« Un Picasso pour 100 euros » : une loterie au profit de la recherche sur Alzheimer

Un Picasso estimé à 1 million d’euros est mis en jeu dans un tirage au sort caritatif accessible pour 100 euros le billet. Derrière l’effet d’annonce, l’opération vise surtout à capter l’attention mondiale pour financer des programmes de recherche sur Alzheimer. 

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By Aurélie Giraud Published on 13 avril 2026 9h29
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Tête de femme, gouache sur papier peinte par Pablo Picasso en 1941, est l’œuvre mise en jeu dans l’opération « 1 Picasso pour 100 euros ». @shutter - © Economie Matin
120.000Nombre maximal de billets mis en vente pour cette tombola caritative autour d’un Picasso.

Le principe est simple, presque déroutant : acheter en ligne un ticket à 100 euros pour tenter de repartir avec Tête de femme, une gouache sur papier peinte par Pablo Picasso en 1941. Le tirage doit se tenir le 14 avril 2026 à 18 heures chez Christie’s à Paris, sous contrôle d’un commissaire de justice, avec retransmission en direct. L’opération, baptisée « 1 Picasso pour 100 euros », est organisée au profit de la Fondation Recherche Alzheimer. 

Picasso, un nom mondial pour une mécanique de collecte redoutablement efficace

Le succès potentiel de cette tombola repose d’abord sur une idée très lisible : rendre accessible, au moins en apparence, une œuvre que le marché de l’art réserve d’ordinaire à une poignée de collectionneurs. L’œuvre de Picasso mise en jeu, Tête de femme, appartient à Opera Gallery, mesure 38,9 x 25,4 cm et est présentée comme valant 1 million d’euros. Le billet, lui, reste fixé à 100 euros. Avec un plafond de 120.000 tickets, l’opération pourrait théoriquement générer jusqu’à 12 millions d’euros de recettes brutes si toutes les participations étaient vendues. 

Ce contraste entre un prix d’entrée relativement bas et un lot de prestige explique en grande partie l’écho médiatique du dispositif. Les organisateurs assument cette logique de choc symbolique : un Picasso n’est pas seulement un tableau, c’est un nom, une signature, une promesse de rareté. Dans une opération caritative, cette puissance d’attraction devient un levier de financement. Christie’s accueille le tirage, tandis que la plateforme officielle centralise la vente des billets et précise que le gagnant n’a pas besoin d’être présent physiquement le jour du tirage. 

« Il y aura un gagnant ! Et tous les autres participants auront donné à la Fondation Recherche Alzheimer. » précise le communiqué de l'opération.  L’idée est claire : même perdant, l’acheteur du billet est censé repartir avec le sentiment d’avoir contribué à une cause d’intérêt général. 

Un tirage au sort caritatif qui cible la recherche sur Alzheimer

Cette troisième édition de « 1 Picasso pour 100 euros » change aussi de nature par rapport aux précédentes. Cette fois, les fonds doivent aller exclusivement à la recherche sur la maladie d’Alzheimer. La Fondation Recherche Alzheimer se présente comme le premier financeur de la recherche sur Alzheimer et les maladies apparentées en France. Elle met en avant 29 millions d’euros déjà consacrés à la recherche, 195 chercheurs soutenus dans le monde et un statut d’utilité publique obtenu en 2016. 

Au-delà de la communication, les organisateurs détaillent un objectif scientifique plus structuré. Le site officiel évoque un cadre baptisé IPCAR-2030, avec huit projets distincts associant des équipes françaises à des centres européens et nord-américains, pour des budgets d’au moins 1 million d’euros sur trois ans. Dans le communiqué de presse, la Fondation explique vouloir financer des programmes « visant à mieux comprendre les mécanismes de la maladie, à développer de nouveaux traitements et à améliorer la qualité de vie des patients et de leurs familles ». 

Le Dr Olivier de Ladoucette, président de la Fondation Recherche Alzheimer, résume l’attente de l’opération en une phrase : « Nous espérons une importante levée de fond pour faire avancer la recherche ». Le pari consiste donc à transformer un geste d’achat impulsif, presque ludique, en ressource pour la recherche clinique et fondamentale. 

L’enjeu sanitaire, lui, dépasse largement la France. Le site officiel avance que plus de 35 millions de personnes vivent avec Alzheimer dans le monde. Le communiqué ajoute qu’en France, plus de 600 nouveaux cas seraient diagnostiqués chaque jour et que plus d’1 million de personnes vivent déjà avec cette pathologie. Il rappelle aussi que, selon les projections de l’OMS citées par les organisateurs, le nombre de personnes concernées pourrait doubler d’ici 2050. 

Tableau, prestige et philanthropie : une formule déjà éprouvée

Cette opération n’en est pas à son coup d’essai. Les deux précédentes éditions servent aujourd’hui de vitrine pour crédibiliser la troisième. Selon les organisateurs, la loterie a déjà permis de lever plus de 10 millions d’euros au total pour des causes humanitaires et culturelles. L’édition 2013 avait bénéficié au patrimoine de Tyr, au Liban. Celle de 2020 avait soutenu des programmes d’accès à l’eau et à l’hygiène en Afrique via CARE. 

Cette antériorité compte, car une tombola adossée à un tableau de cette valeur soulève forcément des questions sur la transparence et l’équité. La FAQ officielle précise que le tirage est effectué par Maître Julie Delamotte, commissaire de justice. Elle précise aussi que les numéros restent enregistrés même si un participant égare son billet. Pour les organisateurs, il s’agit de rassurer un public international appelé à acheter à distance. 

Le projet bénéficie en outre d’un appui symbolique puissant du côté de l’univers Picasso. Dans le communiqué, Claude Picasso souligne : « L’engouement du public m’a beaucoup touché ». Cette caution n’est pas anodine. Elle permet d’inscrire l’opération dans une narration plus large, celle d’un art mis au service d’un intérêt collectif plutôt qu’enfermé dans la seule logique patrimoniale ou spéculative. 

Reste une réalité économique plus prosaïque. D’après l’Associated Press, sur les recettes de l’opération, 1 million d’euros doivent revenir à Opera Gallery, propriétaire de l’œuvre. Cela n’annule pas la portée caritative de la tombola, mais rappelle que ce type de montage associe toujours philanthropie, communication internationale et valorisation marchande. C’est précisément ce mélange qui rend l’opération si visible : un tableau iconique, un tirage au sort grand public et une cause médicale dont le financement manque structurellement de moyens. 

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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