Copropriété : pourquoi un tiers des projets de travaux échouent en AG

Entre inflation des charges, hausse du coût des rénovations et nouvelles obligations énergétiques, les copropriétaires se montrent de plus en plus prudents lorsqu’il s’agit de voter des travaux. Selon le premier Baromètre des Assemblées générales publié par Matera en juin 2026, près d’un projet sur trois n’obtient pas la majorité nécessaire pour être adopté.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 24 juin 2026 8h07
Copropriété : pourquoi un tiers des projets de travaux échouent en AG
Copropriété : pourquoi un tiers des projets de travaux échouent en AG - © Economie Matin
4,7%En 2025, les charges de copropriété ont augmenté de 4,7% en moyenne.

Copropriété : les travaux cristallisent les tensions

Le constat intervient alors que la saison des Assemblées générales bat son plein. Publiée en juin 2026, l’étude de Matera s’appuie sur l’analyse de 31.996 Assemblées générales organisées dans 11.422 copropriétés françaises au cours des trois dernières années. Si la très grande majorité des résolutions soumises au vote sont validées, les projets de travaux constituent désormais le principal point de friction au sein des immeubles.

Dans l’ensemble, les copropriétaires approuvent largement les décisions présentées en Assemblée générale. Selon le baromètre Matera, 90% des résolutions sont adoptées, tandis que seulement 6% sont rejetées, et 4% donnent lieu à une abstention.

Les projets de travaux se distinguent cependant nettement du reste. Ils n’obtiennent en moyenne que 67% de votes favorables. Concrètement, près d’un projet sur trois échoue lors du scrutin des copropriétaires. Les travaux représentent pourtant 10% de l’ensemble des résolutions soumises aux Assemblées générales.

Isolation thermique, ravalement de façade, rénovation énergétique, réfection des parties communes ou modernisation des équipements collectifs : ces opérations impliquent souvent des dépenses importantes pour les propriétaires. Selon Matera, le montant moyen des travaux votés en copropriété a atteint 9.342 euros en 2025, soit une progression de 9,5% en deux ans.

Cette hausse intervient alors même que les charges de copropriété continuent de progresser. D’après le Baromètre des charges de copropriété Matera 2025, elles ont augmenté de 4,7% sur un an. Cette évolution est principalement portée par les assurances multirisques immeubles, dont les tarifs ont bondi de 16%, ainsi que par les contrats de maintenance, en hausse de 12%.

Face à cette accumulation de dépenses, les copropriétaires arbitrent davantage leurs investissements. Ils demandent davantage de justifications avant d’approuver un projet coûteux. « Les copropriétaires ne refusent pas les travaux par principe. En revanche, ils sont devenus beaucoup plus attentifs aux montants engagés. Chaque projet doit démontrer son urgence, sa valeur ajoutée pour l'immeuble et sa cohérence économique. Les montants en jeu sont tels que chaque décision fait désormais l'objet d'un examen beaucoup plus approfondi qu'auparavant », analyse Antoine Serafini, Data Analyst chez Matera.

Copropriété, travaux et rénovation énergétique : une équation de plus en plus complexe

Cette prudence accrue intervient dans un contexte réglementaire particulièrement dense. Depuis plusieurs années, les copropriétés sont progressivement soumises à de nouvelles obligations en matière de rénovation énergétique. La généralisation du plan pluriannuel de travaux (PPT) constitue notamment un tournant majeur. Depuis le 1er janvier 2025, toutes les copropriétés de plus de quinze ans, y compris celles comptant moins de 50 lots, doivent entrer dans cette logique de programmation des travaux.

Parallèlement, les diagnostics énergétiques collectifs et les exigences issues de la loi Climat et Résilience poussent les copropriétés à anticiper des investissements parfois lourds. De nombreuses résolutions concernent désormais l’isolation, le chauffage collectif ou encore l’amélioration des performances énergétiques du bâti.

Les aides publiques existent, notamment à travers le dispositif MaPrimeRénov’ Copropriété géré par l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Celui-ci permet de financer une partie des travaux réalisés sur les parties communes ou présentant un intérêt collectif.

Malgré ces soutiens financiers, les copropriétaires restent souvent confrontés à des appels de fonds conséquents. Cette réalité explique en partie la difficulté croissante à faire adopter certaines opérations pourtant jugées nécessaires à moyen terme.

Assemblée générale : la participation reste élevée mais les grandes copropriétés décrochent

L’étude révèle également un autre phénomène important : l’écart de mobilisation entre les petites et les grandes copropriétés. Au niveau national, le taux moyen de participation aux Assemblées générales atteint 77%. Ce chiffre demeure stable depuis trois ans. Cependant, la taille de l’immeuble influence fortement l’implication des copropriétaires.
Dans les copropriétés de moins de dix lots, la participation atteint 82%. À l’inverse, elle chute à seulement 54% dans les ensembles de plus de cinquante lots. Cette situation est particulièrement problématique puisque les grandes copropriétés sont souvent celles qui doivent engager les travaux les plus importants, notamment en matière de rénovation énergétique ou de réhabilitation du bâti.

« Derrière les chiffres de participation se joue en réalité la capacité des copropriétés à investir et à se transformer. Plus les copropriétaires participent aux décisions, plus les projets ont de chances d'aboutir, qu'il s'agisse de rénovation, d'entretien ou d'amélioration du bâti », commente Antoine Serafini. Le manque de mobilisation peut ainsi compliquer l’obtention des majorités requises pour certains travaux, notamment lorsque les copropriétaires absents représentent une part significative des tantièmes.

Assemblées générales de copropriété : le format hybride s'ancre de plus en plus

Autre enseignement majeur du baromètre : les Assemblées générales hybrides (à la fois en présentiel et par Internet) se sont durablement installées dans le paysage de la copropriété. Alors qu’elles avaient été largement développées pendant la crise sanitaire, elles représentent désormais 53% des Assemblées générales organisées en France. Les copropriétaires peuvent ainsi participer soit physiquement, soit à distance. Cette évolution répond à un objectif précis : limiter l’absentéisme et faciliter la prise de décision.

« La participation reste l'un des principaux défis des copropriétés, notamment dans les grands ensembles. En permettant aux copropriétaires de voter et de participer à distance, les Assemblées Générales hybrides offrent une réponse concrète à cet enjeu et pourraient contribuer à réduire durablement l'absentéisme », estime Antoine Serafini. Le baromètre montre également que les décisions se concentrent fortement sur une courte période de l’année. À lui seul, le mois de juin représente 18 % des Assemblées générales annuelles, ce qui en fait le mois le plus stratégique pour la gouvernance des copropriétés françaises.

Dans ce contexte de charges en hausse, d’exigences réglementaires accrues et de coûts de rénovation toujours plus élevés, les Assemblées générales apparaissent plus que jamais comme le lieu où se joue l’avenir du patrimoine collectif. Les copropriétaires continuent de voter massivement les décisions courantes, mais les projets de travaux doivent désormais franchir un niveau d’exigence bien supérieur pour espérer être adoptés.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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