PER : l’encours progresse et franchit les 150 milliards

Le Plan épargne retraite (PER) franchit un nouveau cap historique avec 150,4 milliards d’euros d’encours fin 2025, soit une progression de 20% sur l’année. Avec 12,9 millions de titulaires, ce produit d’épargne confirme son succès auprès des Français soucieux d’optimiser leur fiscalité et de préparer leur retraite.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 18 mai 2026 5h26
35% des nouveaux retraités vivent mieux que lorsqu'ils travaillaient
PER : l’encours progresse et franchit les 150 milliards - © Economie Matin
22%Les PER collectifs d'entreprise affichent une croissance de 22% en 2025

PER : une collecte record qui redessine l'épargne retraite française

Le Plan épargne retraite (PER) s'impose durablement comme l'instrument de référence pour préparer sa retraite en France. Son encours vient de franchir le seuil symbolique des 150 milliards d'euros au quatrième trimestre 2025 — une performance qui témoigne de l'appétit grandissant des Français pour la constitution d'un complément de revenu futur. Le nombre de titulaires a lui aussi progressé, pour atteindre 12,9 millions de souscripteurs.

Selon les chiffres officiels publiés par le ministère de l'Économie le 17 mai dernier, l'encours total du PER s'établit à 150,4 milliards d'euros, soit une hausse de 20 % par rapport à 2024. Une dynamique qui traverse l'ensemble des catégories du dispositif, créé par la loi Pacte en 2019 pour unifier et simplifier une offre d'épargne retraite jusque-là morcelée.

Une croissance généralisée sur tous les segments

Les PER individuels — accessibles à tout contribuable, quelle que soit sa situation professionnelle — captent la part du lion avec 88,5 milliards d'euros d'encours, en hausse de 21 % sur l'année écoulée. Ce segment confirme son attractivité auprès des épargnants désireux d'alléger leur facture fiscale tout en construisant leur retraite sur le long terme.

Les PER collectifs d'entreprise affichent une croissance tout aussi soutenue, à 33,86 milliards d'euros (+22 %), tandis que les PER obligatoires totalisent 28,04 milliards d'euros, en progression de 13 %. Cette répartition équilibrée illustre la maturité d'un marché qui séduit aussi bien les particuliers que les directions des ressources humaines, lesquelles y trouvent un outil de rémunération différée. D'après BFM TV, la fédération France Assureurs avait anticipé cette tendance dès janvier, en signalant une hausse des versements de 16 % en 2025, pour des flux annuels atteignant 20,2 milliards d'euros.

Mécanismes et avantages fiscaux : un produit taillé pour les actifs

Le succès du PER tient pour beaucoup à sa conception : souple, lisible, et fiscalement genereux. Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de plafonds réglementaires annuels, ce qui génère une économie d'impôt immédiate, d'autant plus significative que la tranche marginale d'imposition est élevée. Pour un contribuable taxé à 41 %, verser 10 000 euros sur son PER revient, après déduction fiscale, à n'en débourser que 5 900.

La gestion financière des fonds repose sur une logique dite « lifecycle » : les épargnants de moins de 40 ans voient leurs versements orientés quasi intégralement vers des unités de compte, supports plus dynamiques et potentiellement plus rémunérateurs sur longue période. À mesure que l'horizon de retraite se rapproche, l'allocation glisse progressivement vers des actifs moins volatils, pour sécuriser le capital accumulé. À la sortie, le titulaire peut choisir entre un versement en capital, une rente viagère, ou une combinaison des deux — avec, dans certains cas exceptionnels comme l'acquisition d'une résidence principale, la possibilité d'un déblocage anticipé.

Qui peut souscrire un PER et comment procéder ?

L'accessibilité constitue l'un des atouts les plus concrets du dispositif. Toute personne physique résidant fiscalement en France peut ouvrir un PER individuel, salarié, fonctionnaire, indépendant ou sans activité. Pour les travailleurs non salariés et les professions libérales, le PER se substitue avantageusement aux anciens contrats Madelin, avec une plus grande liberté de gestion et des plafonds de déduction parfois considérables pour les hauts revenus.

En entreprise, l'employeur peut proposer — ou dans certains cas, rendre obligatoire — un PER collectif, qui peut être abondé au-delà des versements du salarié. Selon Les Échos, cette démocratisation de l'épargne retraite s'accompagne d'une contribution croissante au financement de l'économie française.

Un impact économique majeur sur le financement des entreprises

Au-delà de la sphère individuelle, le PER joue désormais un rôle structurant dans le financement de l'économie. Le ministère de l'Économie souligne que plus de 60 % des actifs détenus dans ces plans sont orientés vers les entreprises, via les marchés financiers ou le capital-investissement. Plus de 5 milliards d'euros sont ainsi investis en actifs non cotés, contribuant directement au développement des PME et des sociétés en croissance. Bercy parle d'une « contribution décisive au développement des entreprises » — une formule qui dit bien l'ambition politique derrière le dispositif.

Perspectives et défis pour l'avenir

Face au vieillissement démographique et aux interrogations persistantes sur la solidité des régimes de retraite par répartition, le PER s'installe progressivement comme un troisième pilier incontournable. Sa montée en puissance répond à une logique de diversification des revenus futurs, particulièrement pertinente à l'heure où chaque génération sait qu'elle devra compter, au moins en partie, sur elle-même.

L'enjeu des prochaines années sera de préserver l'attractivité du dispositif sans alourdir les contraintes budgétaires qui pèsent sur ses avantages fiscaux. Certains observateurs estiment que le modèle français pourrait inspirer d'autres pays européens confrontés aux mêmes défis de financement des retraites. Comme le relève Le Figaro, le franchissement du cap des 150 milliards marque une étape symbolique autant qu'économique.

En définitive, le pari de la loi Pacte semble tenu. En créant un produit unifié, simplifié et fiscalement lisible, le législateur a su réconcilier les Français avec une épargne retraite longtemps perçue comme complexe et peu accessible — tout en offrant à l'économie nationale un vivier de capitaux patients dont elle avait besoin.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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