Apple a tranché : à partir de 2026, Siri reposera sur les modèles Gemini développés par Google. Ce choix marque un tournant majeur dans la stratégie d’intelligence artificielle du groupe de Cupertino, longtemps attaché à l’intégration verticale. Derrière cette décision, Apple révèle ses priorités technologiques, ses contraintes industrielles et sa lecture très pragmatique de la course mondiale à l’IA.
Intelligence artificielle : Apple jette l’éponge et en appelle à Gemini

Intelligence artificielle : Apple a conclu que c'est Google qui avait la meilleure offre
Depuis plus de dix ans, Apple revendique une approche singulière de l’intelligence artificielle. L’entreprise privilégie le traitement local, la sobriété des modèles et la protection des données. Cependant, malgré des investissements constants, Apple a pris du retard sur l’IA générative. Siri, lancé en 2011, est resté limité face aux assistants conversationnels apparus depuis 2022. Or, dans un marché dominé par la fluidité, la contextualisation et la génération de texte, cette situation devenait difficilement tenable pour Apple.
Dans ce contexte, Apple a évalué plusieurs technologies externes afin de moderniser Siri. L’entreprise a ainsi mené des tests approfondis sur différents modèles avancés, avant de retenir Gemini comme socle principal. Cette décision repose sur des critères de performance, mais aussi sur la capacité du modèle à être intégré dans l’écosystème Apple sans remise en cause de ses standards de confidentialité. Apple a ainsi estimé que Gemini offrait « la base la plus performante » pour atteindre ses objectifs à court et moyen terme.
Le choix de Google peut sembler paradoxal. Apple et Google sont des concurrents historiques sur les systèmes d’exploitation, la publicité et les services numériques. Toutefois, dans l’intelligence artificielle, l’enjeu est d’une autre nature. Développer un modèle de très grande taille nécessite des volumes massifs de données, des infrastructures de calcul colossales et une capacité d’itération extrêmement rapide. À ce stade, Apple ne dispose pas encore de modèles équivalents à ceux de Google ou d’OpenAI.
Siri : pas d'inquiétude, vos données personnelles ne quitteront pas les serveurs d'Apple
Apple consacre chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros à la recherche et développement. Pourtant, l’IA générative impose une rupture d’échelle. Il faut savoir que le modèle Gemini proposé à Apple repose sur une architecture comptant environ 1.200 milliards de paramètres, un niveau bien supérieur aux modèles internes utilisés jusqu’à présent dans Apple Intelligence. Développer un tel système en interne aurait nécessité plusieurs années supplémentaires, un délai incompatible avec la pression concurrentielle actuelle.
Le facteur temps est central. Apple ne pouvait pas se permettre d’attendre une maturité hypothétique de ses propres modèles. Dans le même temps, Google dispose déjà d’une infrastructure mondiale de centres de données spécialisés dans l’IA. En s’appuyant sur Gemini, Apple bénéficie immédiatement d’un niveau de performance comparable à celui des meilleurs assistants conversationnels du marché. Cette approche permet à Apple de rester compétitif sans renoncer à ses principes fondamentaux.
La question de la confidentialité a également pesé lourd. Contrairement à d’autres partenariats technologiques, l’accord prévoit que Gemini fonctionne sur des serveurs opérés par Apple, via son architecture Private Cloud Compute. Google n’aura pas d’accès direct aux données personnelles des utilisateurs d’iPhone. Apple conserve ainsi le contrôle des flux d’informations, un point essentiel pour préserver la confiance de ses utilisateurs (un milliard d’appareils actifs dans le monde tout de même !).
Sur le plan financier, plusieurs médias américains évoquent un accord estimé à environ 1 milliard de dollars par an, soit un peu moins d’un milliard d’euros. Pour Apple, ce montant reste marginal au regard de ses revenus annuels, mais il permet d’accéder immédiatement à une technologie de pointe. Pour Google, en revanche, l’enjeu est stratégique. L’intégration de Gemini dans Siri renforce sa position comme fournisseur de référence en intelligence artificielle.
Apple accueille Google en tant que sous-traitant, un choix historique
L’accord entre Apple et Google dépasse largement le seul cas de Siri. Il illustre une nouvelle phase de concentration du marché de l’intelligence artificielle. Quelques entreprises disposent désormais des ressources nécessaires pour entraîner et maintenir des modèles de très grande taille. Apple, pourtant l’un des groupes les plus riches au monde, choisit ici de s’adosser à un acteur déjà dominant plutôt que de tenter une course solitaire. Cette alliance a eu un effet immédiat sur les marchés financiers. Le jour de l’annonce, la capitalisation boursière d’Alphabet, la maison-mère de Google, a brièvement dépassé les 4.000 milliards de dollars, soit environ 3.700 milliards d’euros.
À moyen terme, Apple ne renonce pas à développer ses propres technologies. Selon CNBC, l’entreprise continue d’investir dans ses Apple Foundation Models et entend, à terme, reprendre davantage de contrôle sur l’IA embarquée dans ses appareils. Gemini constitue donc une solution transitoire, mais déterminante. Elle permet à Apple de franchir un cap technologique immédiat, tout en gagnant du temps pour structurer une alternative interne crédible.
Ce choix illustre enfin une évolution culturelle chez Apple. Longtemps attachée à l’autosuffisance, l’entreprise accepte désormais une forme de dépendance technologique ciblée, lorsqu’elle estime que l’expérience utilisateur et la qualité du produit final en dépendent. Dans la bataille mondiale de l’intelligence artificielle, Apple démontre ainsi qu’elle privilégie l’efficacité à la doctrine, sans pour autant renoncer à ses lignes rouges historiques.
