Le FMI vient de doucher les espoirs de Bercy : la France ne dépassera pas 0,6% de croissance en 2026, pendant que le reste du monde tient bon à 3%. Ce n'est pas la faute de la canicule ni de la guerre au Moyen-Orient. C'est la faute de trente ans de mauvaises décisions économiques qui se paient cash, aujourd'hui.
0,6%
La prévision de croissance du FMI pour la France en 2026, soit cinq fois moins que la moyenne mondiale estimée à 3%.
Quand le monde avance, la France piétine
Force est de constater qu'il y a quelque chose de profondément révélateur dans ce chiffre sorti mercredi par le FMI. Pendant que les États-Unis surfent sur la vague de l'intelligence artificielle et des semi-conducteurs — 82% de la performance de l'indice américain cette année vient de ces deux seuls secteurs, rappelons-le — pendant que l'Allemagne se restructure, que les Pays-Bas innovent, la France, elle, affiche un misérable 0,6% de croissance prévisionnelle.
Ce n'est pas un accident climatique ni une turbulence géopolitique passagère. C'est une tendance lourde, structurelle, que tous les observateurs sérieux voient depuis des années. La France est une économie sous perfusion de dépense publique, qui a perdu le goût — et les moyens — de créer de la richesse privée. Nos prélèvements obligatoires flirtent avec 45% du PIB. Nos dépenses publiques dépassent 57% du PIB. Nous sommes champions du monde dans ces deux catégories, et c'est tout sauf une médaille d'or.
Le FMI est plus pessimiste que Paris et l'OCDE sur nos perspectives. Traduction : même les instances internationales n'y croient plus. Bercy peut toujours sortir ses tableurs optimistes, les marchés, eux, ont compris.
Le panier à prix coûtant, ou l'art de traiter le symptôme
Et que propose-t-on face à cette atonie économique ? Un député écologiste veut imposer aux grandes surfaces un panier de produits alimentaires vendus à prix coûtant. Je ne doute pas de la bonne intention derrière cette proposition. Mais c'est exactement le type de réponse qui aggrave le problème au lieu de le résoudre.
Contrôler les prix, c'est la solution des économies qui ont renoncé à comprendre pourquoi les prix augmentent. Si les marges de la grande distribution posent question — et le rapport du Sénat sur ce sujet mérite d'être lu sérieusement — la réponse intelligente, c'est davantage de concurrence, moins de barrières à l'entrée pour les acteurs alternatifs, et une vraie simplification de la chaîne de distribution. Pas un prix administré sorti du chapeau d'un parlementaire.
En Suisse, en Allemagne, on ne légifère pas sur les prix des tomates. On s'assure que le marché fonctionne, que les consommateurs ont le choix, que les entreprises peuvent entrer et sortir librement. Résultat : le pouvoir d'achat y est structurellement plus élevé qu'en France, sans qu'on ait eu besoin d'un seul commissaire aux prix.
Ce que la France doit faire, et qu'elle ne fait pas
La vraie question que personne ne veut poser dans nos hémicycles, c'est celle-ci : pourquoi les entreprises françaises créent-elles si peu de richesse et si peu d'emplois par rapport à leurs homologues européennes ? La réponse tient en quelques mots : trop de charges, trop de normes, trop d'incertitude fiscale, trop d'instabilité réglementaire.
Un chef d'entreprise qui s'installe en France en 2026 prend un risque que son concurrent néerlandais ou suisse ne prend pas. Ce n'est pas une question de talent ou de courage entrepreneurial. C'est une question de règles du jeu.
Tant que la France refusera de regarder en face cette réalité — préférant inventer de nouveaux droits, de nouvelles taxes et de nouveaux paniers réglementés plutôt que de libérer ses forces vives — elle continuera de végéter à 0,6%. Et le FMI continuera d'avoir raison avant tout le monde.

