Recyclage de vêtements : pourquoi le système français est à bout de souffle

Le recyclage des vêtements, longtemps porté par des relais solidaires et écologiques, vacille sous le poids de la surproduction. À l’heure où la collecte s’essouffle, la France se trouve face à un gouffre environnemental et économique sans précédent.

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By Rédaction Published on 31 janvier 2026 14h11
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Recyclage de vêtements : pourquoi le système français est à bout de souffle - © Economie Matin
891 309 tonnesEn 2024, 891 309 tonnes de textiles, linge et chaussures ont été mises en vente.

La crise des vêtements usagés atteint un point critique en France. Le système de collecte et de recyclage s’effondre, incapable d’absorber les tonnes de textiles générées par une industrie en surchauffe. Les relais de tri, garants de l’économie circulaire textile, peinent à suivre le rythme, révélant une filière déséquilibrée aux conséquences multiples.

Un modèle de recyclage des vêtements dépassé par les flux massifs

Le volume de vêtements ne cesse d’augmenter sur le marché français. En 2024, 891 309 tonnes de textiles, linge et chaussures ont été mises en vente. Pourtant, seules 289 393 tonnes ont été collectées en fin de vie, selon Refashion et AFP. Ce déséquilibre fragilise l’ensemble du système de recyclage.

La directrice générale de Refashion, Maud Hardy, le reconnaît : « Notre modèle est à bout de souffle ». La saturation des centres de tri et la difficulté à trouver des débouchés aux produits usagés compromettent l’avenir. Les anciens marchés d’exportation en Afrique, désormais tournés vers le fast fashion asiatique, ne peuvent plus écouler les excédents.

Cette crise met en évidence les limites d’un système qui repose encore largement sur des structures associatives ou d’insertion. Pierre Duponchel, fondateur du Relais, alerte : « Nous ne tiendrons pas six mois s’il n’y a pas de décision ». Ces relais, longtemps moteurs de la solidarité environnementale, sont aujourd’hui asphyxiés.

L’ultra fast fashion, un poison pour la qualité des vêtements collectés

Le second souffle du tri est également compromis par la dégradation des textiles mis en circulation. Le recyclage est entravé par des matières composites ou synthétiques, difficiles à traiter. « On consomme davantage de vêtements de moindre qualité », résume un responsable de centre textile interrogé par France 3 Régions. Ce constat est partagé par l’ensemble de la chaîne de traitement.

En parallèle, les circuits de seconde main comme Vinted captent les vêtements de meilleure qualité, laissant aux bennes de collecte les textiles les plus abîmés. Cela diminue la rentabilité du tri et nuit à l’équilibre économique des centres de tri. Ce phénomène accentue la pression sur les relais du territoire.

Le résultat est un appauvrissement du gisement collecté, qui pousse certains acteurs à incinérer une partie des textiles ou à les stocker faute de solution. Cette impasse technique révèle la nécessité de moderniser le tri, avec des outils plus performants pour séparer les fibres et faciliter le recyclage.

Vers une relance de la filière textile, entre soutien public et réforme urgente

Face à l’urgence, l’État a annoncé un plan de soutien. En 2025, l’aide financière a été revalorisée à 223 euros par tonne collectée, contre 156 auparavant. Une enveloppe de 49 millions d’euros a également été débloquée pour éviter l’effondrement du réseau. Mais cette mesure est jugée insuffisante.

Le fonctionnement de Refashion est au cœur du débat. Avec une éco-contribution moyenne de 4 centimes par vêtement vendu, les fonds alloués aux structures de tri restent trop faibles. Les acteurs demandent une réforme structurelle du financement, afin d’assurer la survie des centres et le maintien des emplois, estimés à plus de 5 000 selon Upday.

Le calendrier européen accélère également la pression : la collecte séparée des textiles deviendra obligatoire en 2025. Or, la France n’a pas encore adapté ses infrastructures pour répondre à cette obligation. Selon Zero Waste France, les capacités actuelles de tri sont inadaptées aux volumes attendus et risquent de provoquer des décharges massives ou des dérives vers l’export.

L’alternative ? Investir dans des technologies de tri avancé, développer un tissu industriel local capable de recycler efficacement les vêtements, et réviser profondément le modèle économique des relais. Sans cela, la filière risque de s’effondrer, emportant avec elle un pan entier de l’économie circulaire textile.

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