Salaires impayés : le nombre de concernés bondit de 13% en France

La hausse des avances versées pour garantir les salaires atteint un niveau inédit en ce début de 2026, annonce le régime de garantie des salaires (AGS). Derrière ce bond spectaculaire, l’institution met en lumière une réalité plus préoccupante : des défaillances d’entreprises moins nombreuses, mais nettement plus lourdes.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 14 avril 2026 18h04
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Salaires impayés : le nombre de concernés bondit de 13% en France - © Economie Matin
95.273Au premier trimestre 2026, le régime de garantie des salaires (AGS) a versé les montants dus par les employeurs à 95.273 salariés.

Salaires pris en charge par l'AGS : une hausse de 23% qui inquiète

Au cours du premier trimestre 2026, le régime de garantie des salaires (AGS) a versé 650 millions d’euros d’avances pour couvrir les salaires et créances des salariés, contre 530 millions d’euros un an plus tôt. Cette progression de 23% marque une accélération nette par rapport à une année 2025 déjà qualifiée d’historique par l’organisme.

Cette augmentation ne s’accompagne pourtant pas d’une explosion du nombre d’entreprises concernées. Le volume de dossiers reste stable, avec 7.253 entreprises accompagnées, soit une quasi-stagnation (-0,1%). En revanche, le nombre de bénéficiaires progresse fortement pour atteindre 95.273 salariés, en hausse de 13,6%. L’avance moyenne par salarié grimpe également à 6.772 euros, contre 6.192 euros en 2025.

Ce décalage entre stabilité du nombre de dossiers et hausse des montants traduit une transformation profonde du tissu économique. « Les défaillances ne sont pas plus nombreuses, elles sont plus lourdes », résume Christian Nibourel, président de l’AGS. Autrement dit, ce sont désormais des entreprises plus importantes, employant davantage de salariés et versant des rémunérations plus élevées, qui basculent en difficulté.

Des secteurs et des montants en forte tension sur les salaires

L’analyse sectorielle confirme cette tendance. Trois secteurs concentrent l’essentiel de la hausse des avances sur les salaires : le commerce (+56%), l’hébergement-restauration (+53%) et l’industrie (+39%). L’industrie demeure le premier secteur en volume, avec près de 144 millions d’euros d’avances versées sur le trimestre. Elle est suivie par le commerce (115,6 millions d’euros) et les services aux entreprises (près de 95 millions d’euros). Ces chiffres illustrent une fragilité accrue des secteurs exposés aux variations de coûts et à la conjoncture économique.

Plus largement, ces tensions s’expliquent par un faisceau de facteurs économiques : hausse durable des coûts de production, marges sous pression et ralentissement de l’activité. Ces éléments pèsent directement sur la trésorerie des entreprises, jusqu’à provoquer des situations d’insolvabilité.

Sur le plan social, le profil des salariés touchés évolue également. À fin mars 2026, 88% des bénéficiaires étaient en CDI, avec une ancienneté moyenne de 7,1 ans et un âge moyen de 42 ans. Le salaire médian de référence atteint 2.422 euros. Ces données montrent que les difficultés touchent désormais des salariés installés et qualifiés, et non plus uniquement des profils précaires.

L’AGS, un dispositif clé pour sécuriser les salaires et créances

Créé en 1974, le régime de garantie des salaires a pour mission d’assurer le paiement des salaires et des créances en cas de défaillance d’une entreprise. Il intervient dans le cadre de procédures collectives, comme les redressements ou les liquidations judiciaires, lorsque l’employeur n’est plus en mesure de payer ses salariés. Concrètement, l’AGS avance les sommes dues aux salariés, puis tente de les récupérer dans le cadre de la procédure judiciaire. Ce mécanisme repose sur une logique de solidarité entre entreprises, puisqu’il est financé par une cotisation patronale obligatoire. En 2026, ce taux est maintenu à 0,25% des rémunérations, dans la limite d’un plafond mensuel fixé à 16.020 euros.
Ce système joue un rôle central dans la protection des salaires. En 2025, il a permis de soutenir près de 250.000 salariés pour un montant total de plus de 2,2 milliards d’euros, selon les données de l’AGS. D’autres estimations évoquent 2,23 milliards d’euros avancés la même année, confirmant l’ampleur du dispositif.

Toutefois, cette montée en charge n’est pas sans conséquence. La Cour des comptes a récemment pointé une augmentation durable des dépenses du régime dans un contexte de multiplication des défaillances d’entreprises. Cette pression financière pourrait, à terme, remettre en question l’équilibre du système.

Un impact économique durable

Les tensions ne sont pas uniformes sur le territoire. Certaines régions enregistrent des hausses particulièrement marquées du nombre de bénéficiaires. Les Hauts-de-France affichent une progression de 121,9%, suivis par la Bretagne (+38,2%) et l’Occitanie (+30,9%). Ces disparités s’expliquent notamment par la structure économique locale. Les régions fortement industrialisées sont plus exposées aux effets de chaîne en cas de défaillance d’une grande entreprise. L’impact se diffuse rapidement à l’ensemble de l’écosystème économique, notamment aux sous-traitants et aux services associés.

Face à cette situation, l’AGS insiste sur la mobilisation de ses équipes pour maintenir un haut niveau de service. « Malgré ce contexte difficile, les équipes AGS restent mobilisées pour maintenir un fort niveau d’engagement de service », déclare son directeur général, Antonin Blanckaert, en précisant que plus de 80% des relevés de créances sont traités en 48 heures.

Cette réactivité reste essentielle dans un contexte où les salaires constituent souvent la seule ressource immédiate des salariés concernés. Mais elle ne masque pas les incertitudes à venir. La combinaison d’un environnement économique tendu et de défaillances plus lourdes laisse entrevoir une pression durable sur le régime de garantie des salaires.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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