Après six années d’investigation, une équipe scientifique franco-péruvienne a mis en évidence un lien entre pesticides et cancers. Malgré l’absence de classification cancérogène officielle pour les substances étudiées, les résultats révèlent un surrisque moyen de 150 %.
Pesticides : une étude révèle un risque de cancers augmenté de 150 %

Une étude publiée, le 1er avril, dans Nature Health et relayée par Le Monde a établi un lien statistique majeur entre pesticides et cancers à l’échelle d’un pays. Cette recherche, menée entre 2014 et 2019, s’appuie sur des données nationales péruviennes croisées avec près de 160 000 cas de cancers recensés entre 2007 et 2020. Elle permet également de mieux comprendre les effets des pesticides sur la santé humaine.
Pesticides et cancers : une corrélation nationale inédite
Les chercheurs ont développé un modèle, combinant géographie, climat et usage agricole des pesticides. Ainsi, ils ont cartographié la dispersion de 31 substances chimiques à travers le territoire péruvien. Or, aucune de ces molécules n’est classée cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé. Pourtant, les résultats révèlent une réalité préoccupante. Selon Le Monde, les scientifiques ont identifié une « association robuste » entre exposition aux pesticides et augmentation du risque de cancers dans plus de 400 zones.
En effet, les données montrent des variations importantes du risque. Dans certaines régions, l’augmentation atteint jusqu’à 840 %, tandis que la moyenne se situe autour de 150 %, selon Le Monde. De plus, cette analyse repose sur une méthodologie innovante qui permet d’évaluer l’exposition environnementale globale. Comme l’explique le chercheur Jorge Honles, « Cela nous a permis de créer une carte à haute résolution et d’identifier les zones présentant le plus grand risque d’exposition ».
Des mécanismes biologiques inattendus
Au-delà de la corrélation statistique, les chercheurs ont analysé des échantillons biologiques pour comprendre l’effet des pesticides. Ils ont notamment étudié des tissus hépatiques provenant d’une trentaine de patients atteints de cancers du foie. Or, les résultats écartent les causes classiques comme l’alcool ou les infections virales. À la place, ils mettent en évidence des modifications épigénétiques liées à des substances non génotoxiques. Ces transformations n’altèrent pas directement l’ADN, mais modifient l’expression des gènes. Par conséquent, elles prédisposent les tissus à développer des cancers.
Les chercheurs parlent ainsi de mécanismes « prédisposant les tissus à une transformation maligne », selon Le Monde. Cette découverte remet en cause les paradigmes actuels, qui considèrent souvent les substances non génotoxiques comme sans danger cancérogène. Par ailleurs, les cancers les plus concernés touchent plusieurs organes. Les systèmes digestif, pulmonaire, cutané, rénal et reproductif féminin apparaissent particulièrement exposés. Cette diversité suggère un impact systémique des pesticides, et non limité à un organe spécifique. Ainsi, l’effet cumulatif de ces substances devient une hypothèse centrale.
Une alerte sanitaire qui redéfinit les risques collectifs
Ces résultats interviennent dans un contexte où l’exposition aux pesticides reste diffuse et généralisée. En France, par exemple, des mesures récentes montrent que ces substances sont présentes dans l’air sur l’ensemble du territoire, y compris en zones urbaines. Environ un tiers des 75 substances recherchées sont détectées dans l’atmosphère, ce qui souligne une exposition chronique. Cette diffusion environnementale complique l’évaluation des risques sanitaires.
De ce fait, les effets à long terme des pesticides pourraient être sous-estimés dans les modèles actuels. Enfin, cette étude renforce un corpus scientifique déjà préoccupant. De nombreuses recherches ont montré une incidence accrue de certains cancers chez les populations exposées aux pesticides, notamment les agriculteurs. Selon une tribune publiée dans Le Monde, « De nombreuses études épidémiologiques montrent une incidence accrue de certains cancers », en particulier des lymphomes et des myélomes. Toutefois, la nouveauté réside ici dans la démonstration à grande échelle, qui dépasse les observations locales ou professionnelles.
