Moustiques : et si votre répulsif les attirait au lieu de les repousser ?

Les moustiques ne se contentent pas de fuir les répulsifs : dans certaines conditions de laboratoire, ils peuvent apprendre à associer le DEET à un repas. Une découverte qui ne condamne pas les produits antimoustiques, mais qui change la manière de comprendre leur efficacité.

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By Aurélie Giraud Published on 29 mai 2026 9h27
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Un moustique Aedes aegypti, espèce étudiée par les chercheurs, peut transmettre plusieurs virus tropicaux. @shutter - © Economie Matin
60%Part des moustiques entraînés qui ont tenté de piquer après exposition au seul DEET.

Une équipe menée par des chercheurs de l’Université de Tours et de Virginia Tech vient de publier dans le Journal of Experimental Biology une étude étonnante sur le comportement de l’Aedes aegypti. Ce moustique, vecteur de la dengue, du Zika, de la fièvre jaune et du chikungunya, a montré une capacité d’apprentissage face au DEET, l’un des répulsifs les plus utilisés au monde.

Moustiques : quand l’odeur du répulsif devient un signal de repas

Le DEET est souvent présenté comme la référence des répulsifs. Son rôle est simple : éloigner les insectes piqueurs, en particulier dans les zones où les maladies transmises par les moustiques représentent un risque sanitaire majeur. Or l’étude publiée dans le Journal of Experimental Biology nuance cette vision. Les chercheurs n’affirment pas que le DEET devient inefficace dans l’usage courant. Ils montrent que, sous certaines conditions expérimentales, les moustiques peuvent modifier leur comportement face à cette molécule.

« Dans toutes les expériences, les moustiques entraînés ont montré une inversion de la valeur attribuée au DEET, passant d’un évitement inné à une réponse appétitive apprise » précisent les auteurs .

Le protocole repose sur une forme de conditionnement pavlovien. Les chercheurs ont d’abord placé des moustiques femelles Aedes aegypti derrière une maille textile. Ils leur ont ensuite présenté une poche de sang chaud, placée hors d’atteinte, afin d’observer leurs tentatives de piqûre. Sans surprise, les insectes cherchaient à atteindre le sang. Mais lorsque l’odeur du DEET était associée à ce repas, leur comportement a changé après apprentissage.

Selon le communiqué diffusé par The Company of Biologists, l’équipe a nourri les moustiques pendant 20 secondes avec du sang chaud, en diffusant l’odeur du DEET durant les 10 dernières secondes du repas. L’opération a été répétée trois fois. Lorsqu’ils ont ensuite été exposés au seul DEET, sans sang disponible, plus de 60% des moustiques entraînés ont tenté de piquer la maille textile.

Le DEET reste efficace, mais le contexte compte

La portée de l’étude doit être précisément comprise. Il ne s’agit pas de dire que les répulsifs ne servent plus à rien. Claudio Lazzari, professeur émérite à l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte de l’Université de Tours et co-auteur de l’étude, l’a rappelé auprès de TF1info : les résultats ont été obtenus « dans des conditions très précises » et ne « remettent pas en cause l’efficacité de DEET ».

Ce point est essentiel. Les chercheurs ont construit une situation d’apprentissage contrôlée : un moustique exposé simultanément à une odeur de répulsif et à une récompense alimentaire. Dans la nature ou lors d’une utilisation normale d’un spray antimoustique, les signaux sont plus nombreux, les concentrations varient, et le moustique ne rencontre pas forcément plusieurs fois la même association odeur-repas.

L’étude invite néanmoins à regarder autrement les répulsifs. Jusqu’ici, leur action était souvent expliquée par leurs propriétés chimiques : odeur désagréable, brouillage des signaux humains, effet répulsif direct. La nouvelle hypothèse ajoute une dimension comportementale. Le moustique ne réagit pas seulement à une molécule ; il peut aussi interpréter cette information selon son expérience.

 « C’est l’information que le DEET transmet aux insectes qui peut les amener à décider de ne pas piquer » précise ainsi Claudio Lazzari.

Des répulsifs à appliquer correctement, pas à abandonner

Le message pratique n’est pas d’abandonner les répulsifs, en particulier dans les zones exposées à la dengue, au chikungunya, au Zika ou au paludisme. Au contraire, les spécialistes insistent sur l’importance d’une application correcte et régulière. Le risque évoqué par les chercheurs apparaît surtout lorsque la concentration du produit baisse : l’odeur peut rester perceptible, mais l’effet répulsif peut devenir insuffisant.

Selon Clément Vinauger, co-auteur de l’étude et chercheur à Virginia Tech, « Plutôt que d’en appliquer une grande quantité d’un seul coup, il peut être préférable d’en remettre régulièrement afin que le produit reste toujours actif et assure une protection continue » peut-on lire dans un article relayé par Phys.org.

Le ministère français de l’Économie rappelle de son côté que les produits les plus efficaces contiennent généralement du DEET ou de l’IR3535, tandis que les solutions à base d’huiles essentielles ont une efficacité plus variable et souvent plus courte. L’étude ne modifie donc pas les recommandations de base : choisir un produit adapté, respecter la notice, renouveler l’application selon la durée de protection annoncée, et ne pas oublier les autres gestes de prévention.

Ces gestes sont d’autant plus importants que le moustique étudié, Aedes aegypti, est un vecteur sanitaire majeur. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que le virus de la dengue se transmet principalement par la piqûre de femelles infectées de cette espèce. En France métropolitaine, l’enjeu concerne davantage le moustique tigre, Aedes albopictus, mais la logique reste la même : la lutte contre les moustiques ne repose jamais sur un seul outil.

Ce que cette découverte change pour la recherche

Cette étude intéresse autant les consommateurs que les chercheurs. Elle montre que les moustiques possèdent une plasticité comportementale plus fine qu’on ne l’imaginait face aux répulsifs. Elle pourrait aider à concevoir de nouvelles molécules ou de nouvelles stratégies d’application.

TF1info rapporte cette autre précision de Claudio Lazzari : le DEET est « la référence absolue en matière de répulsif, utilisée par l’Organisation mondiale de la santé pour lutter contre la transmission des maladies à moustiques ». Mais le chercheur ajoute qu’« on a besoin de développer de nouvelles molécules, plus efficaces, plus respectueuses de l’environnement, provoquant moins d’allergies ».

La piste est donc double. À court terme, mieux utiliser les répulsifs existants. À long terme, mieux comprendre ce que les moustiques perçoivent réellement lorsqu’ils rencontrent une molécule censée les éloigner. La découverte n’annonce pas la fin du DEET, mais elle rappelle que l’ennemi est vivant, mobile, capable d’apprendre, et que la prévention doit s’adapter à cette réalité.

Ce qu’il faut retenir sur les répulsifs

Le DEET demeure l’un des répulsifs de référence, notamment dans les zones à risque sanitaire.

Les moustiques peuvent apprendre à associer son odeur à un repas dans des conditions expérimentales très encadrées.

Le bon réflexe reste de renouveler l’application selon la notice, surtout après transpiration, baignade ou plusieurs heures d’exposition.

Les répulsifs ne remplacent pas les gestes de base : vêtements couvrants, moustiquaires, suppression des eaux stagnantes et protection renforcée aux heures d’activité des moustiques.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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