La maladie d’Alzheimer demeure profondément marquée par une dimension de genre. En France, environ 1,4 million de personnes vivent avec cette pathologie neurodégénérative, soit près de 2,2 % de la population, selon une étude Ipsos BVA relayée par Pourquoi Docteur le 19 mars 2026. Or, derrière cette masse de patients, une constante s’impose : les femmes sont largement majoritaires parmi les personnes atteintes d’Alzheimer.
Alzheimer : pourquoi les femmes sont les plus touchées

Ainsi, près de deux malades sur trois sont des femmes. Cette surreprésentation ne relève pas uniquement de l’espérance de vie. Comme l’explique Géraldine Rauchs, directrice de recherche à l’Inserm, "les femmes paient un tribut plus lourd à la maladie, parce qu’elles y sont plus exposées, mais aussi parce qu’elles en assument plus souvent les conséquences", selon Pourquoi Docteur. Dès lors, Alzheimer apparaît non seulement comme une pathologie, mais aussi comme un révélateur d’inégalités persistantes.
Cependant, l’explication par la longévité féminine est désormais jugée insuffisante. Les travaux récents indiquent que, même à âge égal, les femmes présentent un risque accru. Géraldine Rauchs souligne ainsi que "à âge égal, les écarts persistent : le vieillissement cérébral ne suit pas exactement les mêmes trajectoires selon le sexe", selon Pourquoi Docteur. Alzheimer s’inscrit dans des mécanismes biologiques différenciés, encore imparfaitement compris, mais désormais reconnus comme centraux.
Des facteurs biologiques et sociaux imbriqués
Si Alzheimer frappe davantage les femmes, c’est en raison d’un enchevêtrement complexe de facteurs biologiques et sociaux. D’une part, les chercheurs explorent l’impact hormonal, notamment celui de la ménopause. La chute des œstrogènes modifie l’équilibre cérébral et pourrait accroître la vulnérabilité neuronale. De plus, certaines hypothèses mettent en avant des mécanismes génétiques liés au chromosome X, susceptibles d’influencer le déclenchement ou la progression de la maladie. D’autre part, les déterminants sociaux jouent un rôle tout aussi décisif dans Alzheimer. Les inégalités d’accès à la prévention, aux soins ou encore à l’activité physique contribuent à façonner la santé cognitive.
Ainsi, la maladie s’inscrit dans un continuum d’inégalités qui dépasse la seule dimension médicale. Par ailleurs, le poids du stress et des responsabilités accumulées au fil de la vie constitue un facteur aggravant. Les femmes, plus souvent exposées à des carrières interrompues ou à des charges familiales multiples, subissent des pressions chroniques susceptibles d’affecter leur santé cérébrale. Dès lors, Alzheimer devient l’expression d’un parcours de vie marqué par des déséquilibres structurels, où la biologie et la société interagissent étroitement.
Les femmes aussi en première ligne comme aidantes
Au-delà du diagnostic, Alzheimer place également les femmes au cœur de l’accompagnement des malades. En effet, elles représentent 57 % des aidants. Ce rôle central s’inscrit dans une logique sociale ancienne, où le soin repose majoritairement sur les femmes, qu’elles soient conjointes, filles ou proches. Cependant, cette implication dépasse largement le cadre ponctuel. Les aidantes ont en moyenne 56 ans et, pour 63 % d’entre elles, exercent encore une activité professionnelle, selon Le Monde. Elles se trouvent ainsi prises dans une tension permanente entre vie professionnelle, obligations familiales et soutien à un proche atteint d’Alzheimer. Cette situation génère une charge mentale considérable, souvent invisibilisée. De surcroît, les conséquences sont multiples et durables.
Fatigue, isolement social, fragilité économique : autant de réalités décrites comme des "coûts invisibles". Ces femmes doivent faire preuve d’"une disponibilité psychique constante" et consentir à des "renoncement personnels", selon Pourquoi Docteur. Ainsi, Alzheimer ne se limite pas à une maladie individuelle, mais devient une épreuve collective portée en grande partie par les femmes. Enfin, cette double exposition, être à la fois potentiellement malade et déjà aidante, crée un cycle préoccupant. Comme le résume Géraldine Rauchs, "pour nombre d’entre elles, les rôles se succèdent et se superposent : accompagner un parent malade, puis un conjoint, parfois avant de devenir elles-mêmes exposées au risque", selon Pourquoi Docteur. Dès lors, Alzheimer révèle une continuité générationnelle où les femmes restent au centre, à la fois victimes et soutiens du système.
