L’IA agentique a besoin d’un autre internet : celui des données fédérées

La souveraineté numérique se joue désormais sur une couche que le débat français néglige : l’intermédiation des données. Et la fenêtre pour la construire est étroite.

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By Matthias de Bièvre Published on 9 juin 2026 5h00
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L’IA agentique a besoin d’un autre internet : celui des données fédérées - © Economie Matin
7,29 MILLIARDS $La taille du marché mondial de l'IA agentique était évaluée à 7,29 milliards USD en 2025

À l'ère de l'IA agentique, la question n'est plus « où sont stockées nos données ? » mais « qui décide des règles selon lesquelles elles circulent entre organisations ? ». Cette couche d'intermédiation est le prochain enjeu de souveraineté. Si nous ne la construisons pas, les fournisseurs étrangers de modèles d'IA s'en chargeront.

La commission d'enquête présidée par Philippe Latombe documente l'ampleur des dépendances numériques françaises. Cloud souverain, logiciel libre, commande publique exemplaire : ces remèdes sont nécessaires. Aucun ne suffira sans une brique encore absente du débat : la création d'un marché européen unique de la donnée.

Du centralisé au fédéré

Depuis trente ans, pour collaborer sur les données on duplique et centralise dans des data hubs, data lakes. Une autre architecture émerge, celle des data spaces fédérés. La donnée reste où elle est produite ; ce sont les règles d'usage, les preuves de consentement et les contrats qui circulent. C'est l'évolution logique de l'internet appliquée aux données privées.

L'intermédiation, prochaine bataille de souveraineté

L'IA agentique ne peut exister sans une couche d'intermédiation de données. Un agent qui orchestre un parcours de formation ou compose une offre commerciale doit accéder sous contrôle à des données qui ne sont pas les siennes. L'essentiel des nouveaux usages numériques repose sur cette capacité à composer la donnée à travers les silos sans la centraliser.

Cette couche sera occupée. Les fournisseurs américains de modèles construisent déjà la leur, à grande vitesse : connecteurs propriétaires, protocoles agentiques, plug-ins. La logique qui a fait passer le cloud puis l'IA générative sous contrôle extra-européen se rejoue une couche au-dessus. Qui contrôle l'intermédiation contrôle les conditions d'accès, la trace de chaque échange, la commission, et donc la valeur. Si l'Europe ne construit pas cette couche, elle la subira.

En Europe, des data spaces sectoriels se lancent : bonne nouvelle, à condition qu'ils ne deviennent pas autant d'îlots. Un acteur de l'énergie qui veut dialoguer avec les data spaces agriculture, smart cities ou spatial doit aujourd'hui déployer plusieurs systèmes parallèles. La voie n'est pas de les remplacer par une solution unique, mais de les interconnecter via des standards et composants communs, ouverts et gouvernés en commun.

Seul l'open source peut y répondre

Imposer une plateforme unique nationale est illusoire : aucun acteur isolé n'en a les moyens, les organisations veulent garder le contrôle de l'accès à leur données et une dépendance à un acteur privé national n'a jamais constitué une souveraineté. Or chaque administration, chaque filière, chaque grand acteur investit aujourd'hui séparément dans sa propre couche : cette dispersion condamne tout le monde à n'aller nulle part assez vite. Réutiliser les communs européens existants, et y contribuer, est la seule manière d'atteindre ensemble l'échelle requise. Tout notre socle numérique repose déjà sur l'open source (Linux, internet) ; il faut que le logiciel cœur du partage de données le soit aussi, sous gouvernance communautaire. Les premiers communs structurants existent, à l'image de Prometheus-X ou du Data Space Interoperability Framework.

Un marché unique de la donnée, ou rien

La souveraineté numérique européenne sera fédérée, ouverte, interopérable, ou elle ne sera pas. Le marché unique de la donnée décidera si l'intermédiation des données européennes est opérée par des communs européens ou captée par les piles propriétaires extra-européennes. Les choix d'infrastructure des dix-huit prochains mois détermineront pour une décennie qui contrôle cette couche. La commission de l'Assemblée nationale a une occasion historique : inscrire l'infrastructure fédérée de la donnée comme axe stratégique de l'autonomie future. Le think tank Digital New Deal publiera dans les prochaines semaines un rapport approfondissant ces enjeux. Car la prochaine couche de souveraineté numérique se construit maintenant ou se perd.

Dsc09147

fondateur et CEO de Visions et fondateur de Prometheus-x

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