efficience » du système de soins. La Sécurité sociale devra réaliser près de 3,9 milliards d’euros d’économies en 2026. Réduire le taux de remboursement des cures thermales apparaît comme une mesure symbolique mais politiquement risquée : elle cible un secteur souvent perçu comme de confort, mais soutenu par de nombreux élus locaux.
Le dispositif actuel prévoit que les cures prescrites pour certaines affections (rhumatologie, voies respiratoires, troubles circulatoires, etc.) soient prises en charge à 65 %, voire à 100 % pour les patients en affection de longue durée (ALD). Or, selon TF1 Info, un projet de décret envisage de ramener ce taux à 65 % pour ces derniers, supprimant ainsi la gratuité dont ils bénéficiaient jusqu’ici. Ce double ajustement – passage de 100 % à 65 % pour les ALD et de 65 % à 15 % pour les autres – marquerait une rupture historique dans la politique du thermalisme médical.
Les critères d’éligibilité devraient rester inchangés : prescription médicale, station agréée et respect du plafond de ressources, fixé à 47 100 € pour une personne seule. Mais la réduction du remboursement pourrait, de facto, restreindre l’accès à ces soins thermaux à une population plus aisée, accentuant les inégalités de santé territoriales.
