Crème solaire : près de 3 Français sur 10 ne se protègent pas à la plage

La protection solaire recule en France, selon le baromètre 2026 FEBEA-OpinionWay. À la plage ou à la piscine, près de trois Français sur dix déclarent désormais ne pas se protéger, alors que les cancers de la peau progressent fortement.

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By Aurélie Giraud Published on 25 mai 2026 9h48
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Face aux UV, la crème solaire doit être appliquée généreusement et renouvelée régulièrement. - © Economie Matin
29%Part des Français qui déclarent ne pas se protéger à la plage ou à la piscine.

La crème solaire reste un réflexe pour une majorité de Français, mais ce réflexe s’érode. Le dernier baromètre publié par la Fédération des entreprises de la beauté, réalisé avec OpinionWay, met en évidence une baisse nette de la vigilance, en particulier chez les jeunes et les parents.

Protection solaire : un recul préoccupant à la plage et à la piscine

Le chiffre paraît d’abord rassurant : 71% des Français déclarent appliquer une protection solaire lorsqu’ils sont à la plage ou à la piscine. Mais la dynamique inquiète. Deux ans plus tôt, ils étaient 83% à le faire au moins une fois par jour dans le cadre d’une exposition de plusieurs heures. D’après le baromètre FEBEA-OpinionWay 2026, 29% des personnes interrogées disent désormais ne pas se protéger dans ces situations très exposées, contre 17% en 2024.

Selon la FEBEA, « si les bons réflexes semblent largement installés dans les situations les plus exposées (71% des Français déclarent se protéger à la plage ou à la piscine), cette vigilance recule par rapport à 2024 : 29% disent ne pas se protéger dans ces situations, contre 17% il y a deux ans ».

Cette baisse intervient alors que le risque sanitaire est bien documenté. Le nombre de cancers de la peau a plus que triplé en France entre 1990 et 2023, selon les données de l’Institut national du cancer reprises par la FEBEA. L’INCa estime à 17.922 le nombre de nouveaux cas de mélanomes cutanés en France métropolitaine en 2023. Ce cancer reste minoritaire parmi les cancers cutanés, mais il est le plus dangereux lorsqu’il est diagnostiqué tardivement.

Le sujet dépasse donc largement la question du bronzage. Il touche à la prévention quotidienne, aux habitudes familiales et à la perception du risque. Une crème solaire n’est efficace que si elle est appliquée en quantité suffisante, renouvelée régulièrement et associée à d’autres gestes : chercher l’ombre, porter un chapeau, couvrir les zones exposées et utiliser des lunettes de soleil adaptées.

Les jeunes relativisent davantage le risque du soleil

Le baromètre 2026 pointe une fragilité particulière chez les moins de 25 ans. Près d’un jeune sur deux estime pouvoir se passer de crème solaire sans réel risque, contre 35% de l’ensemble des Français. Ils sont aussi quatre sur dix à déclarer ne pas appliquer de protection solaire à la plage ou à la piscine.

Cette banalisation est préoccupante, car les dommages liés aux UV ne se voient pas toujours immédiatement. Le coup de soleil est le signal le plus visible, mais il ne résume pas les effets du rayonnement ultraviolet. Dans un entretien publié par la FEBEA, la dermatologue Marina Alexandre-Audaire, praticienne à l’hôpital Avicenne de Bobigny, rappelle que « le coup de soleil n’est en réalité que la partie visible des dommages causés par les UV. Une grande partie des effets du soleil sur la peau est silencieuse et cumulative ».

Autrement dit, l’absence de brûlure ne signifie pas l’absence de dommage. Les expositions répétées, même courtes, peuvent s’additionner au fil des années. Les UVA participent au vieillissement cutané et traversent davantage les nuages et les vitres, tandis que les UVB sont particulièrement associés aux coups de soleil. Les travailleurs en extérieur, les sportifs, les enfants et les personnes à peau claire figurent parmi les publics les plus vulnérables, sans que les autres phototypes soient épargnés.

Ce recul de la vigilance chez les jeunes s’inscrit aussi dans un contexte de circulation d’idées reçues sur les réseaux sociaux. La recherche d’un bronzage rapide, la sous-estimation du risque hors vacances ou la croyance selon laquelle une peau déjà hâlée serait suffisamment protégée entretiennent des comportements à risque. Or le bronzage est une réaction de défense de la peau, pas un indicateur de bonne santé.

