Dans cette interview, Aline Aubertin décrypte le fonctionnement réel de Parcoursup et dénonce les idées reçues sur la plateforme d’orientation. Il plaide pour une réforme du calendrier et un meilleur accompagnement des lycéens dans la lecture des résultats.
Parcoursup : « Le problème n’est pas la plateforme, c’est le manque d’explication »

Pouvez-vous nous présenter le contexte de cette actualité ?
"Chaque année, à la même période, le même débat revient : Parcoursup serait une machine opaque qui déciderait de l'avenir des lycéens. Cette année encore, les premières réponses sont arrivées le 2 juin, et avec elles, leur lot d'angoisses et de critiques. Ce que je constate depuis des années, c'est que le problème n'est pas la plateforme en elle-même, c'est que personne n'explique vraiment comment elle fonctionne dans le temps. Parcoursup n'est pas un algorithme de sélection : c'est un outil d'appariement. Ce sont les équipes pédagogiques des établissements qui examinent les dossiers, définissent leurs critères et classent les candidats. Parcoursup se contente ensuite d'organiser la rencontre entre les préférences des élèves et ces classements. Ce travail, nous le faisions déjà avant que la plateforme existe."
Quels sont les enjeux principaux pour votre secteur ?
"Il y en a trois. Le premier, c'est la lisibilité du processus pour les familles. La procédure dure six semaines, jusqu'au 11 juillet, mais beaucoup de lycéens et de parents croient que tout se joue dans la nuit du 2 juin. Un refus ou une mise en attente ce soir-là n'est pas un verdict, c'est souvent la situation la plus banale qui soit en début de procédure. Le deuxième enjeu, c'est l'accompagnement stratégique des élèves. Trop de lycéens visent trop étroit, refusent de formuler des vœux de sécurité et se retrouvent sans proposition après quelques semaines, alors qu'ils auraient pu trouver une formation qui leur convient. Les lycées accompagnent bien la formulation des vœux, mais bien moins la lecture des résultats, or l'année scolaire est terminée à ce moment-là. Le troisième enjeu, et c'est selon moi le plus urgent, c'est le calendrier. La France est l'un des seuls pays à faire coïncider l'orientation post-bac avec les épreuves du baccalauréat. Les élèves découvrent leurs premières réponses en plein milieu des révisions. C'est une violence inutile."
Avez-vous des chiffres ou données concrètes à partager ?
"À l'Isep, nous ouvrons environ 300 places chaque année et recevons plusieurs milliers de candidatures. Le 2 juin, nous adressons des propositions à bien plus de 300 candidats, parce que nous savons qu'une partie d'entre eux acceptera aussi d'autres offres ailleurs. C'est le cas dans toutes les écoles. Résultat : les 'oui' arrivent par vagues successives, au fil des réponses des candidats. C'est mécanique, ce n'est pas un dysfonctionnement. Il faut aussi mieux faire connaître la phase complémentaire, qui s'étend de mi-juin à septembre et permet de formuler jusqu'à dix nouveaux vœux. Elle répond à des situations très diverses : orientation mal définie, absence de proposition satisfaisante, découverte tardive d'une formation. Et pourtant, elle reste largement méconnue des familles."
Quelles sont vos perspectives pour les prochains mois ?
"À court terme, le message que je veux faire passer est simple : la procédure est encore en cours, il faut rester attentif à son rang en file d'attente et ne pas décrocher. La grande majorité des candidats obtiennent une formation qui leur convient. À plus long terme, j'espère que ce débat annuel finira par se déplacer vers les vraies questions : comment mieux accompagner les lycéens dans la lecture des résultats, une fois l'année scolaire terminée ? Comment réformer le calendrier pour ne plus faire coïncider baccalauréat et orientation ? Et surtout, comment arrêter de faire de Parcoursup un bouc émissaire commode, pour s'attaquer à ce qui relève vraiment de nos responsabilités collectives , celles des établissements, des lycées, et des pouvoirs publics ?"
A propos de l'auteur :
Aline Aubertin est Directrice Générale de l’Isep, une grande école d’ingénieurs des technologies du numérique. Ingénieure de formation initiale, Aline Aubertin a complété son cursus par l’exécutive MBA d’HEC. Avant de rejoindre l’Isep, elle a développé sa carrière dans l’industrie dans différentes fonctions du pilotage stratégique et opérationnel d’enjeux business, en vente, marketing, opérations et achats de produits techniques, ainsi que dans l’accompagnement d’ETI en tant qu’Administratrice. Elle est également engagée depuis plus de 30 ans au sein de la communauté des
ingénieurs, en particulier au sein de l’association Femmes Ingénieures
