Médecins en grève : les nouvelles mesures proposées par le gouvernement

Après plusieurs jours de mobilisation des médecins libéraux, le gouvernement a présenté, le 16 janvier, une série de mesures destinées à apaiser les tensions et à rétablir un cadre de dialogue avec la profession médicale. Sans revenir sur les objectifs globaux de maîtrise des dépenses de santé, l’exécutif entend répondre à certaines crispations en modifiant des dispositifs jugés trop contraignants par les praticiens.

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By Aurélie Giraud Published on 16 janvier 2026 10h50
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Grève des médecins libéraux : le gouvernement affiche une volonté d’apaisement. - © Economie Matin

La grève des médecins libéraux a mis en lumière un malaise persistant au sein de la profession médicale, entre pression administrative, inquiétudes sur l’exercice quotidien et relations tendues avec l’Assurance maladie. Dans ce contexte, le ministère de la Santé a publié un communiqué officiel visant à « renouer le dialogue avec les médecins », accompagné de plusieurs annonces présentées comme des ajustements concrets. La ministre de la Santé Stéphanie Rist est également venue préciser ces orientations lors d’une interview accordée à France Inter le 16 janvier.

Médecins : des mesures ciblées pour l’exercice quotidien

Le ministère de la Santé met d’abord en avant des décisions visant à modifier certains outils de contrôle qui pesaient directement sur la pratique quotidienne des médecins. La procédure dite de « mise sous objectifs », prévue dans un projet de loi contre la fraude, sera supprimée. Ce mécanisme devait encadrer certaines prescriptions médicales et était perçu par la profession comme une remise en cause de la liberté de décision des praticiens. Le gouvernement indique qu’un amendement sera déposé au Parlement pour retirer cette disposition.

Le communiqué annonce également la généralisation du dispositif "SOS IJ" d’ici juin 2026. Celui-ci vise à améliorer le suivi des arrêts de travail en s’appuyant davantage sur des outils d’accompagnement que sur des sanctions. Dans le même esprit, le gouvernement prévoit d’engager des travaux sur le maintien en emploi et la réinsertion professionnelle des personnes en arrêt maladie, sans détailler à ce stade les mesures concrètes qui en découleront.

Enfin, le ministère indique vouloir adapter les règles du cumul emploi-retraite pour les médecins exerçant dans les zones où l’offre de soins est insuffisante. L’objectif est de permettre à des médecins retraités de continuer plus facilement une activité, afin de limiter les fermetures de cabinets dans les territoires déjà fragilisés.

Un guichet unique pour faciliter l’installation des médecins

Parmi les annonces structurantes figure la création d’un guichet unique d’aide et d’information à l’installation des médecins. Le gouvernement rappelle que ce dispositif avait été voté dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023, sans jamais être réellement mis en œuvre. Il affirme désormais vouloir le rendre opérationnel sur l’ensemble du territoire d’ici la fin de l’année 2026.

Ce guichet doit centraliser les informations et les dispositifs existants pour accompagner les médecins qui souhaitent s’installer, en particulier dans les zones sous-dotées. Le communiqué ne précise toutefois ni les moyens financiers qui seront mobilisés ni les modalités pratiques de fonctionnement, laissant ces aspects à définir ultérieurement.

Tarifs médicaux : le retour affiché à la négociation

Le gouvernement cherche également à apaiser les tensions sur le terrain des relations conventionnelles. Le communiqué annonce la reprise des discussions autour du protocole imagerie, afin de revoir les économies demandées à ce secteur tout en maintenant un équilibre financier global.

Surtout, le ministère affirme vouloir supprimer les dispositions introduites dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 qui permettaient des baisses unilatérales de tarifs médicaux. Cette suppression devrait intervenir via un futur texte législatif. Le gouvernement réaffirme ainsi que les évolutions tarifaires doivent passer par la négociation avec les représentants des médecins, et non par des décisions imposées.

Par ailleurs, des travaux doivent être engagés sur l’OPTAM, le dispositif encadrant les dépassements d’honoraires, avec l’objectif affiché d’en assouplir certaines règles, sans en préciser pour l’instant la portée.

Arrêts de travail : la ministre se veut rassurante

Lors de son intervention sur France Inter le 16 janvier, la ministre de la Santé a tenu à lever une inquiétude largement exprimée par les médecins. Elle a affirmé qu’il n’existait pas de quotas d’arrêts de travail imposés aux praticiens, cherchant à dissiper l’idée selon laquelle l’État voudrait fixer des plafonds chiffrés aux prescriptions.

Cette précision vient compléter le communiqué ministériel, qui évoque la suppression de certains dispositifs jugés trop rigides, sans annoncer de nouveaux mécanismes contraignants dans ce domaine.

Un apaisement recherché, sans engagement chiffré

Si le gouvernement affiche clairement sa volonté de renouer le dialogue avec les médecins, le communiqué du 16 janvier reste prudent sur le calendrier et sur l’ampleur réelle des changements à venir. Aucune enveloppe budgétaire spécifique n’est annoncée et plusieurs mesures renvoient à des discussions ou à des travaux futurs.

L’exécutif semble ainsi privilégier une sortie de crise progressive après la grève, en corrigeant certains points de friction et en réaffirmant le rôle de la négociation, sans engager de réforme structurelle immédiate du système de santé.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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