Retraités : le forfait de 2.000 euros abandonné, le calendrier a tranché

La réforme de l’abattement fiscal accordé aux retraités n’aura finalement pas lieu en 2026. Longtemps évoquée à l’automne dans le cadre du projet de loi de finances, l’idée de remplacer la réduction de 10% par un forfait de 2.000 euros a été écartée. Plus qu’un simple rejet politique, c’est désormais le calendrier fiscal qui rend toute modification impossible pour l’année à venir.

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By Aurélie Giraud Published on 9 janvier 2026 9h53
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La réforme de l’abattement fiscal des pensions n’a pas été adoptée à temps pour s’appliquer en 2026. - © Economie Matin
10% Ce taux d’abattement fiscal continuera de s’appliquer aux pensions de retraite pour l’imposition des revenus de 2025.

Le débat a animé les discussions budgétaires de fin d’année, suscitant de vives réactions chez les retraités comme chez les élus. En toile de fond : un dispositif ancien, l’abattement fiscal de 10% appliqué aux pensions, régulièrement critiqué pour son coût et son manque de ciblage. La proposition de le remplacer par un forfait unique devait simplifier la fiscalité et redistribuer l’avantage. Mais entre opposition parlementaire et contraintes juridiques, la réforme s’est heurtée à un mur. Pour 2026, le statu quo s’impose.

L’abattement de 10% pour les retraités : un dispositif historique maintenu

Depuis des décennies, les pensions de retraite bénéficient d’un abattement fiscal automatique de 10%, appliqué avant le calcul de l’impôt sur le revenu. Ce dispositif vise à réduire la base imposable des pensions, avec un plancher et un plafond fixés par la loi, afin d’éviter des effets excessifs pour les revenus les plus faibles comme pour les plus élevés.

Souvent présenté comme une forme de « congé fiscal », cet abattement a pour objectif de tenir compte de la situation particulière des retraités, qui ne peuvent plus déduire de frais professionnels. Concrètement, il permet à de nombreux foyers de diminuer leur impôt, voire de rester en dehors de l’imposition sur le revenu. Son coût pour les finances publiques est toutefois régulièrement pointé du doigt, ce qui explique qu’il revienne périodiquement dans le viseur des réformes.

Un forfait de 2.000 € rejeté par l’Assemblée

Dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances pour 2026, l’exécutif et plusieurs parlementaires ont proposé de remplacer l’abattement proportionnel par un forfait fixe de 2.000 euros par retraité. L’argument avancé était double : simplifier le système et recentrer l’avantage fiscal sur les pensions modestes, là où l’abattement de 10% bénéficie mécaniquement davantage aux revenus élevés.

Mais cette proposition n’a pas convaincu. À l’automne, les députés ont rejeté l’idée lors des débats budgétaires, estimant notamment qu’un forfait risquait de pénaliser une partie des classes moyennes retraitées. Le rejet de cette mesure a été acté à l’Assemblée nationale à la mi-novembre, mettant un premier coup d’arrêt à la réforme.

Pourquoi il est désormais trop tard pour 2026

Au-delà du rejet parlementaire, c’est surtout le calendrier fiscal qui a définitivement clos le dossier. Les règles applicables à l’imposition des revenus sont encadrées par des délais stricts. Pour être mises en œuvre, les modifications fiscales doivent être votées avant la fin de l’année précédant celle de l’imposition.

En clair, toute réforme de l’abattement applicable aux pensions aurait dû être définitivement adoptée avant le 31 décembre. Une fois cette date franchie, il n’est plus possible de modifier les paramètres fiscaux pour l’exercice suivant.

Ce constat a d’ailleurs été reconnu publiquement par le gouvernement, comme le soulignent nos confrères de BFM. Invitée sur RTL le 8 janvier, Amélie de Montchalin a confirmé que le calendrier rendait toute réforme inapplicable pour 2026 : « Ce n’est plus possible puisque quand on passe le 31 décembre, l’abattement sur les retraités – certains voulaient le réformer, j’en faisais partie, nous avions fait une proposition en ce sens – on n’a plus le droit de le faire ».

Autrement dit, la réforme n’a pas seulement été contestée : elle a été dépassée par le calendrier. Même un éventuel consensus tardif n’aurait plus permis de modifier l’imposition des retraités pour l’année à venir.

Ce que cela change concrètement pour les retraités

Pour les retraités, la conséquence est simple : lors de la déclaration des revenus de 2025, imposés en 2026, l’abattement de 10% continuera de s’appliquer dans les conditions actuelles. Aucune démarche particulière n’est à effectuer, le mécanisme restant automatique.

Ce maintien apporte une forme de visibilité fiscale à court terme, dans un contexte où les débats sur les retraites et leur financement restent vifs. Il ne signifie toutefois pas que la question soit définitivement enterrée. Le coût budgétaire du dispositif et les interrogations sur son équité pourraient ressurgir lors de prochains projets de loi de finances.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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