Le 29 juin 2026, EDF et Suez ont signé deux contrats cumulant 5 milliards d’euros avec le sultanat d’Oman lors de la visite d’État du sultan Haitham bin Tarik à l’Élysée. Derrière ce succès diplomatique se cache une profonde recomposition stratégique des deux groupes français, qui se recentrent sur le Moyen-Orient après avoir cédé des actifs en Amérique du Nord.
EDF décroche un contrat de 3 milliards à Oman et se recentre sur le Moyen-Orient

Le 29 juin 2026, lors de la visite d'État du sultan Haitham bin Tarik à l'Élysée, EDF et Suez ont signé deux contrats cumulant 5 milliards d'euros. Mais ce qui ressemble à un succès diplomatique cache en réalité une profonde recomposition des stratégies d'expansion des deux géants français. Alors qu'EDF décroche un contrat de 3 milliards de dollars pour développer la première station de transfert d'énergie par pompage du sultanat d'Oman, l'énergéticien français vient, quelques jours plus tôt, de céder l'intégralité de ses actifs renouvelables nord-américains au fonds KKR. Un chassé-croisé stratégique qui révèle les nouvelles priorités du groupe et les rapports de force géopolitiques dans les infrastructures critiques.
Deux contrats majeurs, une même stratégie : EDF et Suez renforcent leur présence au Moyen-Orient
La séquence diplomatique du 29 juin marque un tournant dans les relations économiques franco-omanaises. Emmanuel Macron a reçu le sultan Haitham bin Tarik dans le cadre d'une visite d'État qui a débouché sur la signature de deux méga-contrats dans les secteurs de l'énergie et de l'eau. Le premier, porté par EDF, s'élève à 3 milliards de dollars (2,6 milliards d'euros). Le second, conclu par Suez, atteint 2 milliards d'euros sur quinze ans. Cumulés, ces accords représentent un engagement financier de près de 5 milliards d'euros, plaçant la France au rang de partenaire stratégique privilégié du sultanat dans la modernisation de ses infrastructures critiques.
5 milliards d'euros cumulés : comment la France consolide son influence commerciale à Oman
Le montant cumulé des deux contrats témoigne de l'attractivité du marché omanais pour les entreprises françaises. Oman, petit producteur pétrolier du Golfe avec environ 5,5 millions d'habitants, cherche à diversifier son économie et à sécuriser ses approvisionnements énergétiques et hydriques. Le pays investit massivement dans les énergies renouvelables et les infrastructures de stockage pour accompagner la croissance de sa demande électrique, tout en réduisant sa dépendance aux hydrocarbures. Dans ce contexte, les contrats signés par EDF et Suez s'inscrivent dans une logique de long terme. Ils permettent à la France de s'implanter durablement dans des secteurs stratégiques, tout en offrant aux deux groupes français des relais de croissance dans une région en pleine mutation.
Le contrat d'EDF porte sur le développement et l'exploitation de la première station de transfert d'énergie par pompage (STEP) du sultanat, située au barrage de Wadi Daysat, à 90 kilomètres au sud de la capitale Mascate. La station devra stocker jusqu'à 2 GW d'énergie, permettant d'équilibrer l'offre et la demande d'électricité en période de pointe. Le principe de la STEP repose sur le pompage d'eau vers un réservoir en altitude lorsque la production électrique excède la demande, puis sur la turbinage de cette eau pour produire de l'électricité en période de forte consommation. Un système qui fait office de batterie géante, indispensable pour accompagner le développement des énergies renouvelables intermittentes.
Parallèlement, Suez a signé un contrat de gestion de l'eau qui couvre la maintenance et l'exploitation des services d'eau potable et d'assainissement de Mascate et des gouvernorats de Sharqiyah Nord et Sharqiyah Sud. Selon le groupe, le contrat concerne 2,3 millions d'habitants, soit 43% de la population totale du sultanat. Xavier Girre, directeur général de Suez, a salué un accord qui « figure dans le top 3 de l'histoire de Suez ». Le dispositif prévoit la gestion de 240 puits industriels, 10 700 kilomètres de canalisations et la distribution quotidienne de 470 000 mètres cubes d'eau potable.
La visite du sultan Haitham à l'Élysée : diplomatie énergétique et hydraulique
La visite d'État du sultan Haitham bin Tarik en France n'est pas anodine. Oman occupe une position géostratégique cruciale à l'entrée du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ un tiers du pétrole mondial acheminé par voie maritime. Le sultanat entretient des relations complexes avec l'Iran, son voisin, notamment sur la question d'un éventuel péage sur le détroit. Dans ce contexte, les contrats signés par EDF et Suez revêtent une dimension diplomatique forte. Ils permettent à la France de renforcer ses liens avec un pays qui cherche à diversifier ses partenariats internationaux, tout en consolidant sa propre influence dans une région où la concurrence est féroce, notamment avec la Chine et les États-Unis.
L'Élysée avait initialement annoncé un contrat Suez d'une valeur de 4 milliards de dollars, avant de publier un correctif ramenant le montant à 2 milliards d'euros. Une confusion qui illustre l'importance politique de ces accords, dont la communication a été étroitement pilotée par les services de la présidence. Au-delà des chiffres, la séquence du 29 juin marque une volonté affichée de faire de la France un partenaire incontournable dans les transitions énergétique et hydraulique du Moyen-Orient.
EDF en mutation : pourquoi vendre les États-Unis pour investir le Moyen-Orient ?
Le contrat omanais intervient dans un contexte de profonde réorganisation stratégique pour EDF. Quatre jours avant la signature à l'Élysée, le 25 juin 2026, le groupe français a annoncé la cession de l'intégralité de ses opérations et actifs d'EDF Power Solutions aux États-Unis et au Canada au fonds américain KKR. Une vente qui porte sur un portefeuille de 5,6 GW de capacité nette, essentiellement dans les énergies renouvelables. La cession à KKR marque un tournant dans la stratégie d'EDF, qui se retire progressivement du marché nord-américain pour concentrer ses investissements sur d'autres géographies.
