Gaz : l’UE dépendante à 80% des USA dès 2030 ?

En rompant avec le gaz russe, l’Union européenne a profondément redessiné son approvisionnement énergétique. Mais derrière cette réussite politique s’esquisse un nouveau risque stratégique : une dépendance croissante au gaz naturel liquéfié américain, coûteux, contractuel et potentiellement incompatible avec les objectifs climatiques européens.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 19 janvier 2026 8h58
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Natural Gas. High prices of natural gas. Blue flames of gas burning from a kitchen gas stove. Energy crisis concept background. Cooker with burning fire propane. - © Economie Matin
57%Les États-Unis représentaient environ 57 % des importations totales de GNL de l’Union européenne en 2025

La question de la dépendance énergétique de l’Europe ne se pose plus seulement en termes de volumes, mais de trajectoire stratégique. Après avoir réduit drastiquement ses importations de gaz russe depuis 2021, l’Union européenne s’appuie désormais massivement sur les États-Unis pour sécuriser son approvisionnement en gaz naturel liquéfié. Une dépendance qui se crée… et qui risque d’avoir des conséquences majeures.

Une dépendance énergétique européenne de plus en plus concentrée

Depuis 2022, la dépendance énergétique de l’Europe a changé de visage. Selon les données compilées par IEEFA publiées le 19 janvier 2026, les importations européennes de GNL en provenance des États-Unis sont passées d’environ 21 milliards de mètres cubes en 2021 à près de 81 milliards de mètres cubes en 2025. Cette évolution représente une multiplication par presque quatre en seulement quatre ans.

Dans le même temps, les États-Unis représentaient environ 57 % des importations totales de GNL de l’Union européenne en 2025, contre moins d’un quart avant la guerre en Ukraine. Cette concentration s’explique par la volonté politique de remplacer rapidement les volumes russes, mais aussi par la capacité américaine à exporter massivement du gaz liquéfié vers l’Europe, comme l’a confirmé Eurostat.

Des contrats gaziers qui fragilisent la stratégie énergétique européenne

La dépendance énergétique de l’Europe ne repose pas uniquement sur des volumes importés, mais aussi sur la nature des engagements contractuels. En juillet 2025, l’Union européenne a annoncé un accord commercial avec Washington visant l’achat d’environ 750 milliards de dollars d’énergie américaine d’ici 2028, soit l’équivalent de plus de 690 milliards d’euros.

Selon l’IEEFA, cet engagement crée un effet de verrouillage : si tous les contrats annoncés se concrétisent et si les efforts de réduction de la demande de gaz échouent, jusqu’à 75 à 80 % des importations de GNL de l’Union européenne pourraient provenir des États-Unis à l’horizon 2030. L’institut souligne que cette dépendance contredit les principes de diversification affichés par la politique énergétique européenne, d’autant plus que le GNL américain figure parmi les sources les plus coûteuses pour les acheteurs européens, en raison des coûts de liquéfaction, de transport maritime et de regazéification.

Une dépendance énergétique en tension avec les objectifs climatiques

La dépendance énergétique de l’Europe au GNL américain entre également en collision avec les objectifs climatiques et industriels de l’Union. Le plan REPowerEU, adopté après l’invasion de l’Ukraine, vise à réduire la consommation de gaz fossile, accélérer le déploiement des énergies renouvelables et améliorer l’efficacité énergétique. Or, selon l’IEEFA, les sommes engagées dans les contrats gaziers pourraient produire un effet inverse.

L’institut estime que les 750 milliards de dollars prévus pour l’achat d’énergie américaine pourraient permettre d’installer environ 546 gigawatts de capacités solaires et éoliennes en Europe s’ils étaient investis dans les renouvelables. Une telle capacité représenterait un levier majeur pour réduire durablement la dépendance énergétique de l’Europe, tout en contribuant à la baisse des prix de l’électricité.

Dans ce contexte, plusieurs analystes estiment que l’Union européenne a remplacé une dépendance géopolitique par une autre, sans résoudre la vulnérabilité structurelle de son système énergétique. La sécurité d’approvisionnement à court terme a prévalu sur la cohérence de long terme, au risque de retarder la transition énergétique que l’UE s’est elle-même engagée à conduire.

Une dépendance énergétique fragilisée par les tensions transatlantiques de 2026

La dépendance énergétique de l’Europe au gaz américain prend une dimension plus sensible encore à la lumière des tensions apparues entre Bruxelles et Washington depuis le début de l’année 2026. Ces frictions rappellent que l’alignement transatlantique n’est ni automatique ni garanti, y compris entre alliés historiques.

Ces tensions ont ravivé une réalité souvent sous-estimée dans le débat énergétique européen : le gaz américain n’est pas une ressource neutre, mais un produit stratégique soumis aux arbitrages politiques des États-Unis. En cas de choc interne, de changement de doctrine ou de priorité donnée au marché domestique, les exportations de GNL peuvent devenir un levier politique, comme l’ont montré d’autres crises énergétiques par le passé.

Cette vulnérabilité est d’autant plus marquée que le modèle du GNL repose sur des infrastructures rigides et des contrats de long terme. Contrairement au gaz acheminé par pipeline intra-européen, le GNL dépend de décisions d’exportation, de capacités portuaires, de chaînes logistiques transocéaniques et d’autorisations réglementaires américaines. Une détérioration durable des relations politiques peut suffire à renchérir les coûts, retarder des livraisons ou réorienter des cargaisons vers d’autres marchés jugés plus stratégiques par Washington.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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