Alors que les établissements réservés aux adultes alimentent un débat grandissant en France, le Haute-commissariat à l’Enfance lance la deuxième édition du « Choix des Familles ». Cette initiative entend distinguer les entreprises qui font de l’accueil des familles un véritable atout, au moment où un rapport remet en cause l’essor du phénomène « No Kids ».
« No Kids » : le gouvernement contre-attaque avec le « Choix des Familles »

À contre-courant de la mode « No Kids », l'État souhaite mettre en avant les entreprises où les enfants sont les bienvenus
Le débat dépasse désormais les réseaux sociaux. Depuis plusieurs années, des hôtels, restaurants ou lieux de loisirs mettent en avant une expérience exclusivement réservée aux adultes, parfois au nom du calme ou du confort de leur clientèle. Cette tendance, déjà observée dans plusieurs pays européens, prend aujourd'hui une dimension politique en France. Le 6 juillet 2026, la Haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El Haïry, a relancé le « Choix des Familles », quelques heures après la publication d'un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) dénonçant la multiplication des espaces « No Kids ».
Derrière cette succession d'annonces se dessine une stratégie claire : plutôt que de se limiter à critiquer les établissements qui excluent les enfants, les pouvoirs publics souhaitent mettre en avant ceux qui ont fait le pari inverse. Pour les entreprises concernées, l'enjeu ne relève plus uniquement de l'image. Il touche aussi aux attentes des consommateurs, à la responsabilité sociétale et, plus largement, au positionnement commercial.
Un label qui transforme l'accueil des familles en avantage concurrentiel
Le « Choix des Familles » repose sur un mécanisme participatif. Jusqu'au 30 septembre 2026, les parents sont invités à recommander les établissements dans lesquels ils estiment que leurs enfants sont réellement les bienvenus. Restaurants, hôtels, commerces, sites culturels ou structures de loisirs peuvent ainsi être distingués à partir des retours directs de leurs clients.
L'initiative ne récompense pas uniquement la présence d'équipements destinés aux plus jeunes. Les critères portent également sur la qualité de l'accueil, l'accessibilité, les services proposés ou encore les attentions accordées aux familles. Cette approche traduit une évolution des attentes des consommateurs, qui accordent une importance croissante à l'expérience globale plutôt qu'au seul prix.
La première édition avait permis de distinguer cinquante établissements répartis sur l'ensemble du territoire. Pour les entreprises récompensées, cette reconnaissance constitue un levier de visibilité, mais aussi un moyen de renforcer leur réputation auprès d'une clientèle familiale souvent fidèle. Dans des secteurs où la différenciation devient de plus en plus difficile, l'accueil des enfants peut ainsi devenir un véritable facteur de compétitivité.
Cette logique s'inscrit également dans les politiques de responsabilité sociétale des entreprises. L'inclusion ne concerne plus seulement les salariés ou les fournisseurs. Elle s'étend progressivement aux clients et à leur diversité, y compris aux familles avec de jeunes enfants. Plusieurs enseignes ont d'ailleurs intégré cette dimension dans leur stratégie d'expérience client afin d'améliorer leur attractivité.
Le rapport « No Kids » interpelle le monde économique
La publication de la CNCDH apporte cependant une lecture beaucoup plus large que celle du seul secteur de l'hôtellerie ou de la restauration. Dans un avis adopté à l'unanimité le 2 juillet 2026, l'institution estime que les espaces « No Kids » traduisent une évolution profonde de la société française, où les enfants deviennent progressivement moins visibles dans les lieux de vie collective.
Selon la Commission, plusieurs phénomènes convergent. Les villes ont été progressivement aménagées au bénéfice de la circulation automobile, les inquiétudes des parents concernant la sécurité limitent davantage les déplacements autonomes des enfants et certains établissements font désormais de l'absence de jeunes clients un argument marketing. Pris séparément, chacun de ces facteurs peut sembler limité. Ensemble, ils contribuent selon la CNCDH à réduire la place accordée à l'enfance dans l'espace public.
Le rapport souligne que cette évolution ne concerne pas uniquement les familles. Elle soulève également des questions économiques. Une entreprise qui choisit d'exclure certains publics assume un positionnement commercial particulier, susceptible d'attirer une clientèle tout en en éloignant une autre. À l'inverse, les établissements investissant dans des services adaptés aux familles cherchent à élargir leur marché potentiel, tout en répondant à des attentes sociétales de plus en plus affirmées.
La Commission rappelle en outre que cette exclusion peut avoir des conséquences concrètes sur le développement des enfants. Les restrictions d'accès aux espaces communs favorisent la sédentarité, réduisent les occasions de socialisation et compliquent l'apprentissage de l'autonomie. Ces effets touchent plus fortement les ménages modestes, qui disposent de moins d'alternatives aux espaces publics gratuits.
Une question qui dépasse désormais le seul débat sociétal
Pour Sarah El Haïry, le phénomène ne peut plus être considéré comme une simple tendance commerciale. La Haute-commissaire affirme qu'« un enfant n'est ni une nuisance, ni un problème à tenir à distance. C'est un sujet de droit », estimant que la généralisation des espaces réservés aux adultes risquerait d'installer durablement une forme d'exclusion dans la vie quotidienne.
La CNCDH partage cette analyse et considère que certaines pratiques pourraient relever de la discrimination fondée sur l'âge lorsqu'elles ne répondent à aucune justification objective. L'institution recommande notamment de renforcer les signalements auprès des parquets, de faciliter les actions collectives en matière de discrimination et de concevoir davantage les politiques urbaines autour des besoins des enfants.
À ce stade, aucune évolution législative n'est engagée. Sarah El Haïry s'est toutefois déclarée favorable à une clarification du droit si celle-ci devenait nécessaire. En parallèle, le gouvernement privilégie une démarche incitative avec le « Choix des Familles », misant sur la valorisation des bonnes pratiques plutôt que sur une approche exclusivement répressive.
Cette stratégie traduit une évolution plus large des politiques publiques. Les entreprises sont désormais encouragées à intégrer les enjeux familiaux dans leur offre de services, non seulement pour répondre à une attente des consommateurs, mais aussi parce que la qualité de l'accueil participe progressivement à leur image de marque. Dans un contexte où la confiance et la réputation constituent des actifs économiques majeurs, la manière dont une enseigne accueille les familles pourrait devenir un élément de différenciation aussi important que la qualité de ses produits ou de ses prestations.
