En 2024, l’empreinte carbone des Français atteint un niveau historiquement bas depuis 1990, mais reste marquée par des importations massives et des modes de vie fortement émetteurs. L’analyse des données officielles dévoile ce que révèle cette empreinte carbone des évolutions du comportement et de la consommation des ménages français, et comment elle s’inscrit dans les transitions environnementales actuelles.
Évolution de l’empreinte carbone en France : ce que dit leur mode de vie

Les instituts de statistiques nationaux ont publié un bilan actualisé de l’empreinte carbone de la France de 1990 à 2024, offrant une vision précise des émissions liées à la demande finale intérieure des Français et de leur évolution sur plus de trois décennies. Cette étude s’inscrit au cœur des enjeux de santé publique, d’environnement et de société, en interrogeant directement le lien entre mode de vie des Français, émissions de gaz à effet de serre et trajectoires de réduction des pollutions globales. Retours sur les résultats.
Une diminution globale contrastée de l’empreinte carbone depuis 1990
L’analyse des séries chronologiques met en lumière une tendance à la baisse de l’empreinte carbone française depuis 1990, mais cette diminution n’est pas uniforme et reflète les changements structurels du mode de vie des Français et de l’économie nationale.
En 2024, l’empreinte carbone de la France est évaluée à 563 millions de tonnes équivalent CO₂ (Mt CO₂ éq), ce qui constitue une baisse de 3,4 % par rapport à 2023 et une réduction de 20 % depuis 1990, malgré une légère croissance des émissions liées aux importations au fil des années. Cette empreinte correspond à 8,2 t CO₂ éq par personne, un niveau inférieur de 32 % à celui de 1990 (12,1 t CO₂ éq par habitant), une indication de l’évolution des comportements et des structures économiques des ménages et de la société française au sens large.
Ce recul global reflète plusieurs phénomènes interdépendants. D’une part, les émissions intérieures, incluant celles des ménages, ont diminué de façon significative (‑34 % pour les émissions intérieures totales). D’autre part, la part des émissions importées dans l’empreinte carbone française s’est accrue de +2 % sur la période, signe du rôle croissant de la mondialisation et de la consommation de biens produits à l’étranger dans le mode de vie des Français.
L’évolution des émissions territoriales, c’est‑à‑dire celles générées directement sur le sol national, confirme également cette tendance générale à la baisse. Les émissions nationales de gaz à effet de serre (hors LULUCF) s’élèvent à 369,2 Mt CO₂ éq en 2024, soit une réduction d’environ 32 % par rapport à 1990. Cette diminution trouve son origine dans des transformations structurelles des secteurs industriels, énergétiques et des transports, influencées par des politiques publiques et des évolutions technologiques.
Une empreinte carbone révélatrice du mode de vie des ménages français
L’étude de l’empreinte carbone permet de mieux comprendre comment les modes de consommation et de vie des Français contribuent aux émissions globales de gaz à effet de serre.
Les émissions directes des ménages représentent 18 % de l’empreinte carbone totale en 2024, et proviennent principalement de l’utilisation des logements (chauffage, énergie domestique) et de la combustion de carburant pour les véhicules personnels. Ces postes clés reflètent des choix de vie fondamentaux, tels que le recours à des logements énergivores ou l’importance accordée à la mobilité individuelle motorisée dans l’organisation quotidienne des Français.
La part des importations dans l’empreinte carbone illustre aussi à quel point la consommation de biens étrangers est intégrée au mode de vie des Français. En 2024, 50 % de l’empreinte carbone totale provient d’émissions liées aux importations, un indicateur fort de la mondialisation des chaînes de production et des habitudes d’achat. Une part significative de ces émissions importées est associée à des biens manufacturés ou des services destinés à la demande intérieure française, soulignant que le mode de vie des ménages influe non seulement sur les émissions nationales, mais aussi sur celles produites à l’étranger pour satisfaire leurs besoins de consommation.
L’empreinte carbone renvoie également à la question du profil des émissions selon les types de gaz à effet de serre. En 2024, 74 % des GES inclus dans l’empreinte sont du CO₂, provenant principalement de la combustion d’énergie fossile et de procédés industriels, tandis que 18 % sont constitués de méthane (CH₄) et 5 % de protoxyde d’azote (N₂O), ce dernier étant étroitement lié aux pratiques agricoles et à l’utilisation d’engrais azotés. Ces proportions mettent en lumière l’impact croisé des modes de vie (alimentation, transports, habitation) sur la structure des émissions.
Entre transformations sociétales et défis persistants pour l’environnement
L’évolution constatée de l’empreinte carbone des Français depuis 1990 traduit des avancées mais aussi des limites dans la transition écologique.
Sur la période récente, l’impact des importations et des modes de consommation mondialisés illustre un défi sociétal : bien que les émissions intérieures des ménages aient diminué, les Français consomment des biens dont la fabrication génère des émissions significatives à l’étranger. Cette externalisation des émissions interpelle sur l’efficacité des politiques climatiques qui se concentrent traditionnellement sur la sphère territoriale nationale, sans toujours intégrer la chaîne complète de la demande finale intérieure dans les calculs d’impact.
Par ailleurs, certaines évolutions sectorielles, telles que la baisse des émissions issues de la production d’électricité ou des industries lourdes, contrastent avec la persistance d’un modèle de mobilité centré sur l’usage individuel de la voiture et un parc automobile encore dépendant des carburants fossiles. Ces réalités révèlent que les changements de mode de vie requis pour atteindre des réductions d’émissions plus ambitieuses impliquent des transitions profondes dans les comportements de consommation, les choix de mobilité, les pratiques d’habitation, mais aussi dans les modèles économiques et sociaux qui les sous‑tendent.