Alors que Macron célèbre 93 milliards d’euros d’investissements étrangers à Versailles, Duralex s’effondre et la Banque de France révise ses prévisions à la baisse. Une analyse critique du contraste entre l’image de marque française et les réalités économiques structurelles du pays.
Choose France : le grand show qui cache la vraie France

93 milliards d'euros d'investissements étrangers annoncés en fanfare à Versailles. Emmanuel Macron signe son dernier Choose France en beauté — sur le papier. Mais pendant que le château brille, Duralex s'effondre et la Banque de France s'apprête à revoir ses prévisions de croissance à la baisse. La France championne du monde de l'attractivité ? Permettez-moi d'en douter.
Versailles, toujours Versailles
Il faut reconnaître à Emmanuel Macron une qualité : le sens du spectacle. Depuis 2017, le château de Versailles se transforme chaque printemps en vitrine commerciale de luxe pour la France. Les PDG du monde entier viennent, sourient, signent des lettres d'intention, et repartent en jet privé. Cette année, le record est battu : 93 milliards d'euros d'engagements, plus de 15 000 emplois promis. Le président sort par la grande porte.
Sauf que je me pose toujours la même question : combien de ces milliards se matérialisent vraiment dans l'économie réelle ? Combien d'usines sont effectivement construites, combien de CDI vraiment signés ? Les annonces de Choose France, par définition, mélangent allègrement investissements fermes, projets en cours de négociation et intentions vagues. La transparence n'est pas la vertu cardinale de ce genre d'exercice. Et pendant que Macron joue les VRP de luxe à Versailles, la Banque de France annonce qu'elle va abaisser ses prévisions de croissance pour 2026. Le grand écart entre le récit et la réalité commence à faire mal aux ischio-jambiers.
Duralex, miroir cruel de la France industrielle
Pendant le show versaillais, une autre France était aux urgences économiques. Duralex, entreprise emblématique, inventrice du verre trempé, 243 salariés dans le Loiret, vient d'être placée en redressement judiciaire pour « tensions de trésorerie ». Un nom que tout Français de plus de 40 ans connaît, gravé sur les verres de cantine de son enfance. Voilà le symbole parfait de notre contradiction industrielle nationale.
D'un côté, on célèbre l'afflux de capitaux étrangers à grand renfort de communication présidentielle. De l'autre, des entreprises françaises historiques, ancrées dans les territoires, créatrices d'emplois locaux non délocalisables, meurent à petit feu faute de trésorerie. Duralex n'est pas un cas isolé. Force est de constater que nos PME et ETI industrielles souffrent chroniquement des mêmes maux : charges trop lourdes, énergie chère, complexité administrative asphyxiante, accès au crédit difficile. Les banques en ligne, interrogées par Les Échos ce matin même, hésitent encore à faire du crédit immobilier. C'est symptomatique : même l'argent circule mal dans ce pays.
Le vrai problème, c'est la compétitivité structurelle
Attirer des investisseurs étrangers avec des promesses fiscales et la magie du château de Versailles, c'est bien. Créer les conditions durables pour que les entreprises françaises prospèrent sur leur propre sol, c'est mieux — et c'est précisément ce qui manque.
La Banque de France qui abaisse ses prévisions de croissance ne fait que confirmer ce que les entrepreneurs savent déjà : le premier trimestre 2026 a été une mauvaise surprise. La consommation patine, l'investissement privé hésite, et la dette publique continue d'enfler. Aucune annonce de Versailles ne résoudra ces problèmes structurels tant que le coût du travail restera parmi les plus élevés d'Europe, tant que créer et faire grandir une entreprise en France restera un parcours du combattant administratif et fiscal.
93 milliards d'euros d'investissements étrangers, c'est flatteur pour l'ego national. Mais si la France était vraiment aussi attractive qu'on le prétend, Duralex ne serait pas en redressement judiciaire. Posez-vous la question.
Jean-Baptiste Giraud
Directeur de la rédaction d'Économie Matin
