Pendant des années, nous, hôteliers, avons considéré les meublés de tourisme comme des concurrents déloyaux. Nous avions raison de dénoncer les distorsions de concurrence et de demander une régulation plus juste. Ce combat était indispensable et il doit se poursuivre.
Et si les hôteliers devenaient les partenaires des propriétaires de meublés de tourisme ?

Mais cela ne suffit plus. On ne construit pas l'avenir d'une profession en se contentant de freiner l'évolution du monde. La régulation protège notre profession, mais elle ne prépare pas l'avenir de nos entreprises.
Car une réalité s'impose : les locations de courte durée occupent désormais une place durable dans le tourisme français. Plus de 1,3 million d'annonces sont proposées chaque mois sur les plateformes et génèrent désormais plus de 40 % des nuitées touristiques.
Nous pouvons donc continuer à subir cette évolution ou décider d'en reprendre la maîtrise.
Je fais le choix de la seconde option.
Les hôteliers doivent cesser de considérer les meublés de tourisme uniquement comme une menace. Ils doivent comprendre les attentes auxquelles ils répondent aujourd'hui et devenir les partenaires des propriétaires.
Qui est aujourd'hui le mieux placé pour accueillir un voyageur, lui remettre les clés, le conseiller, assurer le ménage, la blanchisserie, la maintenance et intervenir en cas d'imprévu ? Une conciergerie créée il y a quelques mois ? Un co-hôte recruté par une plateforme ? Ou un hôtelier qui exerce ce métier, 365 jours par an ? La réponse est évidente.
Nous disposons déjà de tous les services que ces nouveaux acteurs cherchent à développer. Surtout, nous sommes des partenaires de proximité, reconnus et dignes de confiance, avec une connaissance unique de nos territoires et de leurs richesses.
Je crois à une évolution du modèle hôtelier.
L'hôtel indépendant ne doit plus limiter son activité à ses seules chambres. Il peut devenir la tête de réseau de l'hébergement touristique local, au service des propriétaires de meublés de tourisme, et retrouver un rôle central dans l'accueil des voyageurs.
Concrètement, les propriétaires y gagneraient un partenaire de confiance pour gérer leur bien de A à Z ; les hôtels, de nouveaux revenus ; et les territoires, une offre touristique plus qualitative et mieux organisée.
Cette vision n'a rien d'utopique. En Italie, le modèle de l'Albergo Diffuso, ou « hôtel disséminé », montre qu'il est possible de réunir plusieurs logements répartis dans un même village sous une gestion hôtelière unique, avec une réception et des services communs. La France dispose d'un atout supplémentaire : plus de huit hôtels sur dix sont des établissements indépendants. Ce réseau exceptionnel constitue un formidable point d'appui pour structurer l'hébergement touristique, offrir un accueil professionnel et faire de l'hôtel la porte d'entrée naturelle de la destination.
Car l'enjeu dépasse largement la création de nouvelles sources de revenus pour les établissements hôteliers. Il s'agit de reconstruire une relation directe avec des voyageurs qui, aujourd'hui, séjournent sur nos territoires sans jamais pousser la porte d'un hôtel.
Avec l'essor des locations meublées de courte durée, nous avons laissé s'installer une situation paradoxale : des millions de visiteurs découvrent la France sans bénéficier de l'accueil, des conseils et des services de professionnels qui connaissent le mieux leur territoire.
Pourtant, rien n'empêche un voyageur logé dans un appartement de prendre son petit-déjeuner à l'hôtel, de déjeuner ou de dîner au restaurant, de réserver une activité, de profiter d'un espace bien-être ou, tout simplement, de demander conseil à un hôtelier.
Ne nous trompons pas : les plateformes continueront d'organiser les réservations. Elles continueront de transformer le marché. Mais elles ne remplaceront jamais ce qui fait la force des hôteliers depuis toujours : l'accueil, le service, la présence humaine et la connaissance du territoire. C'est sur ce terrain que nous devons reprendre l'initiative.
À nous, aujourd'hui, de faire évoluer notre métier.
Le combat pour une régulation plus juste des meublés de tourisme reste indispensable. Mais il ne suffira pas, à lui seul, à créer les revenus de demain.
L'avenir de l'hôtellerie ne consiste pas seulement à défendre ses parts de marché. Il consiste à inventer un nouveau modèle dans lequel l'hôtel redevient le point d'ancrage de l'hospitalité locale et le partenaire de référence des propriétaires de meublés de tourisme, qui représentent aujourd'hui près de 200 millions de nuitées par an.
Reprenons l'initiative.
N'abandonnons pas aux plateformes l'expérience de nos territoires.
