Bientôt du paracétamol 100% fabriqué en France !

Les laboratoires Upsa et Seqens produiront du paracétamol 100% français dès janvier 2027, marquant un tournant historique pour la souveraineté sanitaire hexagonale. Cette initiative ambitieuse s’accompagne d’une demande de revalorisation tarifaire pour compenser les surcoûts de la production relocalisée.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 8 juin 2026 13h45
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Bientôt du paracétamol 100% fabriqué en France ! - © Economie Matin

Le paracétamol français prêt pour janvier 2027

Dès janvier 2027, les premières boîtes de paracétamol entièrement produites en France sortiront des usines hexagonales. Cette annonce, révélée par France Inter ce lundi 8 juin, concrétise les promesses d'Emmanuel Macron sur la souveraineté sanitaire formulées lors du premier confinement en 2020. Derrière cette reconquête industrielle, un partenariat inédit entre les laboratoires Upsa et Seqens.

Actuellement, si Upsa fabrique ses comprimés dans ses installations d'Agen, le principe actif du paracétamol provient encore de Chine, des États-Unis et d'Inde. Cette dépendance touchera bientôt à sa fin grâce à cette alliance stratégique qui maîtrisera l'intégralité de la chaîne de production sur le territoire français.

Upsa et Seqens bâtissent une filière 100% hexagonale

Le laboratoire Upsa, fabricant du célèbre Dafalgan, s'impose en pionnier de cette reconquête. Premier laboratoire français certifié "Origine France Garantie" en 2025, l'entreprise installée à Agen dans le Lot-et-Garonne franchit une étape décisive en s'associant avec Seqens pour produire directement le principe actif sur le territoire national.

Cette collaboration revêt une importance capitale dans un secteur où près de 80% des médicaments vendus en Europe contiennent des principes actifs importés d'Asie. L'entreprise emploie déjà 1 900 salariés sur 2 000 dans l'Hexagone, faisant d'elle le premier employeur du Lot-et-Garonne avec un ancrage de 90 ans dans la région.

Une revalorisation tarifaire pour financer l'indépendance

Cette ambition industrielle s'accompagne d'un débat économique sensible. Isabelle Van Rycke, présidente d'Upsa, plaide ouvertement pour une revalorisation du prix du paracétamol. Actuellement vendu 76 centimes la boîte au prix fabricant, "moins qu'une baguette de pain" selon ses termes, elle réclame une hausse de 10 centimes pour compenser les surcoûts de la production française.

Les enjeux financiers sont considérables : plus de 430 millions de boîtes de paracétamol ont été remboursées en 2024 selon l'Assurance maladie. Cette demande de revalorisation tarifaire soulève une question fondamentale pour les finances publiques : l'État acceptera-t-il des coûts plus élevés pour garantir l'indépendance sanitaire ?

Les obstacles réglementaires du "made in France" pharmaceutique

Paradoxalement, cette réussite industrielle se heurte à un obstacle inattendu : la réglementation française. L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) interdit l'affichage de l'origine française sur les boîtes de médicaments, considérant cette mention comme de la publicité interdite pour les produits pharmaceutiques.

Le laboratoire a tenté de convaincre le gendarme du médicament qu'il s'agissait d'une simple information géographique. Ses efforts sont restés vains, illustrant les rigidités réglementaires qui peuvent freiner les initiatives de relocalisation pourtant encouragées par les pouvoirs publics.

Un défi budgétaire pour la Sécurité sociale

Cette revalorisation tarifaire intervient dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Le déficit de la Sécurité sociale pourrait atteindre 23,2 milliards d'euros en 2026, contre les 19,4 milliards initialement prévus. Face à cette situation, l'État prévoit un effort de 1,4 milliard d'euros, incluant 200 millions d'économies sur les génériques.

Les enjeux dépassent le simple coût du paracétamol. Ils interrogent la capacité du pays à concilier maîtrise des dépenses de santé et souveraineté industrielle. Comme le souligne le Leem, l'organisation professionnelle du médicament, des prix trop contraints risquent de créer une "pénurie silencieuse" d'accès aux innovations thérapeutiques.

Une reconquête industrielle qui fait école

L'initiative d'Upsa pourrait inspirer d'autres relocalisations. Plusieurs projets sont en cours, notamment avec l'usine Seqens à Roussillon et le projet IPSOFPHENE. Ces investissements, soutenus par l'État, dessinent une nouvelle géographie industrielle pharmaceutique française.

L'objectif dépasse la production de paracétamol. Il s'agit de reconstituer une filière complète, capable de répondre aux besoins essentiels en cas de crise sanitaire. Les pénuries observées lors des épisodes hivernaux récents ont rappelé la vulnérabilité d'un système trop dépendant des importations asiatiques.

Cette transformation industrielle représente un défi technologique et économique colossal. Construire une unité de synthèse chimique aux normes européennes nécessite des investissements considérables, justifiant les demandes de soutien tarifaire. Le succès de cette reconquête dépendra autant de la volonté politique que de l'acceptation d'un prix du médicament légèrement plus élevé, mais garant d'une production nationale sécurisée.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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