Salaires chez EDF : le cas de 537 cadres dirigeants devant la justice

EDF est attaqué en justice par son Comité social et économique central, qui réclame la transmission à son expert des rémunérations de 537 cadres dirigeants. L’instance dénonce une « opacité à sens unique » au sein d’une entreprise détenue intégralement par l’État.

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By Aurélie Giraud Published on 30 juin 2026 10h57
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Le CSEC d’EDF conteste le refus de l’entreprise de transmettre à son expert les rémunérations détaillées de ses cadres dirigeants. - © Economie Matin
2 MILLIONS €Hausse de la masse salariale des dix plus hautes rémunérations d’EDF en un an, selon le secrétaire du CSEC, Gwenaël Plagne.

EDF devra s’expliquer devant la justice sur la confidentialité entourant les salaires de ses cadres dirigeants. Le Comité social et économique central (CSEC) de l’électricien public a annoncé, mardi 30 juin 2026, avoir engagé une action en raison du refus de la direction de transmettre certaines données à l’expert chargé d’examiner sa politique sociale. Une audience est prévue le 2 juillet devant le tribunal judiciaire de Paris.

EDF refuse de transmettre les salaires de 537 cadres dirigeants

Le conflit ne porte pas sur la rémunération du président-directeur général d’EDF, Bernard Fontana. Celle-ci est encadrée par les règles applicables aux dirigeants d’entreprises publiques et publiée dans les documents financiers du groupe.

La demande du CSEC concerne en revanche environ 537 cadres dirigeants sur un périmètre de 65.000 salariés, selon son secrétaire, Gwenaël Plagne.

Dans son communiqué, l’instance représentative affirme qu’« EDF refuse de transmettre à l’expert du CSEC les éléments précis de rémunération de ses cadres dirigeants, tout en acceptant de le faire pour les autres salariés ». Selon le comité, cette différence de traitement empêche les représentants du personnel d’analyser correctement la politique salariale de l’entreprise.

Le CSEC estime que « cette opacité à sens unique est incompatible avec les obligations d’une entreprise publique et avec le principe même de transparence salariale », rapporte BFM Business à partir du communiqué de l’instance.

Sollicitée par le média, la direction d’EDF n’a pas souhaité commenter cette procédure.

Des données destinées à un expert soumis à la confidentialité

Les syndicats ne demandent pas que les noms et les salaires des 537 cadres d'EDF soient rendus publics. Ils souhaitent que ces informations soient communiquées au cabinet mandaté pour les assister dans le cadre de la consultation annuelle sur la politique sociale.

Cet expert est soumis à une obligation de confidentialité. Il peut traiter les données individuelles avant de présenter aux élus des résultats consolidés, sans divulguer la rémunération personnelle de chaque dirigeant.

« Il ne s’agit pas de divulguer ces rémunérations », a insisté Gwenaël Plagne auprès de l’AFP. Le secrétaire du CSEC explique que le cabinet doit pouvoir retraiter les informations afin que les représentants des salariés apprécient leur évolution.

L’analyse permettrait notamment de mesurer les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes occupant des fonctions dirigeantes. « Cela permettrait aussi de regarder l’égalité professionnelle chez les cadres dirigeants, comment sont rémunérées les femmes par rapport aux hommes », souligne-t-il.

Le sujet dépasse donc la seule curiosité sur le montant des salaires. Le CSEC considère ces informations comme indispensables pour rendre un avis éclairé sur la politique sociale et sur la répartition des rémunérations au sein de l’entreprise.

Plus de 2 millions d’euros supplémentaires pour les dix plus gros salaires

Le CSEC affirme avoir déjà alerté EDF l’année précédente. Faute de données suffisantes, les représentants du personnel n’avaient pas rendu d’avis sur la politique sociale de l’entreprise.

« L’an dernier déjà, on n’avait pas rendu d’avis sur la politique sociale et on avait dit : c’est la dernière alerte qu’on vous fait pour que vous vous remettiez en conformité », relate Gwenaël Plagne.

Selon lui, l’entreprise aurait enregistré en un an une hausse de plus de 2 millions d’euros de la masse salariale correspondant aux dix rémunérations les plus élevées. Ce montant est avancé par le secrétaire du CSEC et n’a pas été commenté par la direction d’EDF.

