Droits de douane : les USA commencent (enfin) à rembourser

L’administration Trump a débuté en mai le remboursement de 22 milliards de dollars de droits de douane annulés par la Cour suprême. Une opération historique qui pourrait atteindre 166 milliards de dollars et concerne plus de 330 000 importateurs américains.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 11 juin 2026 6h37
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President Donald J. Trump oversees Operation Epic Fury at Mar-a-Lago, Palm Beach, FL, March 1, 2026. (White House photo by Daniel Torok) - © Economie Matin
89,6 MILLIARDS $Au 1er juin, les demandes de remboursement acceptées pour traitement atteignaient 89,6 milliards de dollars.

Une facture de 166 milliards de dollars sur la table

L'administration Trump amorce un remboursement historique. En mai 2026, le département américain du Trésor a versé 22 milliards de dollars aux entreprises, marquant le début d'une restitution sans précédent. Un processus déclenché par l'annulation des surtaxes douanières jugées inconstitutionnelles par la Cour suprême en février dernier.

Les montants en jeu dépassent toute prévision : environ 166 milliards de dollars de droits de douane doivent être remboursés, intérêts compris, selon les services douaniers américains. Plus de 330 000 importateurs attendent leur dû, contraignant l'agence des douanes (CBP) à développer un système informatique dédié pour gérer cette avalanche de demandes.

Le symbole frappe par sa force : en mai, les États-Unis ont davantage remboursé (21,97 milliards) qu'ils n'ont collecté (21,93 milliards), générant un déficit net de 42 millions de dollars. Comme le souligne Le Figaro, ces chiffres représentent le premier mois complet depuis l'ouverture du portail gouvernemental de remboursement.

La Cour suprême met fin aux contentieux

La décision du 20 février 2026 constitue un camouflet juridique majeur pour Donald Trump. La plus haute juridiction américaine a estimé que le président avait outrepassé ses prérogatives constitutionnelles en invoquant la loi de 1977 sur les pouvoirs économiques d'urgence (IEEPA) pour imposer ses droits de douane généralisés.

De nombreuses entreprises avaient anticipé l'issue favorable en déposant des recours préventifs. Un fabricant de camions lourds et un fabricant de jouets figurent parmi les premiers bénéficiaires des remboursements début mai. Leurs victoires juridiques ouvrent désormais la voie à des milliers d'autres demandes similaires.

Paradoxalement, le gouvernement Trump a interjeté appel le 2 juin contre la décision judiciaire imposant ces remboursements. Selon France Info, cette stratégie juridique complique la suite des opérations, même si les premiers versements ont déjà été effectués.

Un casse-tête logistique pour l'administration

La complexité technique de l'opération défie les capacités administratives. L'agence des douanes a initialement limité les demandes aux entreprises dont les factures fiscales restaient en suspens au moment de l'annulation des tarifs, ou dont les règlements dataient de moins de 80 jours.

Au 1er juin, les demandes de remboursement acceptées pour traitement atteignaient 89,6 milliards de dollars. Un appétit considérable qui se heurte aux rigidités du processus douanier américain : les importateurs disposent de 314 jours pour réviser leurs déclarations, avec une extension possible jusqu'à quatre ans. Une fois les marchandises "liquidées", ils bénéficient d'un délai de 180 jours pour contester. Au-delà, toute réévaluation devient impossible.

Susan Thomas, commissaire exécutive adjointe au commerce de l'agence CBP, développe actuellement les outils nécessaires pour traiter les dossiers plus anciens. Elle refuse néanmoins d'élargir le processus tant que l'appel gouvernemental n'est pas tranché, créant une incertitude juridique pour des milliers d'entreprises.

L'effondrement du pilier économique trumpien

Les droits de douane devaient remplacer partiellement l'impôt sur le revenu tout en encourageant les relocalisations industrielles. La réalité budgétaire dessine un tableau moins glorieux pour cette politique phare de Trump.

Les recettes tarifaires connaissent leur sixième mois consécutif de baisse, dégringolant de leur pic d'octobre 2025 (31,35 milliards) aux 21,93 milliards de mai. Cette érosion résulte des nombreuses exemptions accordées par l'administration, notamment sur les équipements agricoles annoncées début juin, qui fragilisent encore davantage le système fiscal américain déjà sous tension.

Maya MacGuineas, présidente du Comité pour un budget fédéral responsable, pointe une réalité préoccupante : "Le déficit budgétaire global de 1,25 trillion de dollars entre octobre et mai rappelle à quel point nos emprunts non durables sont devenus routiniers." Un constat qui invalide la promesse trumpienne d'équilibrer rapidement le budget grâce aux tarifs douaniers, comme l'explique plus en détail notre analyse sur la protection des portefeuilles face aux chocs d'approvisionnement.

Bataille judiciaire et répercussions sur les consommateurs américains

Le juge Richard K. Eaton, du tribunal du commerce international, maintient une surveillance étroite sur ce processus de remboursement. Lors d'une audience récente, il a questionné les progrès gouvernementaux, exhortant l'administration Trump à accélérer le processus.

Parallèlement, au moins 17 procès ciblent déjà des géants comme Amazon, FedEx, Costco et UPS. Les consommateurs réclament leur part des remboursements, arguant que les entreprises leur ont répercuté ces coûts supplémentaires. Un parcours du combattant juridique se dessine, similaire aux défis que rencontrent d'autres secteurs comme l'automobile, notamment avec l'arrivée de nouveaux modèles en Europe.

La question de la répercussion finale demeure épineuse : si les chèques sont adressés aux entreprises importatrices, une partie des fonds pourrait théoriquement revenir aux consommateurs finaux. Un processus complexe qui promet de s'étaler sur plusieurs années.

En réaction à l'annulation de février, Trump a instauré de nouveaux droits de douane de 10 % pour une durée maximale de six mois. Une mesure qui témoigne de sa détermination à maintenir sa politique commerciale protectionniste, malgré les revers judiciaires successifs. L'avenir dira si ces nouveaux tarifs échapperont au même sort que leurs prédécesseurs.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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