Il est des termes qu’on ne s’attendrait pas à voir dans la communication officielle du gouvernement français, pour le peu que celui-ci ne veuille pas tomber dans le trumpisme et le ridicule. Et pourtant, voici que le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de la Décentralisation dévoile un « méga-décret ». Clairement, ça va barder !
Méga-décret : ce n’est pas une blague !

C’est un communiqué officiel du gouvernement qui l’annonce le 13 janvier 2026 : « Première étape franchie pour le méga-décret de simplification pour les collectivités territoriales ». Une bonne nouvelle pour l’organisation de l’État qui nécessite de la simplification, mais une très mauvaise nouvelle pour la langue française.
Méga-décret : un décret qui est mieux que les autres
On avait les Projets de loi, les ordonnances, les décrets… mais le gouvernement de Sébastien Lecornu va aller encore plus loin avec une nouveauté : le premier « méga-décret ». Il est plus gros, plus beau, plus puissant que les autres. Une véritable évolution, « méga-évolution » même, pour reprendre les codes des dessins animés et des jeux-vidéo.
Mais si vous vous attendiez à quelque chose d’exceptionnel, vous risquez d’être très déçu. « Le projet de méga-décret est en fait composé d’un décret en Conseil d’État, d’un décret simple et d’un arrêté portant diverses mesures de simplification de l’action publique locale et des normes applicables aux collectivités territoriales et à leurs groupements », explique le ministère. Pas de révolution, juste une série de décrets censés modifier « le Code général des collectivités territoriales, le Code de l’urbanisme, le Code de la commande publique et le Code de l’environnement ». Face au nom, la réalité fait pâle figure.
On aurait pu s’attendre à un décret qui recoupe des dizaines, des milliers voire des millions de décrets. C’est le sens du préfixe Mega : « Méga‑ ou, parfois, Még‑, placé devant le nom d’une unité, multiplie celle-ci par un million », explique l’Académie française. Mais non, en voilà trois.
Le trumpisme avance : les mots avant les actes
Difficile de ne pas faire le parallèle entre ce nouveau « méga-décret » et Donald Trump. Lui qui a lancé la « Big Beautiful Bill » (« La grande et belle loi », en français) et qui ne manque pas de faire des annonces éclatantes qui ne sont que rarement suivies d’effet, ne pourrait qu’être en admiration devant le « méga-décret » du gouvernement français. Et que dire des citoyens ? Ils ne peuvent que remarquer que l’exécutif travaille lorsque les décrets deviennent « méga ».
Peut-être que ce décret va nous sauver, comme le héros japonais Mégaman ? Ou est-ce là une nouvelle forme de « méga-lomanie » d’Emmanuel Macron et sa clique ?
Reste que rajouter le préfixe « méga » devant un terme aussi sérieux que « décret » paraît au mieux absurde, au pire très peu professionnel. À moins qu’il ne s’agisse d’une nouvelle tendance pour le quotidien des Français : nous aurons bientôt des « méga-factures » d’électricité et de gaz, des « méga-rapports »... sans oublier, évidemment, les « méga-taxes » qui feront très mal à votre pouvoir d’achat et ne résoudront en rien la dette publique. Mais tout est grand, tout est beau, tout est « méga »… donc tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Une infinité de possibilités pour les futures décisions de l’exécutif
Il faut juste espérer que ce « méga-décret » ne soit pas le début d’une inflation terminologique de la part du gouvernement. Car avec un peu d’imagination il est possible d’envisager encore plus grand et plus beau : le « giga-décret ». Et puis nous aurons des « ultra-décrets ». Des « décrets-de-la-mort-qui-tuent », des « super-décrets-hyper-importants »… la liste est infinie. L’absurde aussi.
Si Sébastien Lecornu veut des idées, qu’il nous envoie un e-mail : nous nous ferons un plaisir de l’aider à trouver la nouvelle formule qui fera date.
En attendant, sachez-le donc : le gouvernement prépare son tout premier « méga-décret » en 2026. Sa publication est prévue en février 2026, après passage devant le Conseil d’État. On pourra donc rapidement savoir si rajouter un préfixe devant « décret » a un quelconque effet sur l’efficacité de ce dernier. Vous avez des doutes ? Nous aussi.
