Face aux tensions inflationnistes, UBS analyse les différents actifs de protection : matières premières limitées à 5% du portefeuille, pétrole en hausse avec le Brent attendu à 100$/baril, or temporairement sous pression mais attractif à long terme.
Quel actif permet de se protéger contre le risque d’inflation ?

Historiquement, les matières premières se distinguent par de bonnes performances lors de déséquilibres entre l’offre et la demande ou en période de risques macroéconomiques accrus (inflation, tensions géopolitiques). Dans ces situations, une exposition diversifiée aux matières premières contribue à la diversification et à la protection des portefeuilles face aux chocs. Nous recommandons généralement de limiter cette allocation à 5 % du portefeuille. Toutefois, il convient de rappeler que cette classe d’actifs présente des risques spécifiques : forte volatilité, coûts liés aux contrats à terme ou à la détention physique, et alternance de phases de sur- ou sous- performance par rapport aux actions. Ainsi, les matières premières constituent selon nous une allocation tactique, plutôt qu’une composante stratégique permanente dans une allocation à long terme.
Marché pétrolier sous tension. Les prix du pétrole fluctuent au gré des tensions au Moyen-Orient, la durée et l’ampleur des perturbations — notamment la restriction des flux via le détroit d’Hormuz — demeurant les principaux déterminants du marché. Cette situation se traduit par une prime notable du Brent spot sur les contrats à terme, reflétant la demande immédiate. Tant que les flux restent limités, la pression haussière devrait persister. L’offre et la demande étant peu flexibles à court terme, la gestion de l’offre par l’OPEP+ est essentielle, mais fortement entravée par la fermeture du détroit, ce qui accroît la volatilité.
Après sept semaines de conflit, les arrêts de production atteignent 13 millions de barils par jour, les exportations du Golfe sont tombées à 8 millions de barils par jour, et la mobilisation des réserves stratégiques reste lente. Dans ce contexte, nous relevons nos prévisions pour le Brent à 100 dollars par baril fin juin, 95 dollars fin septembre, 90 dollars fin décembre 2026 et 85 dollars fin mars 2027. L’incertitude reste élevée : une perturbation prolongée pourrait entraîner une flambée des prix au-delà de 150 dollars par baril et une volatilité accrue liée à la crainte de pénurie.
Métaux précieux : la pression sur l’or devrait rester temporaire. L’or est traditionnellement perçu comme un actif refuge en période de tensions géopolitiques, mais sa performance lors de conflits militaires demeure incertaine. Depuis le début du conflit, son prix a reculé de 7 %. Ce mouvement reflète une tendance historique : dans ces situations, les investisseurs privilégient la liquidité et se tournent souvent vers d’autres actifs, comme l’énergie.
L’or surperforme généralement lorsque la croissance ralentit et que les banques centrales baissent leurs taux, mais le choc énergétique actuel complique son rôle habituel : croissance faible, inflation élevée, taux et dollar forts. Cette pression sur l’or devrait rester temporaire ; à mesure que la politique monétaire s’assouplit, ses soutiens traditionnels devraient revenir. La correction actuelle s’apparente à un ajustement temporaire dans la trajectoire haussière de long terme de l’or. Nous considérons donc les niveaux actuels comme attractifs pour les investisseurs de long terme, en anticipation d’un rebond.
Le choc énergétique freine la reprise de la demande de métaux industriels. La demande de métaux demeure faible, sous l’effet d’une consommation ralentie en Chine et d’une croissance modérée aux États-Unis et en Europe. En début d’année, les prix avaient dépassé les fondamentaux, nécessitant un regain de demande pour prolonger la tendance haussière. Le choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient risque de retarder cette reprise, la hausse des coûts ayant historiquement réduit la demande industrielle d’environ 1 point de pourcentage. Le cuivre en pâtit actuellement, mais les perspectives à moyen terme restent favorables : une stabilisation géopolitique et des investissements accrus dans les réseaux électriques et l’électrification devraient soutenir la demande de cuivre et d’aluminium.
Une plus grande sélectivité s’impose dans l’agriculture. Nous considérons que les risques dans le secteur agricole sont orientés à la hausse, portés par les tensions géopolitiques et l’incertitude persistante sur les marchés des intrants. Les dernières données de plantation et d’inventaire de l’USDA confirment un resserrement des fondamentaux, bien que le positionnement des acteurs de marché suggère que cette situation soit déjà largement prise en compte dans les prix. Par ailleurs, le retour de La Niña introduit des risques baissiers sur les rendements agricoles en Amérique, notamment pour le maïs et le soja. Dans le secteur de l’élevage, la pénurie d’offre demeure le facteur principal. Les stocks de bovins aux États-Unis atteignent un niveau historiquement bas, soutenant la hausse des prix du bœuf, tandis que les tensions commerciales accentuent l’incertitude sur l’offre mondiale. Les marchés du porc restent également sous pression, les problèmes sanitaires des troupeaux freinant l’expansion du nombre de truies.
En résumé, les matières premières offrent une bonne diversification et protection en période de déséquilibres ou de risques macroéconomiques, mais leur allocation doit rester tactique (jusqu’à 5 %), en raison de leur forte volatilité et de leurs risques spécifiques.
