Un message apparemment inoffensif, un second contact faussement rassurant, et en quelques minutes, des milliers d’euros qui disparaissent. L’arnaque dite « double détente » gagne du terrain en France. Plus insidieuse que les fraudes classiques, elle combine SMS d’appât et faux appels pour manipuler ses victimes. Décryptage d’un mécanisme efficace et sournois.
Double détente : l’arnaque par SMS qui se propage en France

Une fraude en deux actes : SMS appât, faux conseiller
Depuis plusieurs mois, les signalements se multiplient sur cette arnaque à la structure précise. D’abord, la victime reçoit un SMS inquiétant : une tentative de connexion, une livraison bloquée, ou une opération inhabituelle. Le message contient un lien ou un numéro à rappeler. Ce premier contact est conçu pour éveiller la curiosité des victimes et provoquer chez eux une inquiétude.
Le second acte survient peu après. Un individu contacte la victime, souvent par téléphone, en se faisant passer pour un conseiller bancaire ou un représentant d’un service officiel. Il évoque une situation urgente : opération frauduleuse, blocage de carte, sécurité renforcée. Sous pression, la victime fournit ses informations ou — pire — valide un virement bancaire. Ce stratagème, décrit par le site Acteurs du Commerce Français, « pousse la victime à agir rapidement, dans un contexte émotionnel fort, sans vérifier la légitimité de l’interlocuteur ».
Ce procédé n’est pas nouveau dans le monde de la cyberfraude, mais il gagne en raffinement. Là où le smishing traditionnel visait à subtiliser des identifiants via un seul SMS, la double détente repose sur une séquence fluide et crédible, capable de piéger des profils prudents.
Une menace en expansion, alimentée par la confiance et l’urgence
Le point commun des victimes ? La confiance dans leur interlocuteur, renforcée par la succession logique des deux contacts. L'escroc utilise des données personnelles disponibles sur le web pour crédibiliser son discours. Adresse, nom, type de compte : autant d’éléments collectés auparavant ou déduits grâce à l’ingénierie sociale.
Selon une étude relayée par Marie France, le nombre d’escroqueries enregistrées par les services de police et de gendarmerie est passé de 250 900 en 2016 à 411 700 en 2023, soit une progression moyenne annuelle de +7,3 %. Ce chiffre comprend les fraudes aux moyens de paiement, dont font partie ces nouvelles variantes de phishing et d’hameçonnage téléphonique.
Les experts en cybersécurité évoquent également un effet de seuil psychologique. « Le premier message ne déclenche pas d’action immédiate, il crée une alerte mentale. Le second, bien plus pressant, achève de faire sauter les barrières de prudence », explique un consultant interrogé par ADCF.
Comment ne pas tomber dans le piège de la double détente ?
Face à cette arnaque sophistiquée, les autorités recommandent plusieurs réflexes essentiels. D’abord, ne jamais cliquer sur un lien dans un SMS non sollicité, même s’il semble provenir de sa banque ou d’un service public. Ensuite, ne jamais rappeler un numéro communiqué par message, mais utiliser uniquement les canaux officiels (application mobile, site internet sécurisé).
Si un interlocuteur se présente comme un conseiller bancaire et demande un code, une validation ou un virement, il convient de couper immédiatement la communication. Selon Cybermalveillance.gouv.fr, « aucun organisme officiel ne demande de valider un virement par téléphone sur sollicitation directe ».
En cas de doute, il est possible de signaler le message reçu en l’envoyant au 33700, plateforme officielle contre les spams et arnaques SMS. De nombreux cas ont été stoppés à temps grâce à cette procédure.
Enfin, la double authentification reste une barrière utile. Même si elle ne suffit pas toujours, elle complexifie le processus pour les fraudeurs, en limitant les accès directs aux comptes sensibles.