Impôt sur les riches et grandes entreprises : double échec à l’Assemblée nationale

À la surprise même de certains députés, l’impôt censé viser les plus riches et les grandes entreprises a échoué à l’Assemblée nationale. Deux textes fiscaux, portés par la gauche, promettaient plusieurs milliards d’euros de recettes pour l’État. Tous deux ont été rejetés lors de votes serrés, révélant des lignes de fracture politiques profondes autour de la fiscalité.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 16 janvier 2026 6h14
super-riches-taxe-impot-echec-g20
Impôt sur les riches et grandes entreprises : double échec à l’Assemblée nationale - © Economie Matin
5 MILLIARDS €La modification de l'IFI aurait pu rapporter 5 milliards d'euros par an.

Le 15 janvier 2026, au cœur de l’examen du budget, l’Assemblée nationale a rejeté deux propositions majeures liées à l’impôt. L’une visait les grandes fortunes via une refonte de l’IFI, l’autre ciblait les grandes entreprises par une surtaxe sur leurs bénéfices.

Impôt sur la fortune élargi : un rejet net à l’Assemblée nationale

L’impôt au cœur du premier vote visait explicitement les ménages les plus aisés. La proposition, déposée par les députés socialistes, prévoyait d’élargir l’assiette de l’IFI afin de se rapprocher d’un ancien ISF qui rapportait environ 3 milliards d’euros de plus par an. Ainsi, en plus de l’immobilier, certains actifs financiers auraient été partiellement intégrés. Pourtant, malgré une pression sociale forte, l’Assemblée nationale a rejeté ce nouvel impôt après un débat tendu, selon Le Parisien.

D’un point de vue budgétaire, les promoteurs du texte estimaient le gain potentiel à 5 milliards d’euros par an, un montant jugé significatif pour les finances publiques, détaille Le Parisien. Toutefois, politiquement, l’isolement du texte a été manifeste. Le vote a été sans appel : 98 députés ont voté contre, 41 pour, dont une quasi-totalité issue de la gauche. La majorité présidentielle, la droite et le Rassemblement national se sont opposés à cet impôt, protégeant ainsi de fait les ménages les plus riches de France, cette taxe ne devant s’appliquer qu’à moins de 2.000 ménages en tout.

Le Rassemblement national a notamment voté contre, arguant que la résidence principale restait incluse dans l’assiette, un point jugé inacceptable par ses élus. À gauche, la déception a été vive. « Je constate avec tristesse que l’imposition des plus riches diminue comme peau de chagrin », a dénoncé le député Emmanuel Maurel, cité par Le Parisien.

Surtaxe sur les grandes entreprises : l’impôt rejeté malgré 6,3 milliards espérés

Le second vote concernait un autre impôt, cette fois dirigé vers les grandes entreprises. Il s’agissait de rétablir une surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des grands groupes, supprimée lors du passage du budget au Sénat. Le gouvernement lui-même soutenait une version allégée de cette mesure. Pourtant, là encore, l’Assemblée nationale a tranché contre, selon BFMTV.

L’enjeu financier était pourtant considérable. Le rendement attendu de cette surtaxe était évalué à 6,3 milliards d’euros. Cet impôt devait concerner les entreprises réalisant les bénéfices les plus élevés, notamment dans l’énergie, la distribution et les services financiers. Malgré cette assiette très limitée, les oppositions ont estimé que le contexte économique rendait ce prélèvement risqué.

Lors du vote, la majorité présidentielle, soutenue par la droite et le Rassemblement national, a rejeté la mesure. À gauche, l’incompréhension dominait. Selon LCP, le député LFI Aurélien Le Coq s’est interrogé publiquement sur « l’utilité réelle des débats dans l’hémicycle », mettant en cause des arbitrages politiques effectués en amont. Ce rejet confirme une tendance lourde : l’impôt sur les grandes entreprises peine à trouver une majorité durable à l’Assemblée nationale.

Fractures fiscales à l’Assemblée nationale

Ces deux votes successifs sur l’impôt illustrent une fracture nette au sein de l’Assemblée nationale. D’un côté, la gauche plaide pour une fiscalité plus redistributive, ciblant fortunes élevées et grandes entreprises. De l’autre, le centre, la droite et l’extrême droite défendent une ligne de stabilité fiscale, refusant toute hausse significative de l’impôt et protégeant les plus riches.

Pourtant, ce n’est pas comme si l’État avait trop d’argent et que le gouvernement ne voulait pas réduire le déficit public de la France. En additionnant les deux mesures rejetées, ce sont plus de 11 milliards d’euros de recettes potentielles qui se sont évaporées. Ces montants, équivalents aux budgets de plusieurs ministères, n’ont pas suffi à convaincre. Les opposants ont insisté sur le risque de fuite des capitaux et de perte de compétitivité, des arguments récurrents et très hypothétiques.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «Impôt sur les riches et grandes entreprises : double échec à l’Assemblée nationale»

Leave a comment

* Required fields