Dans le débat actuel sur la retraite, une donnée frappe : les pensions des hommes sont en moyenne bien plus élevées que celles des femmes.
Retraite : pourquoi les pensions des hommes sont 62 % supérieures à celles des femmes

Alors que les carrières ont évolué, une inégalité femmes‑hommes persiste : à pension de retraite égale d’ancienneté, les femmes touchent significativement moins. Éclairage sur la situation à partir de l'étude de la Fondation des femmes parue le 22 octobre 2025.
Un écart massif de pension entre hommes et femmes
Les chiffres sont sans équivoque : « les hommes perçoivent des pensions de retraite en moyenne 62 % supérieures à celles des femmes », selon la note intitulée « Le coût d’être retraitée » publiée le 22 octobre 2025 par la Fondation des Femmes. De son côté, Le Point relève qu'en 2023, la pension brute moyenne des femmes s’élève à 1 306 € par mois, contre 2 089 € pour les hommes — soit un écart d’environ 58 %. Cet écart de pension s’ajoute à d’autres écarts déjà connus. Par exemple, l’INSEE indique un écart salarial annuel femmes‑hommes de 22,2 % en 2023. Ainsi, non seulement les pensions sont très divergentes, mais l’ampleur dépasse largement l’écart salarial seul.
Les mécanismes en cause
Carrières fragmentées et temps partiel
La note de la Fondation des Femmes explique que « le système d’assurance retraite français (…) ne se contente pas de reproduire et révéler ces inégalités salariales et de carrière, il les amplifie ». Concrètement, les femmes se voient davantage confrontées à des interruptions pour maternité ou pour aide à un proche ; un emploi à temps partiel ; un parcours professionnels plus morcelés. Ces facteurs réduisent le montant des cotisations versées, et donc les droits acquis pour la retraite. Par exemple, la prise en compte des 25 meilleures années dans le privé pénalise les carrières hachées.
Départ plus tardif et pension plus modeste
La note précise que les femmes partent « en moyenne huit mois plus tard que les hommes ». Cette différence de timing se combine aux droits réduits, augmentant la perte cumulative. De plus, au bas de l’échelle, « près de 75 % des retraités modestes (ceux percevant moins de 1 000 euros par mois) sont des femmes ». Ainsi, les femmes font face à une double pénalité : une carrière moins rémunérée et un système de calcul défavorable.
Le rôle du système de calcul des pensions
Le système français calcule la pension de base sur les revenus les mieux assurés (dans le privé, les 25 meilleures années). Les interruptions ou faibles revenus limitent l’effet de cette règle. La note affirme : « La manière dont sont calculés les droits à la retraite est favorable aux travailleurs effectuant des carrières longues et ininterrompues. »
Ainsi, le calcul des pensions des hommes et des femmes révèle que l’écart ne vient pas seulement des salaires, mais aussi du mode de calcul du droit.
Conséquences sociales et perspectives d’évolution
Cet écart des pensions induit des conséquences socio‑économiques majeures : les femmes retraitées sont davantage exposées à la précarité. La note pointe que le système de retraite « amplifie » les inégalités accumulées pendant la vie active. Du point de vue politique, Le Point indique que malgré un écart encore élevé (37 % en 2023 d’après la DREES), cet écart a diminué depuis 2004 (50 %) et pourrait se résorber d’ici 2060 selon le Conseil d’Orientation des Retraites.
Des pistes existent : valoriser davantage les droits familiaux, ajuster les règles de calcul des pensions, reconnaître le travail invisible (domestique, aidance). Mais sans transformation structurelle du marché de l’emploi et du système de retraite, l’écart femmes‑hommes risque de perdurer.