À l’heure où les écrans occupent une place omniprésente dans le quotidien des jeunes, les réseaux sociaux sont au centre d’une inquiétude croissante. Un nouveau rapport de l’Anses met en lumière les effets délétères de ces plateformes numériques sur la santé mentale des adolescents, appelant à des régulations urgentes.
Santé mentale : pourquoi les réseaux sociaux sont en ligne de mire chez les moins de 18 ans

Une menace croissante pour la santé mentale des adolescents
Depuis plusieurs années, les réseaux sociaux sont accusés de perturber l’équilibre psychologique des jeunes. Selon l’Anses, les plateformes numériques favorisent « les troubles du sommeil, la baisse de l’estime de soi, les comportements à risque et les symptômes anxieux ou dépressifs ». Le phénomène est massif : 58 % des adolescents âgés de 12 à 17 ans consultent ces applications quotidiennement, et près de 42 % y passent entre deux et cinq heures par jour, selon les données recueillies par le Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie).
L’agence sanitaire souligne que « l’adolescence est une période sensible dans le développement et la construction de l’identité individuelle et sociale. Les adolescents ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale que les adultes, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux ».
En outre, ces outils amplifient l’exposition aux cyberviolences, à la pression sociale et à la survalorisation de l’apparence. Le rapport recense aussi des liens inquiétants entre usage excessif des réseaux et pensées suicidaires, comme le confirme l’analyse de PSSM France : « Parmi les conséquences les plus préoccupantes, on retrouve l’isolement social, l’anxiété, la dépression, les troubles alimentaires, ainsi que des pensées ou actes suicidaires ».
Des recommandations précises pour contenir les dangers du numérique
Face à cette situation, l’Anses propose une série de recommandations. L’organisme préconise notamment de limiter l’exposition quotidienne aux réseaux sociaux, en particulier le soir. Les effets sur le sommeil sont largement documentés : la lumière bleue des écrans, les sollicitations constantes et le contenu émotionnellement chargé entravent l’endormissement et affectent la qualité du repos.
L’agence appelle aussi à « la mise en place de mécanismes renforcés de contrôle de l’âge et d’accompagnement parental, notamment pour les enfants de moins de 13 ans ». Elle demande une vigilance accrue sur la conception des plateformes : « certaines fonctionnalités poussent à une utilisation prolongée et compulsive, comme les vidéos à lecture automatique ou les notifications en continu ».
Pour les parents, l’enjeu est double : comprendre les usages numériques de leurs enfants et poser des limites claires. Selon l’analyse de Santé Mentale France, des règles simples comme l’interdiction des écrans à table ou dans la chambre la nuit peuvent considérablement réduire l’impact négatif des réseaux.
L'État face à l’urgence : vers une régulation législative
En France, le gouvernement s’apprête à franchir un nouveau cap. Un projet de loi examiné par le Conseil d’État propose d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, tout en instaurant un couvre-feu numérique pour les 15–18 ans entre 22h et 8h. Emmanuel Macron a affirmé vouloir « une interdiction claire des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans ».
Cette volonté politique s’appuie sur l’évolution des comportements numériques, mais aussi sur les alertes des scientifiques. Le texte prévoit des sanctions pour les plateformes qui ne vérifient pas efficacement l’âge de leurs utilisateurs, ainsi que la mise en place d’un identifiant numérique sécurisé pour les mineurs.
L’objectif est clair : restaurer un cadre protecteur à l’ère numérique, en responsabilisant les géants du web tout en accompagnant les familles dans la transition.
Panorama mondial : des pays déjà passés à l’acte
La France n’est pas seule à envisager un encadrement plus strict. L’Australie a été le premier pays à interdire formellement l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, dès le 10 décembre 2025. Cette législation impose aux plateformes comme TikTok, Instagram ou YouTube de supprimer les comptes des mineurs ou de bloquer leur accès, sous peine de lourdes sanctions.
Dans d’autres régions du monde, les initiatives se multiplient. Le Royaume-Uni, le Danemark, l’Italie et l’Espagne examinent actuellement des projets de loi similaires. Certains proposent une limite à 15 ans, d’autres un encadrement parental renforcé entre 13 et 16 ans. En Nouvelle-Zélande, une proposition inspirée du modèle australien est en discussion.
En Chine, les règles sont déjà strictes : les moins de 14 ans n’ont pas accès libre aux réseaux, et les plus jeunes sont soumis à des quotas de temps drastiques sur les applications locales comme Douyin.
L’Union européenne, quant à elle, a récemment voté un rapport suggérant un âge minimum de 16 ans pour accéder librement aux réseaux, tout en autorisant un usage parentalement encadré à partir de 13 ans.