Les 23 et 24 juin, Paris Expo accueille la première édition de Tech For Industry Show. Les grands noms de l’industrie française s’y retrouvent pour confronter, dans un même lieu, les choix qui doivent traduire l’ambition de réindustrialisation française en transformations concrètes.
À Paris, l’industrie française cherche à transformer sa réindustrialisation en réalité opérationnelle

L'industrie occupe une position singulière dans l'économie française. Tour à tour érigée en symbole du déclin national et en levier de redressement, elle cristallise depuis plusieurs années les espoirs d'une reconquête économique et stratégique. Mais entre les discours politiques sur la réindustrialisation et la réalité des chaînes de production, l'écart reste considérable. C'est précisément sur ce point que se positionne Tech For Industry Show, premier salon national entièrement consacré à la digitalisation de l'usine et de l'entrepôt, qui se tient à Paris Expo les 23 et 24 juin.
Conçu dans la continuité de Food Hotel Tech et Tech for Retail, cet événement entend combler une absence longtemps soulignée par les acteurs du secteur : celle d'un rendez-vous national dédié exclusivement aux technologies de l'Industrie 4.0. Dans un contexte où la souveraineté industrielle redevient un enjeu de sécurité nationale, la structuration d'un tel espace prend une dimension qui dépasse le simple événementiel.
« Tech For Industry Show s'adresse à tous les décideurs industriels qui cherchent aujourd'hui des solutions concrètes pour accélérer leur transformation numérique. Notre force réside dans la diversité des secteurs que nous réunissons. Quand un directeur industriel de l'agroalimentaire échange avec son homologue de la défense ou du luxe, il en repart toujours avec des idées qu'il n'aurait pas trouvées dans un salon mono-secteur. C'est précisément le rôle que nous voulons jouer en mettant en relation pendant deux jours l'ensemble de l'écosystème», précise Melissa Serfaty, cofondatrice du salon.
Une légitimité construite avec les acteurs du secteur
La crédibilité de cette première édition repose en grande partie sur le Genius Board qui en a co-construit la programmation. Ce comité stratégique réunit des personnalités centrales de l'écosystème industriel : Olivier Nollent, président de SAP France ; François Lavernos, Chief Industry Officer de Renault Group ; Marine de Cézac, Directrice Industrie 4.0 du Groupe Michelin ; Laura Barnac, CEO de GS1 France ; ainsi que Laurent Philippe (BoostAeroSpace), Flavien Parrel (Accenture Industry X), Frédéric Kuntzburger (Axens) et Jean-François Henon (Optimistik).
La présence simultanée de ces profils, issus à la fois des grands groupes industriels, des éditeurs de logiciels et des plateformes sectorielles, traduit une volonté de construire un rendez-vous transversal. Cette diversité reflète une conviction : la digitalisation industrielle ne se traite pas filière par filière, mais à travers des problématiques communes que sont la donnée, l'intelligence artificielle, la robotique, la souveraineté numérique et la supply chain.
Quand les dirigeants prennent la parole sur les sujets qui agitent leurs comités de direction
Au-delà du comité stratégique, le programme rassemble une succession de prises de parole dont la densité contraste avec le format habituel des salons professionnels. La keynote d'ouverture sera assurée par Aymeric Renaud, Président de Schneider Electric France, autour du concept de « Physical AI » - cette intelligence artificielle qui fait le pont entre le monde virtuel de la donnée et la production physique. La conférence inaugurale réunira ensuite Eric Marchiol (Renault), Youssef Benzakour (Forvia), Stéphane Noël (Kering) et Max Blanchet (Accenture) autour de la table ronde « Une nouvelle usine à l'horizon 2030 : vision des dirigeants », où s'aborderont l'IA agentique, l'arrivée des humanoïdes et l'évolution des compétences industrielles.
L'enjeu de souveraineté structure une part significative du programme. Une table ronde réunira pour la première fois Benoît Laroche de Roussane, Directeur de l'industrie de défense à la Direction Générale de l'Armement, aux côtés de Laurent Moser (COO, Naval Group), Eric Viriot (Saft) et de représentants d'Accenture, autour des leviers concrets de la montée en cadence industrielle de la défense française. Une seconde session prolongera le débat avec Patrick Aufort, Directeur de l'Agence Innovation Défense, et Benoît Molard, Président de BoostAeroSpace.
Du côté des grands industriels, le salon accueillera également les prises de parole de Laurent Bendavid (Chief Digital Officer et Comex, Dassault Aviation), Gaëlle Laigo (Chief Transformation & Digital Officer, L'Oréal), Elisabeth Ellison-Davis (Comex, Groupe Bel) et Bjorn Viguerie (Head of Innovation Accelerator, TotalEnergies). Une diversité de profils qui reflète la transversalité du sujet : luxe, agroalimentaire, énergie et aéronautique sont aujourd'hui confrontés aux mêmes défis de digitalisation.
L'industrie 5.0 : remettre l'humain au centre
Un autre marqueur fort du programme tient à la place accordée à l'industrie 5.0, celle qui, après une décennie d'industrie 4.0 centrée sur la donnée et les machines, remet l'humain au cœur de la transformation. Bonduelle, LVMH et Aubert & Duval partageront comment ils ont fait de leurs opérateurs un véritable levier de performance industrielle. Un sujet d'autant plus stratégique que les industriels français doivent gérer simultanément la pénurie de main-d'œuvre qualifiée et l'obsolescence accélérée des compétences techniques.
Une cartographie de la transition énergétique et industrielle
L'un des temps forts attendus de cette première édition tient à la table ronde consacrée à la durabilité industrielle, programmée le 23 juin. Y interviendront Jean-François Nogrette (Directeur Général Veolia France), Florence Colombo-Fouquet (Chief Sustainability Officer d'ENGIE et Présidente du conseil d'administration de GRDF), Régis Boigegrain (Directeur Général de RTE), Laurent Debrue (COO de Verkor) et Grégory Corcos (École Polytechnique).
La présence simultanée de plusieurs directions générales du secteur énergétique sur une même tribune n'est pas anodine. Elle illustre une reconnaissance désormais partagée : la transformation industrielle, la souveraineté énergétique et la décarbonation forment un même chantier, dont les arbitrages doivent être traités conjointement plutôt qu'en silos.
Un thermomètre de la réindustrialisation française
Au-delà des chiffres attendus - plus de 4 000 visiteurs, 100 exposants, 30 startups et plus de 30 conférences - la portée réelle de cette première édition se mesurera à sa capacité à produire des effets durables. La présence côte à côte de licornes françaises comme Exotec (robotique d'entrepôt) ou Dataiku (intelligence artificielle), de pépites souveraines comme Scaleway ou AlphaEdge (IA frugale et souveraine), et de partenaires technologiques internationaux tels que Microsoft, NVIDIA, Siemens ou Accenture, dessine une cartographie qui dépasse l'événement.
Dans un environnement marqué par la concurrence chinoise dans l'automobile, les tensions d'approvisionnement en composants électroniques et l'accélération des exigences ESG, l'industrie française se trouve à un moment charnière. La capacité d'un événement comme Tech For Industry Show à fédérer durablement ses acteurs, au-delà de deux journées, constituera l'un des indicateurs de la solidité de la dynamique de réindustrialisation engagée.