Caries dentaires : des Néandertaliens auraient pratiqué une opération il y a 60.000 ans

Depuis des décennies, les chercheurs tentent de comprendre jusqu’où allaient les compétences médicales des Néandertaliens. Une découverte publiée en mai 2026 nous en apprend davantage sur ces populations préhistoriques. Selon plusieurs travaux récents, ils auraient été capables de traiter des caries dentaires il y a près de 60.000 ans, bien avant l’apparition des premières pratiques dentaires connues chez Homo sapiens.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Last modified on 15 mai 2026 17h23
Caries dentaires : des Néandertaliens auraient pratiqué une opération il y a 60.000 ans
Caries dentaires : des Néandertaliens auraient pratiqué une opération il y a 60.000 ans - © Economie Matin

Plusieurs médias scientifiques européens ont relayé les résultats d’une étude consacrée à une molaire retrouvée dans la grotte de Chagyrskaya, en Sibérie. Cette dent, datée d’environ 59.000 ans, présente une cavité profonde dont la forme intrigue les archéologues. Selon les auteurs de l’étude publiée dans la revue PLOS One, les marques visibles sur cette molaire suggèrent qu’un individu aurait volontairement perforé la dent afin de soulager une douleur provoquée par des caries dentaires.

Caries dentaires : une intervention spectaculaire observée sur une molaire néandertalienne

La découverte repose sur l’analyse détaillée d’une unique molaire inférieure exhumée dans la grotte de Chagyrskaya, un site archéologique majeur situé dans le sud de la Sibérie. Les chercheurs ont utilisé plusieurs techniques d’imagerie microscopique et de microtomographie afin d’étudier la structure interne de cette dent. Les résultats montrent une perforation située au centre de la molaire, directement au niveau de la cavité pulpaire, là où les nerfs provoquent les douleurs les plus intenses lors de caries dentaires avancées. Les scientifiques ont identifié des modifications de minéralisation compatibles avec une infection sévère. Les rainures microscopiques visibles à l’intérieur de la cavité indiquent également l’usage répété d’un outil en pierre particulièrement fin. De plus, les bords polis de la perforation montrent que le patient a survécu après l’intervention et a continué à utiliser cette dent pendant un certain temps. Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont reproduit l’opération sur trois dents humaines modernes. Ils ont utilisé des outils en jaspe similaires à ceux retrouvés sur le site sibérien. Selon les données publiées par The Guardian le 13 mai 2026, le perçage manuel aurait nécessité entre 35 et 50 minutes de travail continu afin d’atteindre la dentine.

Cette durée impressionne les spécialistes, car une telle opération sans anesthésie aurait provoqué une douleur extrême. La chercheuse Kseniya Kolobova, archéologue à l’Académie russe des sciences, a déclaré dans The Guardian : « Cette découverte renforce puissamment l’idée désormais largement étayée selon laquelle les Néandertaliens n’étaient pas les cousins brutaux et inférieurs des stéréotypes dépassés, mais une population humaine sophistiquée dotée de capacités cognitives et culturelles complexes. ». Pendant longtemps, ces groupes humains furent décrits comme primitifs. Pourtant, les découvertes accumulées depuis plusieurs années montrent des comportements complexes, notamment l’entraide, les rites funéraires ou encore la fabrication d’outils élaborés. Désormais, les caries dentaires pourraient également révéler l’existence de soins médicaux rudimentaires. Selon Cadena SER, le 15 mai 2026, les chercheurs estiment que cette intervention représente “la preuve la plus ancienne au monde d’un traitement dentaire réussi”. Cette estimation repousse de plus de 40.000 ans les précédentes traces connues de soins dentaires invasifs.

Les Néandertaliens comprenaient-ils déjà la douleur provoquée par les caries dentaires ?

