Liquidation de Brandt : des dizaines d’offres, mais très peu pour les salariés

Brandt, fleuron historique de l’électroménager français, suscite un fort intérêt de la part d’investisseurs ou d’acquéreurs potentiels depuis sa liquidation judiciaire prononcée en décembre 2025 par le tribunal des activités économiques de Nanterre. Près de 36 offres de reprise de ses actifs ont été déposées dans le cadre de la procédure, mais seulement quatre d’entre elles prévoient de reprendre des salariés de l’ancien groupe, alourdissant l’incertitude sociale autour de ce dossier emblématique de l’industrie française.

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By Aurélie Giraud Published on 4 février 2026 11h23
Brandt reprise liquidation salariés entreprise
La liquidation de Brandt laisse planer une forte incertitude sur l’avenir des salariés - © Economie Matin
700 SALARIÉSEffectif employé par Brandt en France au moment de la liquidation judiciaire.

Placée en liquidation judiciaire le 11 décembre 2025, Brandt — ancien fabricant majeur d’appareils électroménagers et propriétaire de marques connues telles que Sauter, Vedette ou De Dietrich — avait jusqu’à récemment suscité plusieurs projets de reprise, dont un projet coopératif porté par les salariés et soutenu par des autorités publiques. Pourtant, la majorité des offres déposées pour reprendre les actifs ne concernent que les marques, les stocks ou les brevets, sans engagement significatif sur la sauvegarde des emplois. 

Brandt, une marque convoitée malgré la liquidation

L’ampleur de l’intérêt pour les actifs de Brandt s’est confirmée début février, avec le dépôt de 36 offres de reprise auprès du tribunal. L’information, révélée par L’Informé, a été confirmée par un document judiciaire consulté le 3 février par l’AFP, selon Le Figaro. Ce volume élevé de candidatures souligne la valeur persistante du groupe, malgré plusieurs années de difficultés financières et industrielles.

La majorité de ces offres vise des éléments bien identifiés : les marques historiques du groupe, les stocks disponibles ou encore certains brevets. Plusieurs acteurs de la distribution ou du déstockage se positionnent ainsi sur des volumes importants de produits finis, dans une logique avant tout commerciale. D’autres candidats cherchent à récupérer des marques emblématiques pour les exploiter sous licence ou les intégrer à des catalogues existants, sans nécessairement relancer une production en France.

Parmi les candidats à la reprise figurent plusieurs acteurs bien identifiés du commerce et de l’industrie. Le distributeur Fnac Darty s’est positionné sur une partie des actifs de Brandt, notamment certaines marques et des stocks. Le spécialiste du déstockage Noz a également déposé une offre, principalement orientée vers la reprise de marchandises existantes. Le Groupe Fournier, maison mère de Mobalpa, apparaît aussi parmi les candidats, avec un projet ciblé sur une marque du portefeuille de Brandt. Ces offres illustrent une tendance dominante : l’intérêt se concentre sur les actifs et les marques, bien plus que sur la reprise des salariés.

Des projets centrés sur les actifs, rarement sur les salariés

Dans la quasi-totalité des dossiers déposés, la reprise ne concerne que les actifs matériels ou immatériels. Selon les informations rapportées par L’Informé, seules quatre offres mentionnent explicitement la reprise de salariés, et encore de manière partielle. Cette proportion très faible illustre un déséquilibre classique dans les procédures de liquidation : les actifs sont attractifs, mais le coût social et industriel d’une relance complète freine de nombreux candidats.

Parmi les rares projets intégrant une dimension sociale figure celui porté par la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, associée à la région Île-de-France, qui prévoit la reprise d’un site stratégique à Saint-Ouen-l’Aumône avec le maintien de plusieurs dizaines d’emplois. Un autre projet, plus industriel, émane de l’entrepreneur Stéphane Français, via une structure dédiée, avec l’ambition affichée de constituer un noyau de salariés et de diversifier les productions au-delà du seul électroménager.

Ces initiatives restent toutefois minoritaires face à des offres dont l’objectif principal demeure la valorisation rapide des actifs, sans engagement durable sur l’emploi.

Un symbole industriel en suspens

Si le dossier Brandt suscite autant d’attention, c’est parce qu’il dépasse le simple cadre d’une liquidation classique. Le groupe incarnait encore récemment l’un des derniers symboles d’une production d’électroménager ancrée sur le territoire français. Sa disparition interroge sur la capacité de l’industrie nationale à résister à la concurrence internationale et à maintenir des chaînes de valeur complètes.

Le tribunal devra désormais arbitrer entre des offres très hétérogènes, en tenant compte à la fois de la valeur économique immédiate et de l’intérêt industriel et social à moyen terme. La décision attendue dira si Brandt peut encore renaître sous une forme productive, ou si son avenir se limitera à la survie de ses marques, détachées de toute réalité industrielle française.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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