Emploi : le nombre de CDI signés continue de baisser au premier trimestre 2026

Au premier trimestre 2026, les embauches progressent de 0,9 % en France avec 6,58 millions de contrats signés. Mais la hausse concerne uniquement les CDD (+1,1 %), tandis que les CDI reculent de 0,7 %. Un déséquilibre qui fragilise la stabilité financière des ménages et leur capacité d’investissement.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 9 juillet 2026 13h42
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Le suivi renforcé facilite l’accès à l’emploi des bénéficiaires du RSA concernés. - © Economie Matin
85%Les 5,61 millions de CDD signés au premier trimestre représentent désormais 85 % du total des embauches

Alors que 6,58 millions de contrats ont été signés au premier trimestre 2026, une réalité troublante émerge des statistiques de la Dares : les contrats stables se font rares, et les ménages français en paient le prix. Les contrats à durée indéterminée reculent de 0,7 %, tandis que les CDD progressent de 1,1 %. Un déséquilibre qui fragilise le pouvoir d'achat et la capacité d'investissement des Français.

Les chiffres : un marché du travail qui se fragilise

6,58 millions de contrats : une croissance ralentie et fragile

Le ministère du Travail a publié ce 9 juillet 2026 les données officielles du premier trimestre. Le secteur privé (hors agriculture, intérim et particuliers employeurs) affiche une progression modérée de 0,9 % des embauches par rapport au trimestre précédent. Un chiffre qui masque une dynamique préoccupante : la quasi-totalité des nouvelles embauches concerne des contrats précaires. Avec 6,57 millions de fins de contrats enregistrées sur la même période, le marché atteint un équilibre inquiétant entre entrées et sorties. Aucune création nette d'emplois durables ne se profile, révélant une rotation accélérée de la main-d'œuvre. La Dares souligne que « sur un an, les mouvements de main-d'œuvre sont en net repli dans l'information-communication et, dans une moindre mesure, dans la construction. À l'inverse, ils sont en forte hausse dans le tertiaire non marchand. »

CDD vs CDI : la fuite vers la précarité

Les 5,61 millions de CDD signés au premier trimestre représentent désormais 85 % du total des embauches. En parallèle, seulement 964 300 CDI ont été conclus, marquant un recul de 0,7 % après une chute de 2,2 % au trimestre précédent. La tendance s'installe durablement : les entreprises privilégient la flexibilité à court terme plutôt que l'engagement durable. Pour les salariés, la conséquence directe s'exprime en instabilité financière. Un CDD ne permet ni projection à moyen terme, ni accès facilité au crédit immobilier. Les banques resserrent leurs conditions d'octroi de prêts pour les contrats précaires, excluant de facto une partie croissante de la population active de l'accession à la propriété.

Les conséquences pour votre portefeuille

Moins de stabilité = moins de crédits et d'investissements

La multiplication des CDD impacte directement la capacité d'emprunt des ménages. Les établissements bancaires exigent généralement un CDI ou trois années consécutives de revenus stables pour valider un dossier de prêt immobilier. Avec un taux de CDI en baisse constante, une part grandissante des actifs se voit refuser l'accès au crédit. Au-delà de l'immobilier, les projets d'investissement (rénovation énergétique, achat de véhicule, formation professionnelle) se trouvent reportés ou abandonnés. Les ménages en CDD privilégient l'épargne de précaution au détriment de la consommation, craignant la rupture brutale de leurs revenus. Un cercle vicieux s'installe : moins de consommation entraîne un ralentissement économique, qui pousse les entreprises à privilégier encore davantage les contrats courts.

La consommation à risque : quand l'emploi devient volatile

L'instabilité contractuelle modifie profondément les comportements d'achat. Les dépenses importantes (électroménager, mobilier, loisirs coûteux) sont différées, voire annulées. Les secteurs du commerce et des services en subissent les répercussions. Le marché de l'emploi n'est pas très réjouissant, comme le souligne l'analyse globale des indicateurs. La précarisation génère également une pression à la baisse sur les salaires : les travailleurs en CDD acceptent plus facilement des rémunérations inférieures pour sécuriser un revenu, même temporaire. Les négociations salariales perdent en intensité face à la crainte du chômage. Pour les plus jeunes actifs, entrer sur le marché du travail signifie désormais enchaîner plusieurs contrats courts avant d'espérer une stabilisation. Un parcours qui retarde l'indépendance financière et la constitution d'un patrimoine.

Disparités sectorielles : qui gagne, qui perd ?

Tech et construction en retrait, services publics en avant

Les données de la Dares révèlent des trajectoires divergentes selon les secteurs. L'information-communication enregistre un net repli des mouvements de main-d'œuvre sur un an, reflet des restructurations dans le numérique et les médias. La construction connaît également une baisse, conséquence du ralentissement immobilier et de la hausse des coûts des matériaux. À l'inverse, le tertiaire non marchand (santé, éducation, action sociale) affiche une forte progression des embauches. Les besoins en personnel soignant et éducatif demeurent soutenus, alimentés par le vieillissement démographique et les politiques publiques. Toutefois, même dans ces secteurs en croissance, les CDD dominent largement. Les établissements publics et associatifs recourent massivement aux contrats courts pour répondre à des besoins ponctuels ou pallier des vacances de postes. Une logique économique qui sacrifie la continuité du service et la montée en compétences des équipes. Pour les secteurs stratégiques comme la défense, la stabilité de l'emploi reste un atout pour maintenir l'expertise technique.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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