Crème solaire : prix et contrainte d’application freinent les Français

Pourquoi les Français se protègent-ils moins ? Le baromètre identifie des freins très concrets. La nécessité de remettre de la crème régulièrement au cours de la journée est citée par 54% des Français. Le prix arrive presque au même niveau : 53% des répondants y voient un obstacle, une proportion qui atteint 58% chez les parents.

Le renouvellement de l’application reste le point faible de la prévention. En cas d’exposition au soleil, seul un Français sur quatre déclare remettre de la crème solaire toutes les deux heures. Chez les parents, 84% disent appliquer un produit solaire sur leur enfant, mais seuls 42% renouvellent l’application toutes les deux heures, soit une baisse de 17 points par rapport à 2024.

Ces chiffres sont d’autant plus sensibles que les recommandations sanitaires sont constantes. L’Assurance maladie recommande une protection contre les UVA et les UVB, avec un indice d’au moins 30, et un indice 50 pour les enfants. Elle rappelle aussi qu’il faut renouveler l’application toutes les deux heures, ainsi qu’après chaque baignade ou en cas de transpiration abondante.

La DGCCRF insiste de son côté sur un point souvent oublié : un produit solaire n’a pas vocation à prolonger le temps passé au soleil. Même avec un indice élevé, la crème ne constitue pas un écran total. Elle réduit le risque lorsqu’elle est bien utilisée, mais elle ne remplace ni l’ombre, ni les vêtements couvrants, ni l’évitement des heures les plus chaudes.

Les idées reçues continuent de peser sur la protection

L’étude met également en évidence plusieurs malentendus. Selon la FEBEA, 46% des Français estiment que la quantité de crème solaire appliquée ne change pas le niveau de protection. C’est pourtant un élément central : une couche trop fine réduit fortement l’efficacité du produit.

Autre confusion : 30% des Français pensent qu’un maquillage ou une crème de jour contenant un SPF protège toute la journée. Ces produits peuvent avoir une utilité pour certaines expositions du quotidien, mais ils ne remplacent pas une protection solaire adaptée lors d’une exposition prolongée à la plage, à la piscine, en randonnée ou lors d’une activité sportive.

La croyance selon laquelle la crème empêcherait de bronzer reste aussi présente. Le baromètre indique que 21% des Français le pensent encore. Les filtres solaires réduisent la quantité d’UV atteignant la peau sans les bloquer totalement. Le bronzage peut donc apparaître, mais de façon plus progressive, avec un risque de coup de soleil diminué lorsque la protection est correctement appliquée.

Selon la dermatologue Marina Alexandre-Audaire, « la crème solaire ne doit pas donner un faux sentiment de sécurité : elle complète les autres mesures de protection, mais ne remplace ni l’ombre, ni les vêtements ». Cette précision est essentielle : la protection solaire ne repose pas sur un seul geste, mais sur une combinaison d’habitudes.

Santé, environnement : une défiance qui complique le message

Les freins ne sont pas seulement pratiques ou économiques. Le baromètre montre aussi que 52% des Français citent l’impact potentiel de certains ingrédients sur la santé comme un frein à l’usage des crèmes solaires, contre 59% en 2024. L’impact environnemental perçu est mentionné par 50% des répondants, contre 54% deux ans plus tôt.

Ces inquiétudes reculent, mais elles restent suffisamment fortes pour influencer les comportements. Selon la FEBEA, près d’un Français sur trois dit avoir déjà renoncé à se protéger pour des raisons environnementales. Chez les moins de 25 ans, cette proportion atteint 50%.

Le paradoxe est net : les consommateurs veulent mieux choisir, mais beaucoup peinent à identifier les produits correspondant à leurs attentes. D’après le baromètre, 85% des consommateurs ne savent pas clairement reconnaître les produits respectueux de l’environnement, tandis que 39% souhaitent mieux comprendre les bénéfices associés à certains labels.

La prévention se heurte donc à une équation délicate. Il faut répondre aux préoccupations environnementales et sanitaires sans décourager l’usage des protections solaires. Car le principal risque, face aux UV, demeure l’absence de protection ou une protection trop irrégulière.

Les signaux d’alerte du baromètre solaire

  • 29% des Français disent ne pas se protéger à la plage ou à la piscine, contre 17% en 2024.
  • Seul un Français sur quatre renouvelle la crème solaire toutes les deux heures.
  • 40% des moins de 25 ans ne mettent pas de protection solaire à la plage ou à la piscine.
  • 53% des Français citent le prix des crèmes solaires comme un frein.
  • 50% des moins de 25 ans ont déjà renoncé à se protéger pour des raisons environnementales.
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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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