Après des années marquées par une perte de pouvoir d’achat par les salariés, les chiffres publiés début novembre 2025 par la DARES, le service statistique du ministère du Travail, laissent entrevoir une embellie. On y lit que le salaire mensuel de base (SMB) a progressé de 2% sur un an au troisième trimestre 2025, tandis que les prix à la consommation n’ont augmenté que de 1,1% sur la même période.
Salaire et inflation : votre pouvoir d’achat s’améliore-t-il en 2025 ?

Salaire de baise : une hausse moyenne de 2%
Au troisième trimestre 2025, le salaire mensuel de base (SMB) corrigé de l’inflation gagne près d’un point de croissance. Il a en effet augmenté de 2% sur un an, tandis que l'inflation a progressé de 1,1%, annonce la DARES, le service statistique du ministère du Travail. Dans un contexte économique toujours incertain, cette hausse est d’autant plus notable qu’elle marque une rupture avec la période 2022-2023, au cours de laquelle les prix avaient grimpé plus vite que les salaires. Pour la première fois depuis longtemps, les revenus de base des salariés du privé devancent donc la hausse des prix. « Cette progression du salaire de base traduit la combinaison de négociations collectives soutenues et d’un marché du travail encore tendu », peut-on lire dans la note d’analyse de la DARES.
Dans le détail, dans les entreprises de dix salariés ou plus, le salaire de base a augmenté de 0,3% entre juillet et septembre 2025, confirmant une tendance installée depuis début 2025. Sur douze mois, la hausse atteint donc 2%, un rythme relativement homogène selon les catégories professionnelles. Les ouvriers et employés enregistrent une progression moyenne de 2%, les professions intermédiaires de 1,9%, et les cadres de 2%. Même répartition du côté des secteurs : +2,1% dans l’industrie, +1,9% dans la construction et +1,9% dans le tertiaire. Cette stabilité témoigne d’un mouvement généralisé, sans forte disparité entre métiers.
Pourtant, il convient de rappeler que l’indice du salaire mensuel de base ne tient pas compte des primes, heures supplémentaires ou rémunérations variables. Ce qu’il mesure, c’est la rémunération fixe versée chaque mois. La DARES insiste sur ce point : le salaire de base n’est qu’un indicateur, mais il permet de suivre l’évolution structurelle du pouvoir d’achat dans le temps.
Salaires : des raisons multiples derrière cette hausse
Si les salaires de base progressent plus vite que les prix, c’est en partie l’effet d’un rattrapage après plusieurs années de décrochage. En 2022 et 2023, l’inflation dépassait nettement les hausses de rémunération, érodant le revenu réel des ménages. C'est donc à une correction mécanique que nous assistons aujourd’hui. Autrement dit, les entreprises réajustent progressivement les grilles salariales afin de compenser les pertes subies pendant la période de forte inflation.
Autre facteur, la tension persistante sur le marché de l’emploi. Dans de nombreux secteurs — notamment l’industrie, la logistique ou l’hôtellerie —, les employeurs peinent encore à recruter. Pour retenir leurs salariés ou en attirer de nouveaux, ils n’ont d’autre choix que d’améliorer les conditions salariales. Cette tension structurelle pèse directement sur les salaires, d’autant plus que certaines branches ont dû renégocier leurs accords collectifs en 2025 pour rester compétitives.
Les négociations annuelles obligatoires (NAO) jouent aussi un rôle essentiel. En 2025, les accords salariaux conclus dans les grandes entreprises ont souvent intégré une hausse générale, autour de 3% en moyenne, même si les augmentations individuelles ont tendance à ralentir. Ces négociations, alimentées par la pression inflationniste, favorisent une diffusion des hausses dans l’ensemble du tissu économique, y compris dans les PME.
Enfin, le mécanisme d’indexation du SMIC a également tiré les salaires vers le haut. Il faut savoir que le salaire minimum est automatiquement revalorisé lorsque l’inflation dépasse un certain seuil. Depuis janvier 2025, il a connu une nouvelle augmentation de 1,2%, portant son montant brut mensuel à 1.792 euros, ce qui a mécaniquement entraîné des revalorisations dans les échelons juste au-dessus.
Salaires : une hausse à relativiser
Faut-il pour autant parler de véritable reprise du pouvoir d’achat ? Pas tout à fait. D’abord, parce que la progression du salaire de base, si elle dépasse les prix, reste modeste au regard du coût de la vie. Les dépenses contraintes — logement, énergie, alimentation — continuent d’augmenter plus vite que l’inflation moyenne, ce qui limite la marge réelle des ménages.
Ensuite, les écarts entre salariés demeurent importants. L’étude de la DARES montre que la hausse est relativement uniforme en pourcentage, mais non en valeur absolue : une augmentation de 2% n’a évidemment pas le même effet sur un salaire de 1.800 euros que sur un revenu de 4.000 euros. De plus, la dynamique observée concerne surtout le secteur privé, tandis que les agents publics ne bénéficient pas de la même évolution. De plus, le primes — très présentes dans certains métiers du tertiaire et de la finance — peuvent fluctuer à la baisse, ce qui réduit l’effet positif observé sur la base fixe.
En somme, le constat est encourageant sans être triomphal. Le salaire de base rattrape son retard, l’inflation se modère, et le pouvoir d’achat retrouve un peu de souffle. Mais la tendance reste fragile : tout dépendra, dans les mois à venir, du rythme de l’activité économique et des futures négociations collectives.
