À partir du 1er juillet 2026, 100 000 étudiants non européens et non boursiers perdent leurs APL, générant 200 millions d’euros d’économies pour l’État.
APL : certains étudiants étrangers en seront privés

Deux cents millions d'euros : c'est le montant que l'État français espère économiser en supprimant les aides au logement pour les étudiants non européens et non boursiers à partir du 1er juillet 2026. Près de 100 000 étudiants originaires de pays hors Union européenne perdent ainsi l'accès aux APL, à l'ALS et à l'ALF, sauf s'ils bénéficient d'une bourse sur critères sociaux ou exercent une activité professionnelle d'au moins une heure par semaine.
Les 200 millions d'euros : l'équation budgétaire du gouvernement
Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, défend une mesure qu'il présente comme strictement financière. Interrogé par l'AFP, il évalue le gain budgétaire à « à peu près autour de 200 millions en année pleine », un chiffre qui traduit la volonté de l'exécutif de réduire les dépenses sociales dans un contexte de déficit public persistant. Pour l'année 2026, qui ne compte que six mois d'application effective, les économies attendues s'élèvent à 100 millions d'euros, selon le rapport de la Commission des finances de l'Assemblée nationale.
D'où viennent ces économies ? Décryptage des chiffres officiels
L'analyse des données budgétaires révèle une réalité comptable précise. Les 100 000 étudiants concernés percevaient en moyenne 165 euros par mois d'aides au logement, selon les calculs de la Commission des finances. Sur douze mois, cela représente 1 980 euros par étudiant et par an. Multiplié par 100 000 bénéficiaires, le total atteint effectivement 198 millions d'euros annuels. La Fondation pour le logement, association spécialisée dans l'accès au logement, évalue quant à elle l'amputation budgétaire entre 150 et 250 euros par mois selon les situations individuelles, confirmant l'ordre de grandeur gouvernemental.
La mécanique budgétaire s'inscrit dans une logique de rationalisation des dépenses publiques. Les aides personnalisées au logement représentent un poste budgétaire considérable pour l'État français, avec plusieurs milliards d'euros versés chaque année. Cibler une population spécifique permet de dégager des marges sans toucher aux allocataires les plus nombreux. Le Conseil constitutionnel a d'ailleurs validé cette approche en février 2026, estimant que les députés ont poursuivi un « objectif d'intérêt général » en cherchant à « maîtriser l'évolution des dépenses liées » aux APL. L'institution a précisé que le principe d'égalité « ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général ».
Justice fiscale ou discrimination ? L'argument des cotisations sociales
Vincent Jeanbrun justifie la mesure par un principe de réciprocité fiscale. Lors d'une intervention sur LCP le 29 juin 2026, il affirme qu'il ne s'agit pas « de ne pas être sur la préférence nationale ou pas nationale, c'est uniquement sur la question des revenus, et donc c'est une question de justice fiscale et financière, donc il n'y a pas de sujet migratoire ».
Le décret prévoit que ceux qui exercent une activité professionnelle d'au moins une heure par semaine conservent leurs droits aux aides au logement. Par ailleurs, les étudiants boursiers, quelle que soit leur nationalité, restent éligibles, ce qui introduit une distinction fondée sur les ressources plutôt que sur la seule nationalité. Le gouvernement tente ainsi d'éviter l'accusation de discrimination pure en maintenant un filet de sécurité pour les plus précaires.
165 euros par mois : impact réel sur le pouvoir d'achat étudiant
Selon l'Observatoire de la vie étudiante, cité par la Fondation pour le logement, les étudiants étrangers étaient trois fois plus nombreux que leurs homologues français à recourir à l'aide alimentaire en 2023. Autrement dit, la solidarité nationale profite largement aux étudiants étrangers, ce qui explique pourquoi les associations ont autant de besoins.
165 euros correspondent à plusieurs postes de dépenses incompressibles. C'est l'équivalent de deux semaines de courses alimentaires pour un étudiant vivant seul, ou encore la moitié d'un abonnement de transport mensuel couplé à des frais de téléphonie. Néanmoins, le fait que les APL ne seront coupées que pour les étudiants non-boursiers permet d'être rassuré quant à leur sort. Les étudiants non-boursiers ont en général les moyens de subvenir à leurs besoins.
La suppression des APL pour les étudiants non européens ne survient pas dans un vide politique. Elle s'inscrit dans une stratégie plus large de maîtrise des dépenses publiques, engagée par le gouvernement pour respecter les objectifs de réduction du déficit. La France, soumise aux règles budgétaires européennes, cherche à limiter son déficit public à 3 % du PIB, un objectif difficile à atteindre sans coupes budgétaires ciblées.
Les contraintes financières de l'État expliquées
Le déficit public français reste élevé malgré plusieurs années de redressement. Les dépenses sociales, qui représentent près d'un tiers du budget de l'État, constituent un levier d'action privilégié pour les gouvernements successifs. Les aides au logement, avec un coût annuel de plusieurs milliards d'euros, figurent parmi les postes les plus scrutés. Réduire l'accès à ces aides pour certaines catégories de bénéficiaires permet de dégager des marges budgétaires sans réforme structurelle profonde, qui nécessiterait un consensus politique difficile à obtenir.
Les 200 millions d'euros économisés grâce à cette mesure représentent une goutte d'eau dans l'océan budgétaire national, mais ils s'additionnent à d'autres économies réalisées sur différents postes. La logique comptable privilégie les petites coupes répétées plutôt que les grandes réformes, jugées trop risquées politiquement. Les contraintes budgétaires touchent également le logement social, où les impayés augmentent et fragilisent l'équilibre financier des bailleurs.