La question centrale dépasse désormais la simple découverte archéologique. Les scientifiques cherchent surtout à comprendre ce que cette opération révèle du fonctionnement intellectuel des Néandertaliens. Pour intervenir sur des caries dentaires, il fallait identifier la source de la douleur, manipuler des outils avec précision et accepter une procédure particulièrement pénible. Les spécialistes rappellent qu’une infection pulpaire provoque des douleurs pulsatiles très violentes. Justin Durham, professeur à l’université de Newcastle et conseiller scientifique de la British Dental Association, a expliqué dans The Guardian : « Si vous percez un grand trou dans la dent, comme l’a fait ce dentiste néandertalien, cela soulagerait cette pression. » Cette analyse intéresse particulièrement les chercheurs en santé bucco-dentaire. En effet, la décompression de la cavité pulpaire constitue encore aujourd’hui un principe fondamental dans le traitement des caries dentaires avancées. Même si les Néandertaliens ne possédaient évidemment pas les connaissances médicales modernes, ils auraient compris empiriquement qu’une ouverture de la dent pouvait atténuer la douleur. Les expérimentations réalisées sur les dents modernes montrent également que l’opération nécessitait une grande stabilité manuelle.

Les rainures observées au microscope correspondent à un mouvement rotatif très régulier. Selon les chercheurs, cela exclut largement l’hypothèse d’une usure naturelle ou accidentelle. L’archéologue Lydia Zotkina, coautrice de l’étude, a précisé dans Cadena SER : « La comparaison des traces microscopiques du spécimen néandertalien original avec celles obtenues expérimentalement a révélé une nette correspondance. » Cette concordance entre les traces expérimentales et les marques fossiles renforce fortement la thèse d’une intervention volontaire. Les scientifiques soulignent aussi la rareté des caries dentaires chez les Néandertaliens. Leur alimentation pauvre en sucres limitait généralement les lésions dentaires. Pourtant, cette molaire présente une double atteinte carieuse particulièrement avancée. Par ailleurs, cette découverte s’ajoute à d’autres indices montrant que les Néandertaliens prenaient soin de leurs congénères blessés ou malades. Plusieurs fossiles étudiés auparavant témoignaient déjà de survies prolongées malgré des handicaps graves. Certains individus présentaient des fractures consolidées ou des malformations sévères. Ces observations suggèrent l’existence d’une véritable solidarité sociale.

Une découverte qui transforme l’image des Néandertaliens

Cette affaire dépasse désormais le simple cadre de l’archéologie dentaire. Elle modifie profondément l’image des Néandertaliens dans la recherche contemporaine. Les scientifiques considèrent aujourd’hui que ces populations possédaient des capacités cognitives bien plus développées qu’on ne le pensait encore au début des années 2000. Les auteurs de l’étude rappellent que des traces de cure-dents avaient déjà été observées sur certains fossiles néandertaliens. Une étude relayée par Sciences et Avenir dès 2017 évoquait déjà des tentatives visant à soulager des inflammations dentaires il y a environ 130.000 ans. Cependant, aucune preuve directe de forage thérapeutique n’avait encore été documentée avec autant de précision. Cette nouvelle analyse apporte donc un élément inédit. Les chercheurs parlent désormais d’“intervention invasive”, un terme généralement réservé à des pratiques médicales plus avancées. Les caries dentaires deviennent ainsi un révélateur inattendu de l’évolution des comportements humains. Les chercheurs ont également observé des traces d’usure après l’opération. Cela signifie que le patient a survécu suffisamment longtemps pour continuer à mâcher avec cette molaire.

Cette donnée reste essentielle, car elle suggère que l’intervention a réellement apporté un soulagement temporaire. Justin Durham a également déclaré dans The Guardian : « Il s’agit donc d’un exploit tout à fait phénoménal, c’est pourquoi je tire mon chapeau au Néandertalien qui l’a réalisé. » Les dentistes modernes utilisent aujourd’hui des instruments rotatifs atteignant plus de 40.000 tours par minute. Pourtant, un individu vivant il y a près de 60.000 ans aurait réussi à percer une dent infectée uniquement avec un outil de pierre et une rotation manuelle. Les chercheurs restent néanmoins prudents. Une seule molaire ne suffit pas à prouver l’existence d’une véritable médecine organisée chez les Néandertaliens. Toutefois, les indices convergent désormais vers une capacité réelle à traiter certaines douleurs physiques. Les caries dentaires pourraient donc constituer l’un des premiers témoignages connus d’une pratique thérapeutique volontaire dans l’histoire humaine.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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