La DGCCRF a infligé un montant record de 202 millions d’euros de sanctions pour fraude en 2025, soit plus du double de 2023, malgré une baisse de 14% des contrôles effectués. Cette performance exceptionnelle témoigne d’une stratégie de ciblage renforcée face aux nouveaux défis du numérique et des plateformes étrangères.
Fraude : plus de 200 millions d’amende infligés en 2025

La DGCCRF frappe fort : 202 millions d'euros de sanctions, un record historique
L'année 2025 restera dans les annales de la répression des fraudes. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) vient de publier un bilan saisissant : 202 millions d'euros de sanctions collectées, soit plus du double des 81 millions récoltés en 2023. Paradoxe frappant, cette performance exceptionnelle s'accompagne d'une réduction significative du nombre de contrôles effectués, révélant une stratégie de ciblage particulièrement redoutable.
Sarah Lacoche, directrice générale de la DGCCRF, assume pleinement cette approche nouvelle : « L'enjeu, c'est d'arriver à concentrer nos moyens là où c'est important et là où on peut avoir des résultats pour les entreprises et pour les consommateurs ». Avec seulement 3 000 agents mobilisés, l'organisme a dû repenser ses méthodes face à l'explosion des nouveaux secteurs à surveiller, notamment le numérique et les plateformes étrangères.
Moins de contrôles, mais une efficacité décuplée
Les chiffres témoignent d'une mutation profonde : 58 000 établissements et sites internet contrôlés en 2025, soit 14% de moins qu'en 2023, mais avec une efficacité remarquable. La proportion de contrôles ayant débouché sur des sanctions pécuniaires atteint désormais 26%, contre 21% deux ans plus tôt. Selon BFM TV, cette performance découle directement d'opérations « mieux ciblées » privilégiant la qualité à la quantité.
Roland Lescure, ministre de l'Économie, salue « une rigueur et une performance dans le ciblage face aux manquements graves », estimant cette fermeté « indispensable en période de crise ». La stratégie assumée de baisse du nombre d'entreprises contrôlées s'accompagne d'enquêtes plus longues sur des sujets plus complexes, notamment dans le secteur de la rénovation énergétique où opèrent des réseaux qualifiés de « crapuleux » par la directrice générale.
Shein écope de 41 millions d'euros, un cinquième des sanctions totales
Parmi les affaires marquantes de 2025, une plateforme chinoise d'ultra fast-fashion occupe une place de choix. La géante du commerce en ligne a écopé d'une sanction de 41 millions d'euros pour pratiques commerciales trompeuses et allégations environnementales injustifiées. À elle seule, la plateforme représente près de 20% du montant total des sanctions infligées par la DGCCRF.
La récidive n'a pas tardé : elle s'est vue infliger 22 millions d'euros supplémentaires en mai 2026 pour non-respect des dispositions du code de la consommation. L'entreprise, comme d'autres plateformes étrangères telles qu'AliExpress ou Temu, fait également l'objet de surveillances renforcées concernant la nouvelle taxe de 2 euros sur les petits colis, mise en place le 1er mars 2026 en France. Ces sanctions illustrent la volonté des autorités françaises de ne plus laisser les géants du e-commerce étranger opérer en toute impunité sur le territoire national, à l'image des responsabilités civiles et pénales qui pèsent sur les dirigeants d'entreprises traditionnelles.
Démarchage téléphonique : l'explosion des signalements
Les arnaques téléphoniques constituent un autre terrain de chasse privilégié pour la DGCCRF. Les contrôles menés en 2025 ont permis de notifier plus de 11 millions d'euros d'amende aux opérateurs contrevenant à la réglementation. Le nombre de signalements concernant le démarchage téléphonique abusif sur la plateforme SignalConso a littéralement explosé, passant de 27 974 en 2023 à 113 926 en 2025.
La fraude touche particulièrement le domaine de la rénovation énergétique, secteur où le démarchage téléphonique est pourtant interdit depuis juillet 2025. Les sanctions peuvent être lourdes, allant jusqu'à 300 000 euros d'amende et deux ans de prison pour une personne physique, ou 10% du chiffre d'affaires pour une personne morale. La DGCCRF a également innové en rendant publiques certaines sanctions sur les réseaux sociaux, amplifiant l'impact réputationnel.
L'enjeu numérique : influenceurs et intelligence artificielle
L'univers digital représente désormais un défi majeur pour les autorités de contrôle. Du côté des influenceurs, 280 professionnels ont été contrôlés en 2025, avec des suites correctives et répressives pour 46% d'entre eux. La plateforme SignalConso, lancée en 2020, cumule déjà plus de deux millions de signalements, principalement liés aux achats en ligne et au démarchage téléphonique.
Face à l'essor de l'intelligence artificielle, Sarah Lacoche reconnaît que la DGCCRF doit « ajuster son organisation et continuer à muscler son expertise dans le numérique ». Les fraudeurs disposent aujourd'hui d'outils technologiques toujours plus perfectionnés pour berner les consommateurs, nécessitant une adaptation constante des méthodes de détection. L'adoption de l'intelligence artificielle devient ainsi un enjeu stratégique tant pour les entreprises que pour les organismes de contrôle.
Coordination territoriale : 20 millions de fraudes détectées dans un seul département
L'efficacité de la stratégie française se mesure également au niveau local. Dans les Pyrénées-Atlantiques, le Comité opérationnel départemental anti-fraude (CODAF) a détecté plus de 20 millions d'euros de fraudes en 2025, dont 7,53 millions d'euros de fraudes sociales. Le travail illégal représente à lui seul 11,3 millions d'euros de cotisations redressées, tandis que les fraudes fiscales ont généré 1,4 million d'euros de pénalités.
Les fraudes documentaires ont donné lieu à 96 signalements à l'autorité judiciaire, complétés par diverses saisies douanières. Ces résultats illustrent la réussite d'une coordination renforcée entre services de l'État, organismes sociaux et forces de sécurité.
2026 : vers un renforcement de l'arsenal européen
Pour 2026, la DGCCRF annonce la poursuite de sa mobilisation contre les fraudes aux prestations sociales, le blanchiment, les faux statuts professionnels et le travail saisonnier illégal. L'organisation prévoit également de renforcer sa lutte contre les garages fictifs et les fraudes dans le secteur du BTP.
Le renforcement de la réglementation européenne constitue un enjeu crucial. À partir de juillet 2026, un droit de douane européen de 3 euros par type d'article commandé sera instauré, suivi en novembre par la mise en place de frais de traitement appliqués aux petits colis importés dans l'Union européenne. Selon le ministère de l'Économie, ces mesures visent à mieux encadrer les plateformes étrangères qui échappent encore partiellement aux contrôles nationaux, garantissant ainsi une concurrence plus équitable pour les entreprises françaises et européennes.
