Prometheus, la start-up de Jeff Bezos et Vik Bajaj, lève 12 milliards de dollars pour développer un « ingénieur général artificiel » capable d’automatiser la conception de systèmes complexes. Valorisée à 41 milliards de dollars, l’entreprise vise à révolutionner l’ingénierie industrielle grâce à l’IA physique.
Prometheus lève 12 milliards de dollars pour révolutionner l’ingénierie industrielle grâce à l’IA

Une levée de 12 milliards qui place Prometheus au sommet de l'IA industrielle
Prometheus, la start-up d'intelligence artificielle cofondée par Jeff Bezos et Vik Bajaj, vient de boucler une levée de fonds spectaculaire de 12 milliards de dollars. Valorisée désormais à 41 milliards de dollars, l'entreprise ambitionne de créer un « ingénieur général artificiel », capable d'automatiser la conception et la fabrication de systèmes physiques complexes.
Ce tour de financement de série B rassemble des investisseurs de premier plan : JPMorgan Chase, Goldman Sachs, BlackRock, DST Global et Arch Venture Partners, aux côtés de Bezos lui-même. Il s'agit du second tour de financement pour l'entreprise, qui avait déjà levé 6,2 milliards de dollars lors de son lancement en novembre dernier, selon TechCrunch.
L'ampleur de la levée positionne Prometheus parmi les start-up d'IA les plus richement valorisées au monde. Pour Jeff Bezos, qui occupe son premier poste opérationnel depuis son départ de la direction d'Amazon en 2021, l'enjeu dépasse les considérations financières : « L'idée que l'on puisse construire un ensemble d'outils capables de faire de l'ingénierie, un ingénieur général artificiel, c'est un rêve que nous avons eu pendant des décennies, mais cela n'a jamais été vraiment possible. Maintenant c'est le cas », a-t-il déclaré à CNBC.
L'IA physique, un nouveau paradigme technologique
Contrairement aux systèmes d'IA traditionnels qui se concentrent sur le traitement du langage ou la génération de code, Prometheus développe l'« IA physique ». La technologie s'appuie sur des données expérimentales du monde réel, des interactions robotiques et des flux de travail d'ingénierie plutôt que sur de simples textes et images.
Les applications visées couvrent la conception de moteurs d'avion et systèmes aérospatiaux, le développement de robots industriels, l'amélioration des centres de données, la découverte et le développement de médicaments, ainsi que l'optimisation des processus de fabrication automobile. L'ambition consiste à accélérer les flux de travail d'ingénierie d'un facteur 10 ou plus, particulièrement lors des phases de prototypage et de fabrication pré-production.
L'approche rappelle les enjeux soulevés par l'IA agentique et sa dépendance aux données fédérées, où l'accès à des informations distribuées devient crucial pour le développement d'intelligences artificielles capables d'opérer dans le monde physique.
Vik Bajaj, l'expertise scientifique au service de l'innovation
Le cofondateur et codirecteur général Vik Bajaj apporte une expertise scientifique considérable au projet. Ancien cofondateur de Verily, la division sciences de la vie d'Alphabet, ce diplômé du MIT a dirigé plusieurs initiatives technologiques majeures chez Google X, notamment les premières versions de Waymo et Wing.
Bajaj, qui dirigeait auparavant Foresite Labs, un incubateur spécialisé dans les sciences de la vie, a quitté son poste en février 2026 pour se consacrer entièrement à Prometheus. Son parcours, alliant recherche académique de haut niveau et expérience industrielle, illustre la dimension interdisciplinaire du projet.
L'entreprise compte actuellement 150 employés répartis entre San Francisco, Londres et Zurich. Une partie importante des fonds levés sera consacrée à l'acquisition d'infrastructures de calcul, ressource stratégique face aux besoins computationnels massifs de l'IA physique. Les investissements dans les infrastructures énergétiques des data centers témoignent d'ailleurs de l'ampleur des ressources nécessaires pour faire fonctionner les nouvelles générations d'IA.
Une vision optimiste de l'impact économique
La stratégie de Prometheus s'inscrit dans une vision optimiste de l'impact économique de l'intelligence artificielle. Contrairement aux prédictions sur la destruction d'emplois, Bezos anticipe une « pénurie de main-d'œuvre » : « Une productivité significative dans l'économie va élever le niveau de vie. Les gens qui aujourd'hui ont des ménages à deux revenus deviendront des ménages à un seul revenu », prédit-il.
L'approche contredit les analyses de nombreux experts technologiques qui redoutent des suppressions d'emplois massives. Pour le fondateur d'Amazon, l'automatisation créera au contraire une demande accrue de travailleurs humains dans de nouveaux secteurs.
L'entreprise fait face à une concurrence établie, notamment d'Autodesk, Synopsys et Cadence Design Systems, qui ont intégré des fonctionnalités d'IA dans leurs applications d'ingénierie. Cependant, l'approche globale de Prometheus, combinée à ses moyens financiers exceptionnels, pourrait redéfinir les standards de l'automatisation industrielle.
Un conglomérat en gestation
Au-delà du développement technologique, Prometheus envisage de lever des dizaines de milliards supplémentaires pour créer une holding destinée à acquérir des entreprises susceptibles de bénéficier de ses technologies. La stratégie transformerait la start-up en conglomérat développant l'IA et rachetant simultanément les sociétés qui l'utilisent.
L'entreprise a déjà procédé à sa première acquisition en rachetant General Agents Inc., spécialisée dans le développement d'agents IA optimisés pour les tâches informatiques multi-étapes. Les mouvements stratégiques suggèrent une ambition de domination sectorielle qui dépasse le cadre traditionnel des start-up technologiques.
Avec cette levée record, Jeff Bezos confirme son engagement dans l'écosystème de l'IA, complétant un portefeuille qui inclut déjà des participations dans Physical Intelligence et Generalist AI, soutenu par Nvidia. Pour l'ancien patron d'Amazon, l'avenir de l'intelligence artificielle ne réside pas dans les chatbots ou la génération de code, mais dans l'accélération de l'ingénierie des objets physiques, domaine où se concentrent désormais les investissements les plus importants.