La donnée ne signifie pas nécessairement que les dix personnes concernées ont reçu chacune une augmentation. Une variation de la masse salariale peut aussi provenir de changements de dirigeants, d’indemnités, de primes variables ou d’un élargissement du périmètre pris en compte. L’absence de détail empêche précisément d’en identifier les causes.

Les représentants du personnel souhaitent disposer d’éléments sur les rémunérations fixes, les parts variables et les éventuels avantages accordés aux cadres dirigeants. Ils veulent également observer leur évolution par rapport à celle des autres salariés.

Les comptes d’EDF ne donnent qu’une vision partielle

EDF publie certaines informations sur la rémunération de ses organes de direction. Dans ses comptes consolidés de 2025, le groupe indique que les rémunérations attribuées aux membres de son comité exécutif et aux administrateurs ont atteint 15,6 millions d’euros, contre 17,1 millions d’euros en 2024.

Cette somme comprend notamment les salaires, les rémunérations variables, l’intéressement et les avantages en nature. Elle couvre les membres du comité exécutif ainsi que les administrateurs, à l’exception des représentants des salariés qui exercent leur mandat gratuitement.

Cette enveloppe ne doit toutefois pas être confondue avec les rémunérations des 537 cadres dirigeants visés par la demande du CSEC. Les documents publics ne permettent pas d’établir que ces 537 personnes sont incluses dans le montant de 15,6 millions d’euros.

Les données financières donnent donc une indication sur le coût des instances dirigeantes les plus élevées du groupe, mais pas sur l’ensemble de la population dont le comité réclame l’examen.

Le salaire du PDG d’EDF n’est pas visé par la procédure

La rémunération de Bernard Fontana est connue et n’entre pas dans la revendication du CSEC. Le président-directeur général bénéficie d’une rémunération annuelle brute fixée à 450.000 euros, conformément au plafond applicable aux dirigeants des entreprises publiques.

Nommé au cours de l’année 2025, il n’a perçu qu’une partie de ce montant pour son premier exercice. Les documents d’EDF font état d’une rémunération de 296.591 euros au titre de 2025, correspondant à sa période de présence à la tête du groupe.

Gwenaël Plagne rappelle que la rémunération du PDG est « fixée par la loi et validée par le conseil d’administration ». Elle est donc déjà accessible, contrairement aux données concernant les centaines d’autres cadres dirigeants.

La procédure judiciaire ne vise ainsi ni à contester le salaire de Bernard Fontana ni à obtenir sa divulgation. Elle doit déterminer si EDF peut refuser à l’expert du CSEC les informations relatives aux autres dirigeants alors qu’il transmet des données concernant le reste du personnel.

Une pratique contestée depuis plusieurs années

Selon le secrétaire du CSEC, la position de la direction ne serait pas nouvelle. EDF refuserait depuis plusieurs années de communiquer ces éléments dans le cadre de l’expertise sociale.

« C’est une position qui est depuis des années tenue par EDF. Et nous, au bout d’un moment, on a dit : bon, stop, on va aller chercher l’arbitre qui nous dira qui a raison », explique Gwenaël Plagne.

L’audience du 2 juillet doit donc arbitrer un désaccord ancien sur l’étendue du droit à l’information des représentants du personnel. Le tribunal devra notamment apprécier si les données réclamées sont nécessaires à l’exercice des missions du CSEC et si leur caractère confidentiel justifie le refus de l’entreprise.

L’affaire est particulièrement sensible pour EDF, dont l’État détient 100% du capital depuis sa renationalisation complète en 2023. Pour les élus, le statut public de l’entreprise renforce son obligation de transparence. La direction pourra de son côté invoquer la protection des données individuelles et la confidentialité des rémunérations de ses cadres.

Ce que demande réellement le CSEC

Le CSEC ne réclame pas une liste publique et nominative des salaires. Il demande que les rémunérations soient accessibles à son expert, tenu au secret professionnel, afin d’évaluer leur évolution, leur répartition et les éventuels écarts entre les femmes et les hommes.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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