Taxes douanières : la Chine fait perdre 26 milliards aux États-Unis par an

La Chine contourne les tarifs douaniers américains en réacheminant ses produits via plus de 40 pays tiers, privant Washington de 19 à 26 milliards de dollars par an. Le transshipment, technique de reetiquetage et de réexportation, alimente l’inflation et fragilise les recettes fiscales américaines. La Maison Blanche riposte avec l’intelligence artificielle et des sanctions renforcées.

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By La rédaction Published on 14 août 2026 10h00
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0,5%Les 26 milliards de dollars non collectés représentent environ 0,5% des recettes fiscales fédérales américaines.

Depuis 2018, la Chine a perfectionné un art : contourner les tarifs douaniers américains en réacheminant ses produits par d'autres pays. Résultat : entre 19 et 26 milliards de dollars de revenus perdus chaque année pour Washington, une facture qui, in fine, pèse sur les consommateurs américains et européens via l'inflation importée. Le 13 août 2026, la Maison Blanche a publié un rapport explosif baptisé « The Great Transshipment Scam », qui dénonce plus de 40 pays complices dans ce système de contournement. Peter Navarro, conseiller commercial du président Trump, accuse Pékin d'avoir bâti un réseau mondial de réexportation pour « blanchir » ses exportations et échapper aux sanctions commerciales imposées en 2018.

Qu'est-ce que le transshipment ? Un système de contournement tarifaire en trois étapes

Le transshipment désigne une technique logistique par laquelle les marchandises chinoises transitent par un pays tiers avant d'arriver aux États-Unis. L'objectif : modifier leur origine déclarée pour éviter les taxes douanières élevées. Selon le rapport de la Maison Blanche, la Chine a développé un réseau sophistiqué de zones franches, d'entrepôts sous douane et de corridors de transformation pour faciliter ces opérations. Entre 34,2 et 303 milliards de dollars de marchandises transiteraient ainsi chaque année par ces circuits parallèles, avec une estimation centrale de 75 milliards de dollars.

Étape 1 : l'emballage et le reetiquetage des marchandises

Les produits fabriqués en Chine arrivent dans un pays intermédiaire où ils subissent des modifications mineures. Un simple changement d'emballage, un reetiquetage ou un assemblage partiel suffisent à transformer l'origine apparente du produit. Les documents d'exportation sont refaits pour indiquer le pays de transit comme origine réelle. Les fabricants chinois ont massivement investi dans des usines légères au Mexique, en Malaisie ou au Vietnam pour réaliser ces opérations cosmétiques sans modifier substantiellement le produit.

Étape 2 : la route par les pays intermédiaires (Panama, Mexique, Malaisie)

Le rapport identifie Panama, le Mexique, la Colombie, le Brésil, l'Argentine, le Chili, le Pérou, le Costa Rica et la République Dominicaine comme pays à haut risque. En Asie, la Malaisie et l'Inde jouent un rôle croissant de plaques tournantes. « Après l'imposition des tarifs en 2018, les exportateurs chinois ont de plus en plus acheminé leurs marchandises par des pays tiers », précise le document officiel. Les zones franches panaméennes et les maquiladoras mexicaines sont devenues des hubs de réexportation où les conteneurs chinois font escale quelques jours avant de poursuivre vers les ports américains.

Étape 3 : l'arrivée aux États-Unis avec une fausse origine

Une fois les documents modifiés, les marchandises entrent sur le territoire américain en bénéficiant de tarifs préférentiels réservés aux pays partenaires. Les douanes américaines peinent à détecter ces fraudes à grande échelle. Lorsqu'un importateur est reconnu coupable de falsification d'origine, il peut être soumis à des taxes rétroactives remontant à environ un an, mais les contrôles restent limités face au volume des échanges. Des entreprises comme Ford ont préféré rapatrier leur production pour éviter ces complexités douanières.

19 à 26 milliards de dollars : le coût caché du transshipment pour l'économie américaine

Selon l'Associated Press, la Maison Blanche estime que le transshipment prive le Trésor américain de 19 à 26 milliards de dollars annuels en revenus douaniers. Peter Navarro a déclaré : « Depuis des années, la grande arnaque du transshipment permet à la Chine communiste de blanchir ses exportations. » L'administration Trump voit dans ces pertes fiscales un obstacle majeur à sa stratégie de rééquilibrage commercial. Le déficit commercial américain a certes diminué de 189 milliards de dollars en 2026 par rapport à l'année précédente, atteignant 371 milliards, mais cette baisse apparente masque la persistance des importations chinoises sous couvert d'autres origines.

Comment ces pertes de revenus affectent le déficit budgétaire américain

Les 26 milliards de dollars non collectés représentent environ 0,5% des recettes fiscales fédérales américaines. Si les tarifs douaniers sont censés financer les baisses d'impôts promises par Trump, leur contournement systématique fragilise l'équilibre budgétaire. Le gouvernement doit soit renoncer à certaines dépenses, soit creuser davantage le déficit. Pour les ménages américains, la conséquence est double : ils ne bénéficient pas des investissements publics financés par ces recettes manquantes, et ils subissent une inflation persistante sur les produits importés.

L'effet domino : tarifs contournés, inflation maintenue

Paradoxalement, le transshipment n'élimine pas totalement la pression inflationniste. Les coûts logistiques supplémentaires liés au réacheminement par des pays tiers augmentent les prix finaux. Les consommateurs européens importent aussi cette inflation via les chaînes d'approvisionnement mondiales. Un téléviseur fabriqué en Chine, réétiqueté en Malaisie puis vendu en France, coûte plus cher qu'un produit directement importé. L'Union européenne surveille de près ces pratiques pour éviter que les produits chinois contournant les tarifs américains n'inondent son marché.

Les 40+ pays complices : qui sont les plaques tournantes du transshipment ?

Le rapport de la Maison Blanche pointe du doigt un réseau de plus de 40 pays utilisés comme intermédiaires. Certains participent activement en développant des infrastructures dédiées, d'autres sont des victimes involontaires dont les zones franches sont détournées de leur usage initial. « Au fil du temps, ces pratiques ont contribué au développement d'un réseau mondial de hubs de production, de plateformes logistiques, de zones de libre-échange, d'entrepôts sous douane et de centres de réexportation », précise le document officiel.

Amérique latine : Panama, Mexique, Colombie en première ligne

Le Panama, grâce à son canal et ses zones franches, sert de point de transit majeur pour les conteneurs chinois destinés à la côte Est américaine. Le Mexique accueille des usines d'assemblage léger où les composants chinois reçoivent une touche finale avant d'entrer aux États-Unis via l'USMCA (accord commercial nord-américain). La Colombie, le Brésil et l'Argentine développent des corridors de transformation similaires. Le Costa Rica et la République Dominicaine attirent les investissements chinois dans le textile et l'électronique pour profiter de leur proximité avec le marché américain.

Asie du Sud-Est : la Malaisie et l'Inde, nouveaux hubs de réexportation

La Malaisie est devenue une plateforme privilégiée pour le réétiquetage des produits électroniques chinois. Les semi-conducteurs, les smartphones et les composants informatiques y transitent massivement. L'Inde, selon le Sun-Sentinel, est également mentionnée comme pays susceptible de pratiquer le transshipment pour éviter les nouveaux tarifs imposés par Washington. Le Vietnam et la Thaïlande complètent ce réseau asiatique en hébergeant des usines chinoises délocalisées qui assemblent des produits avec un minimum de valeur ajoutée locale.

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