Énergie : le DG d’Eni alerte sur une pénurie de gaz en Europe

Claudio Descalzi, PDG d’Eni, alerte sur la pire crise énergétique depuis quarante ans. Les stocks européens de gaz atteignent 53%, contre 63% l’année précédente, alors que l’arrêt du gaz russe se profile en janvier 2025. Les prix flambent et menacent directement le pouvoir d’achat des ménages.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Last modified on 17 juillet 2026 7h48
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Énergie : le DG d’Eni alerte sur une pénurie de gaz en Europe - © Economie Matin
20%L'Europe a réduit sa capacité de raffinage d'au moins 20%

Claudio Descalzi, PDG d'Eni, a tiré la sonnette d'alarme devant la Commission des Activités productives de la Chambre italienne. L'Europe traverse la pire crise énergétique depuis les années 1980, avec des conséquences directes sur les factures d'électricité et de chauffage des ménages. Les stocks de gaz atteignent seulement 53%, bien en dessous des 63% de l'année précédente, alors que l'hiver approche.

Descalzi : la pire crise énergétique depuis 40 ans

Le dirigeant d'Eni n'a pas mâché ses mots lors de son audition parlementaire. "Ce que nous vivons, nous ne l'avons pas vu depuis les années 80. En cinq ans, nous avons eu le Covid, la Russie et le Moyen-Orient", a déclaré Claudio Descalzi. Une accumulation de chocs sans précédent frappe de plein fouet le continent européen, avec des répercussions immédiates sur le pouvoir d'achat.

Trois chocs en cinq ans : Covid, Russie, Moyen-Orient

La pandémie de Covid-19 a bouleversé les chaînes d'approvisionnement mondiales dès 2020. Puis, la guerre en Ukraine a coupé les flux russes traditionnels. Aujourd'hui, le blocage du détroit d'Hormuz paralyse 9 à 10 millions de barils de pétrole brut par jour, auxquels s'ajoutent 5 millions de barils de produits pétroliers et 82 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié, soit plus de 20% de la circulation mondiale. Aucun navire ne franchit ce passage stratégique depuis le 11 octobre 2024, selon les données présentées par le PDG d'Eni.

Les stocks de gaz européens à 53% : un niveau d'alerte

Les réserves européennes affichent un taux de remplissage inquiétant de 53%, contre 63% l'année précédente à la même période. L'Allemagne, première économie du continent, ne dispose que de 44% de ses capacités de stockage. L'Italie se situe à 71-72%, une position relativement favorable mais insuffisante pour compenser les déficits allemands. "Au moment où il fera plus froid, en janvier, non seulement les mètres cubes russes manqueront, mais les stocks seront également inférieurs", a prévenu Descalzi.

Impact direct sur les prix et l'inflation

La tension sur les approvisionnements se traduit mécaniquement par une flambée des prix de l'énergie. Les ménages européens subissent déjà les premières hausses, avec des perspectives encore plus sombres pour les mois à venir. La facture moyenne d'électricité pourrait augmenter significativement cet hiver, rappelant les niveaux atteints lors du pic de 2022.

Gaz : +50% en six mois au marché d'Amsterdam

Le prix du gaz au TTF d'Amsterdam, référence européenne, a bondi de 50% en six mois pour atteindre 55 euros par MWh. Une hausse spectaculaire qui reflète l'angoisse des marchés face aux ruptures d'approvisionnement. Les États-Unis compensent partiellement la pénurie en vendant déjà 50 milliards de mètres cubes de GNL à l'Europe, mais ce volume ne suffira pas à combler le déficit structurel. Les pays de l'OCDE ont mobilisé 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques pour maintenir le pétrole entre 90 et 100 dollars, une intervention massive qui témoigne de la gravité de la situation.

Diesel et jet-fuel : la pénurie qui renchérit les transports

L'Europe a réduit sa capacité de raffinage d'au moins 20%, créant une pénurie critique de diesel et de kérosène. L'Italie doit importer 5 millions de tonnes de jet-fuel annuellement alors qu'elle n'en produit que 2,5 millions. La fermeture progressive des raffineries européennes, notamment en France et en Italie, oblige le continent à dépendre davantage des importations américaines et asiatiques. Les prix des carburants à la pompe répercutent directement ces tensions, alimentant l'inflation des coûts de transport et, par ricochet, celle des produits alimentaires. Une tendance qui s'ajoute à la hausse de 26 euros par an sur les factures d'électricité pour 19 millions de ménages français.

L'hiver 2026-2027 : moment critique pour les ménages

La période hivernale s'annonce particulièrement délicate. Les températures basses coïncideront avec l'arrêt définitif des livraisons russes et des stocks déjà insuffisants. Les gouvernements européens préparent des plans d'urgence, mais les marges de manœuvre restent limitées face à une crise d'une telle ampleur.

Janvier 2027 : arrêt complet du gaz russe

À partir du 1er janvier 2027, l'Europe sera confrontée à un arrêt complet du gaz naturel liquéfié en provenance de Russie, soit 36 milliards de mètres cubes annuels qui disparaîtront des approvisionnements. Un volume colossal que les fournisseurs alternatifs peinent à remplacer intégralement. Les contrats de long terme avec la Norvège, l'Algérie et le Qatar ne couvrent qu'une partie de ce manque structurel. La dépendance croissante au GNL américain redessine la géopolitique énergétique européenne, avec des conséquences sur les prix à long terme.

Allemagne à 44%, Italie à 72% : des situations contrastées

Les disparités entre États membres révèlent des vulnérabilités différenciées. L'Allemagne, lourdement dépendante du gaz russe jusqu'en 2022, n'a pas reconstitué ses stocks au rythme nécessaire. L'Italie bénéficie de sa diversification précoce vers l'Afrique du Nord et d'infrastructures de stockage plus développées. Néanmoins, aucun pays européen n'échappe à la pression sur les prix. Les mécanismes de solidarité européenne, censés mutualiser les approvisionnements, montrent leurs limites face à l'ampleur du choc. Descalzi a critiqué vivement la politique énergétique de Bruxelles : "L'Europe ne veut pas de la chimie et nous dit en face que nous devons quitter l'Europe", dénonçant l'absence de défense du secteur industriel européen.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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