Le groupe Cafom a été choisi pour reprendre les marques et les stocks de Brandt, ancien fleuron français de l’électroménager. Derrière cette opération se dessine un symbole de la désindustrialisation : les usines ferment, mais les marques continuent d’exister. Cafom promet pourtant de relancer certaines productions en France.
Cafom récupère les marques Brandt : la fin d’un espoir industriel

Cafom reprend les marques Brandt et ses stocks
La décision est tombée le 14 mars 2026 : le groupe Cafom a été retenu pour reprendre les marques et les stocks du groupe Brandt, en liquidation judiciaire depuis la fin de l’année 2025. Cette reprise marque un tournant pour un nom historique de l’électroménager français, dont l’avenir industriel semblait suspendu à une éventuelle offre de relance des sites de production.
Dans les faits, Cafom récupère un ensemble d’actifs immatériels et commerciaux. L’opération comprend plusieurs marques emblématiques — Brandt, De Dietrich, Sauter ou encore Vedette — ainsi que les brevets, les noms de domaine et les stocks de produits déjà fabriqués. Au moment de la procédure, ces stocks représentaient environ 172 000 appareils d’électroménager, d’après Univers Habitat.
Cette décision ne constitue cependant pas une reprise industrielle. Les usines et les salariés n’entrent pas dans le périmètre de l’offre retenue. La justice a ainsi écarté toutes les propositions qui auraient permis de maintenir une production sur les sites historiques du groupe. Pour de nombreux employés, l’annonce a été un choc. « C’est la pire décision qu’il pouvait y avoir pour moi », confiait un salarié interrogé par TF1 Info le 15 mars 2026.
Cafom et les marques Brandt : un pari commercial avant tout
Si le nom de Cafom reste encore discret auprès du grand public, le groupe occupe une place importante dans la distribution d’équipement de la maison. Il exploite notamment plusieurs enseignes dans l’ameublement et l’électroménager et s’appuie fortement sur la vente en ligne.
Le groupe affiche par ailleurs une activité solide. Son chiffre d’affaires trimestriel a atteint 123,7 millions d’euros au premier trimestre de l’exercice 2025-2026, en progression de 5 %. Dans ce contexte, la reprise des marques Brandt s’inscrit avant tout dans une logique commerciale. Ces noms conservent une forte notoriété auprès des consommateurs français, héritée de plusieurs décennies d’histoire industrielle. Cafom récupère donc un portefeuille de marques encore connues du public, capable de générer des ventes sans avoir à recréer une identité de zéro.
Ce type d’opération n’est pas rare dans l’industrie européenne de l’électroménager. Lorsque les groupes industriels disparaissent, les marques survivent souvent comme simples labels commerciaux, exploités par des distributeurs ou des fabricants étrangers. L’intérêt économique réside dans la confiance déjà installée auprès des consommateurs.
Cafom promet malgré tout de relancer une production en France
Pour autant, Cafom affirme vouloir aller au-delà d’une simple exploitation commerciale des marques. L’entreprise envisage notamment de relancer certaines gammes de produits sous les labels De Dietrich et Sauter, avec l’aide de partenaires industriels. L’objectif serait de relocaliser une partie de la fabrication en France, au moins pour certains produits haut de gamme. Le groupe cherche ainsi à capitaliser sur l’image historique de ces marques, longtemps associées à l’industrie française.
Une telle stratégie reste toutefois dépendante de partenariats industriels. Cafom ne possède pas d’usines capables de produire directement ces appareils. Il devra donc s’appuyer sur des sous-traitants ou sur des industriels partenaires pour concrétiser ce projet. Pour les territoires concernés, l’espoir d’un retour de la production demeure cependant très incertain. Les anciennes usines du groupe Brandt ne sont pas reprises dans le cadre de l’opération, ce qui réduit fortement les chances d’une relance rapide de l’activité industrielle.
Brandt, symbole d’une désindustrialisation progressive
L’histoire récente de Brandt illustre la fragilité d’une partie de l’industrie européenne de l’électroménager. Le groupe accumulait environ 200 millions d’euros de dettes au moment de sa chute. Cette situation financière critique a conduit à sa liquidation judiciaire. Avant cette décision, la procédure de reprise avait suscité un certain espoir. Au total, 36 offres avaient été déposées pour tenter de sauver tout ou partie du groupe. Plusieurs projets industriels avaient été étudiés, mais aucun n’a finalement convaincu les administrateurs judiciaires.
La concurrence internationale a largement contribué à l’affaiblissement du fabricant français. Les fabricants asiatiques dominent désormais le marché mondial de l’électroménager grâce à des coûts de production plus faibles et à des volumes beaucoup plus importants. Dans ce contexte, la reprise des seules marques Brandt par Cafom apparaît comme une solution minimale. Elle permet de préserver un patrimoine commercial et une certaine visibilité sur le marché. En revanche, elle ne garantit pas le maintien d’une industrie nationale.
Le futur de ces marques dépendra donc des décisions de Cafom et de sa capacité à transformer un héritage industriel en projet économique viable. La promesse d’une production partiellement française existe. Reste à savoir si elle pourra réellement se concrétiser dans un secteur où la compétition internationale demeure particulièrement intense.
