Des millions de Français sous antidépresseurs : des chercheurs alertent sur les risques

Près de 7 millions de Français prennent aujourd’hui des antidépresseurs. Pourtant, une analyse scientifique australienne publiée le 6 juin 2026 relance le débat sur leur utilisation prolongée. Alors que ces traitements occupent une place centrale dans la prise en charge de la dépression et de certains troubles anxieux, plusieurs chercheurs estiment que les bénéfices à long terme pourraient être moins solides qu’on ne le pensait jusqu’à présent.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 11 juin 2026 12h30
Des millions de Français sous antidépresseurs : des chercheurs alertent sur les risques
Des millions de Français sous antidépresseurs : des chercheurs alertent sur les risques - © Economie Matin

Une équipe de chercheurs australiens a publié, le 6 juin 2026, une analyse dans l’Australian Journal of General Practice remettant en question certaines bases scientifiques utilisées pour justifier la poursuite des antidépresseurs pendant plusieurs années. Cette publication intervient alors que les antidépresseurs concernent près de 7 millions de Français. Le sujet n’est pas anodin puisque ces médicaments figurent parmi les traitements psychotropes les plus prescrits dans le pays.

Les antidépresseurs au cœur d’un débat scientifique sur leur efficacité prolongée chez les Français

Selon l’analyse australienne, les essais cliniques servant à démontrer l’efficacité des antidépresseurs sur le long terme pourraient présenter un biais méthodologique important. En effet, les chercheurs expliquent que dans de nombreuses études dites de « prévention des rechutes », l’arrêt du traitement intervenait très rapidement, parfois en seulement quatre jours. Dès lors, l’apparition de symptômes chez les patients était souvent interprétée comme une rechute dépressive. Or, les auteurs avancent une autre hypothèse. Ils estiment que certains symptômes observés pourraient en réalité correspondre à des manifestations de sevrage. Les chercheurs écrivent que les bénéfices apparents des traitements prolongés pourraient « résider dans la suppression des symptômes de sevrage », selon l’Australian Journal of General Practice. Cette distinction est essentielle puisqu'elle remet en cause une partie des preuves utilisées pour justifier la prescription durable des antidépresseurs.

L’analyse souligne également l’ampleur du phénomène en Australie. Près de 4 millions d’Australiens prendraient actuellement des antidépresseurs et, de surcroît, une proportion importante les utilise depuis plus d’un an. Selon les données relayées par Doctissimo le 9 juin 2026, environ un tiers des utilisateurs suivent un traitement depuis plus d’un an et un quart depuis plus de deux ans. Une tendance observée dans de nombreux pays occidentaux, dont la France, où les prescriptions de psychotropes demeurent élevées.

Quels risques potentiels pour les Français après plusieurs années de traitement ?

L’autre point soulevé par cette analyse concerne les effets indésirables potentiellement associés à une utilisation prolongée des antidépresseurs. Les chercheurs australiens indiquent que plusieurs études observationnelles font état d’une augmentation de certains risques sanitaires chez les personnes âgées. Selon les travaux relayés par Medisite le 9 juin 2026, les antidépresseurs pourraient être associés à une hausse du risque d’accidents vasculaires cérébraux, de maladies cardiaques, de cataractes ainsi qu’à une augmentation du risque de chutes et de fractures chez les plus de 65 ans. Les auteurs mentionnent également une augmentation du risque de décès estimée entre 3 % et 4 % par an chez certaines personnes âgées utilisant ces traitements sur une longue période. Toutefois, il convient de rappeler que ces données proviennent principalement d’études observationnelles, lesquelles ne démontrent pas nécessairement un lien de causalité direct.

D’autres effets secondaires sont également évoqués. Les chercheurs rapportent notamment des troubles cognitifs susceptibles d’altérer certaines fonctions de mémoire. Par ailleurs, ils décrivent un phénomène qualifié de « rétrécissement du spectre émotionnel », cité par Le Journal des Femmes. Cette expression désigne une diminution de la capacité à ressentir certaines émotions positives ou négatives. En outre, les scientifiques soulignent que les dysfonctions sexuelles toucheraient « 50 à 80 % des utilisateurs », selon l’analyse publiée dans l’Australian Journal of General Practice.

Les antidépresseurs restent essentiels pour de nombreux Français malgré les interrogations

Malgré ces questionnements, les spécialistes rappellent que les antidépresseurs conservent une place importante dans la prise en charge des troubles dépressifs et anxieux. D’ailleurs, aucun des auteurs de l’analyse australienne ne recommande un arrêt brutal des traitements. Au contraire, ils insistent sur la nécessité d’une évaluation régulière du rapport bénéfice-risque pour chaque patient. Dans leur conclusion, les chercheurs écrivent : « En raison du manque de preuves solides concernant les bénéfices et de l’existence de preuves établissant des effets nocifs lors d’une utilisation prolongée, le traitement antidépresseur devrait être régulièrement réévalué dans le cadre d’une décision partagée visant à déterminer s’il doit être poursuivi ou arrêté », selon l’article de Mark Horowitz publié dans l’Australian Journal of General Practice.

Cette prudence rejoint plusieurs recommandations déjà formulées par les autorités sanitaires. Ainsi, la collaboration entre médecin et patient demeure essentielle lorsqu’il s’agit d’envisager une réduction progressive du traitement. Les données de la revue Cochrane consacrée à l’arrêt des antidépresseurs rappellent d’ailleurs que les symptômes de sevrage, les risques de rechute et la qualité de vie doivent être évalués simultanément avant toute modification thérapeutique. Les antidépresseurs restent des outils thérapeutiques majeurs, mais leur usage au long cours apparaît désormais comme un sujet nécessitant davantage de recherches et une surveillance plus personnalisée chez les Français concernés.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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