La loi Duplomb revient au Sénat avec un nouveau texte visant la réintroduction encadrée de certains pesticides interdits en France. Portée par les difficultés économiques des agriculteurs, elle relance un débat sensible entre compétitivité, santé publique et acceptabilité pour les consommateurs.
Loi Duplomb et pesticides : un texte pour sauver les filières agricoles

Déposé le 2 février 2026 au Sénat, le nouveau texte de la loi Duplomb marque une nouvelle étape dans le débat sur l’usage des pesticides en agriculture. Après la censure partielle du Conseil constitutionnel à l’été 2025, le sénateur Laurent Duplomb entend corriger les fragilités juridiques du précédent dispositif, tout en répondant aux contraintes économiques croissantes qui pèsent sur les filières agricoles françaises.
Une réponse aux difficultés économiques des agriculteurs
La loi Duplomb est présentée par ses auteurs comme une réponse pragmatique à la situation économique de nombreuses exploitations. Depuis plusieurs années, les agriculteurs français font face à une accumulation de normes nationales plus strictes que celles appliquées dans le reste de l’Union européenne. Or, dans ce contexte, la loi Duplomb vise à réduire les écarts réglementaires qui pénalisent directement les coûts de production.
En effet, selon les organisations professionnelles agricoles, l’interdiction française de certaines molécules encore autorisées ailleurs en Europe renchérit significativement les charges des exploitations. Cette surenchère réglementaire oblige les producteurs à recourir à des solutions alternatives plus coûteuses ou moins efficaces, ce qui fragilise la compétitivité de leurs productions, notamment face aux importations.
Par conséquent, la loi Duplomb cherche à répondre à une équation simple : produire en France coûte plus cher, ce qui contraint à vendre plus cher, ce qui réduit l’accès des consommateurs à des produits nationaux. Selon plusieurs représentants de filières, cette situation crée un cercle vicieux où la demande se reporte sur des produits importés, cultivés avec des substances interdites sur le territoire français mais autorisées dans leur pays d’origine.
Ainsi, pour les partisans du texte, la loi Duplomb ne constitue pas un recul environnemental, mais un outil de rééquilibrage économique. Laurent Duplomb a déclaré : « Nous ne pouvons plus continuer de tergiverser sur ce sujet qui fait partir des pans entiers de notre souveraineté alimentaire », soulignant l’enjeu stratégique pour l’agriculture française.
Quels pesticides sont concernés et pourquoi
Au cœur de la loi Duplomb figurent principalement deux substances : l’acétamipride et le flupyradifurone. Ces insecticides appartiennent à la famille des néonicotinoïdes, des molécules agissant sur le système nerveux des insectes. Interdits en France depuis 2018 pour l’acétamipride, ils restent cependant autorisés dans plusieurs pays européens, sous conditions, ce qui alimente le débat sur l’harmonisation des règles.
Le nouveau texte de la loi Duplomb prévoit une réintroduction strictement encadrée de ces substances, limitée à certaines cultures identifiées comme particulièrement exposées aux ravageurs. Sont notamment concernées la betterave sucrière, la pomme, la noisette et la cerise. L’objectif affiché est d’éviter des pertes de rendement jugées insoutenables par les producteurs.
Toutefois, ces pesticides restent associés à des risques documentés. Plusieurs études scientifiques établissent un lien entre les néonicotinoïdes et des effets négatifs sur les insectes pollinisateurs, en particulier les abeilles. Certaines recherches évoquent également des risques potentiels pour la santé humaine, notamment en cas d’exposition chronique, même si ces effets font encore l’objet de débats scientifiques.
C’est précisément sur ce point que la loi Duplomb tente de rassurer. Le texte insiste sur des conditions d’usage strictes, des durées limitées et un encadrement réglementaire renforcé, afin de répondre aux critiques formulées par le Conseil constitutionnel en 2025. Celui-ci avait estimé que la précédente version du dispositif ne garantissait pas suffisamment la protection de l’environnement, en contradiction avec la Charte de l’environnement.
Consommateurs et santé : un débat sous haute surveillance
La loi Duplomb ne concerne pas uniquement les agriculteurs ; elle interpelle aussi directement les consommateurs. Ces derniers sont à la fois sensibles aux enjeux de santé publique et attentifs aux prix des produits alimentaires. Or, selon les défenseurs du texte, maintenir des interdictions nationales plus strictes sans alternative crédible revient à importer indirectement des denrées produites avec les mêmes pesticides, sans en maîtriser les conditions d’usage.
Ainsi, plusieurs économistes agricoles soulignent que la loi Duplomb pose une question de cohérence : faut-il interdire certaines substances sur le territoire tout en acceptant des produits importés qui en contiennent des résidus conformes aux normes européennes ? Pour les partisans du texte, cette situation brouille le message adressé aux consommateurs et ne garantit pas nécessairement une meilleure protection sanitaire.
Néanmoins, l’opposition à la loi Duplomb reste forte. Une pétition citoyenne lancée contre la première version du texte a recueilli plus de 2,1 millions de signatures début février 2026. Cette mobilisation, inédite par son ampleur, traduit une inquiétude persistante sur les conséquences sanitaires et environnementales d’un retour, même partiel, des pesticides interdits.
Face à ces craintes, les auteurs de la loi Duplomb mettent en avant le rôle des agences sanitaires et des évaluations scientifiques européennes. Ils rappellent que les substances concernées restent autorisées au niveau de l’Union européenne, sous réserve de seuils stricts et de contrôles réguliers. L’objectif affiché est de concilier sécurité alimentaire, viabilité économique des exploitations et information transparente des consommateurs.
