Réunis le 21 avril 2026 au Nasdaq MarketSite de New York, les BRVM Investment Days ont confirmé un diagnostic désormais partagé : l’Afrique de l’Ouest ne manque pas de capitaux, mais de projets structurés capables d’attirer durablement les investisseurs. Derrière la promotion du marché régional, l’événement a surtout mis en lumière les limites opérationnelles du secteur privé dans la transformation de l’épargne en investissements productifs.
Afrique de l’Ouest : le défi n’est plus l’argent, mais la structuration des financements

Un marché régional en croissance mais encore insuffisamment intermédié
La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, place financière commune aux huit États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, poursuit sa montée en puissance. Sa capitalisation atteint près de 24 800 milliards de francs CFA, soit un peu plus de 18 % du produit intérieur brut régional. Dans le même temps, la croissance économique de l’Union est estimée à 6,7 % en 2025, soutenant l’attractivité du marché auprès des investisseurs internationaux.
Les panels organisés à New York ont réuni plusieurs figures reconnues des marchés financiers et de l’investissement en Afrique et sur les marchés émergents, parmi lesquelles Natalia Gurushina, économiste en chef pour les marchés émergents chez VanEck, Papa Madiaw Ndiaye, président du groupe Ecobank Transnational Incorporated, ou encore Simon Tiemtoré, fondateur de Vista Group. Tous convergent vers un même constat : les flux existent, mais les projets structurés restent insuffisants.
Les Sociétés de Gestion et d’Intermédiation au cœur du dispositif
Dans ce contexte, les Sociétés de Gestion et d’Intermédiation constituent un maillon essentiel du financement régional. Agréées par le régulateur de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, elles assurent la structuration des opérations financières, l’intermédiation entre émetteurs et investisseurs et le montage des levées de fonds sur les marchés.
Dans la zone UEMOA, leur montée en puissance reste encore partielle. Les capacités d’ingénierie financière, en particulier sur les montages complexes d’infrastructures ou de partenariats public-privé, demeurent limitées. Cette faiblesse constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à la transformation de l’épargne locale et internationale en investissements productifs.
Mines, matières premières et relocalisation de la valeur
La problématique est particulièrement visible dans les secteurs extractifs. L’or, le coton ou encore d’autres ressources stratégiques continuent d’être valorisés sur des places financières extérieures, privant les économies locales d’une partie de la chaîne de valeur financière.
Le développement d’une Bourse des Matières Premières adossée à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières vise à corriger ce déséquilibre. En permettant une cotation locale et des levées de fonds sur place, ce compartiment pourrait renforcer la profondeur du marché régional et attirer des investisseurs internationaux. Mais son succès dépendra directement de la capacité des acteurs privés à structurer des produits financiers solides.
Un paradoxe persistant : abondance d’épargne, déficit de projets
Ce déséquilibre a été formulé de manière explicite lors des échanges. Ce constat est résumé en une phrase par le Dr Constantin Dabiré, président-directeur général de la Société Africaine d’Ingénierie et d’Intermédiation Financières (SA2IF), l’un des principaux acteurs de l’ingénierie financière au Burkina Faso : « Le véritable problème n'est pas le manque d'argent, mais l'ingénierie des projets ; l'ingénierie financière est l'élément incontournable pour structurer les projets de manière à susciter l'appétence des investisseurs ».
Cette analyse renvoie à un paradoxe structurel : une capacité d’épargne estimée à plusieurs milliers de milliards de dollars coexiste avec un déficit chronique de financement des infrastructures, dont les besoins sont évalués entre 170 et 200 milliards de dollars par an.
Les Caisses de Dépôts et de Consignation, en cours de déploiement dans plusieurs pays de l’Union, visent à mobiliser cette épargne institutionnelle sur le long terme, notamment pour financer les phases amont des projets. Mais leur efficacité dépend directement de la qualité des montages proposés par les acteurs privés.
Les BRVM Investment Days de New York confirment un déplacement du problème : l’enjeu du financement en Afrique de l’Ouest ne réside plus dans l’accès au capital, mais dans la capacité à structurer des projets bancables. Sans montée en compétence rapide des Sociétés de Gestion et d’Intermédiation et des acteurs privés, une part significative des flux financiers continuera de contourner les économies de la région.