Stellantis ferme Douvrin : 55 ans de production automobile s’achèvent en octobre 2026

L’usine Stellantis de Douvrin ferme définitivement le 30 octobre 2024 après 55 ans de production de moteurs thermiques. Cette décision met fin à une activité ayant généré 40 millions de motorisations, dans un contexte de transition vers l’électrique marqué par les difficultés de la gigafactory ACC voisine.

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By Cédric Bonnefoy Published on 21 juillet 2026 13h54
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Stellantis ferme Douvrin : 55 ans de production automobile s’achèvent en octobre 2026 - © Economie Matin
40 millions de moteursLe site Stellantis de Douvrin a produit 40 millions de moteurs depuis son ouverture.

Le constructeur Stellantis met fin à plus d'un demi-siècle d'histoire industrielle. Son usine de Douvrin, dans le Pas-de-Calais, cessera toute production de moteurs thermiques le 30 octobre 2024. Inauguré en 1969 par Peugeot et Renault sous l'enseigne Française de Mécanique, le site aura fabriqué 40 millions de motorisations durant 55 années d'activité ininterrompue. La décision, annoncée lors d'un comité social et économique extraordinaire, concrétise la transition vers l'électrique du groupe automobile, dans un contexte de mutations profondes du secteur.

L'usine Stellantis de Douvrin ferme définitivement en octobre 2024

La fermeture intervient après plusieurs mois de négociations sociales. Laurent Oechsel, délégué syndical central CFE-CGC, confirme que la date du 30 octobre marque l'aboutissement d'un accord préalable : « On avait demandé que la production continue tant qu'il restait des salariés et là on a atteint la limite. C'est conforme à ce qu'on avait convenu avec la direction. » Le calendrier reflète une gestion progressive des effectifs, permettant d'échelonner les départs plutôt que de procéder à un arrêt brutal.

Le site a produit des moteurs emblématiques pour les marques du groupe : les blocs D des Renault Twingo et Clio, les moteurs X des Peugeot 104 et 205, ainsi que le célèbre V6 PRV. La fin de production symbolise l'abandon définitif des motorisations thermiques au profit des batteries électriques, stratégie adoptée par l'ensemble des constructeurs européens face aux normes environnementales renforcées.

Chiffres clés : d'une usine phare à moins de 100 salariés

Les données illustrent l'ampleur du déclin. À son apogée, Douvrin employait 5.800 salariés et constituait un pilier de l'emploi industriel régional. Aujourd'hui, moins de 50 CDI et une cinquantaine d'intérimaires demeurent sur place, chargés des dernières opérations de démontage et de sécurisation. La production cumulée de 40 millions de moteurs en 55 ans représentait une moyenne de 727.000 unités annuelles, témoignant d'une cadence industrielle soutenue pendant des décennies.

Le bassin d'emploi du Pas-de-Calais, déjà fragilisé par la fin de l'exploitation minière dans les années 1990, subit un nouveau choc. Douvrin incarnait une reconversion industrielle réussie après la fermeture des houillères. Sa disparition pose la question de l'avenir économique d'un territoire confronté à des mutations successives, alors que les choix stratégiques de l'État en matière automobile privilégient désormais les véhicules électriques.

Transition énergétique : le pari manqué de la gigafactory ACC

La gigafactory ACC (Automotive Cells Company), implantée à proximité immédiate de Douvrin en 2023, devait compenser les pertes d'emplois liées à l'arrêt des moteurs thermiques. Le projet, porté majoritairement par Stellantis, vise à produire des batteries lithium-ion pour les véhicules électriques du groupe. Pourtant, les difficultés s'accumulent. Yann Vincent, ancien directeur général de Stellantis, reconnaissait en avril 2024 sur BFM Business : « Ce sont des procédés de fabrication extrêmement compliqués, pour lesquels il faut du temps pour arriver à les maîtriser parfaitement. »

Les délais de livraison des SUV électriques Peugeot 3008 et 5008 équipés de batteries ACC atteignent 9 à 12 mois, contre 3 à 6 mois pour les modèles concurrents. Les taux de rebut en production restent élevés, fragilisant la rentabilité du site. Face aux fabricants chinois, qui bénéficient de vingt années d'avance technologique et de coûts de production inférieurs de 30 à 40%, ACC peine à tenir ses objectifs de montée en cadence. Le choix technologique de la chimie NMC (nickel-manganèse-cobalt) plutôt que LFP (lithium-fer-phosphate), moins coûteuse, interroge également sur la compétitivité à long terme.

Reconversion des 337 salariés : mesures d'accompagnement et réalités du marché

Depuis l'annonce de fermeture, 337 salariés ont bénéficié de dispositifs d'accompagnement : mobilité interne vers d'autres sites Stellantis, mobilité externe avec formation financée, ou plans seniors pour les plus de 57 ans. Ces mesures, négociées avec les syndicats majoritaires, visent à éviter les licenciements secs. Néanmoins, la mobilité géographique impose des contraintes familiales importantes, notamment pour les salariés enracinés dans le Pas-de-Calais depuis plusieurs générations.

Les opportunités d'emploi industriel demeurent limitées dans la région. Les secteurs porteurs comme la finance ou les services numériques exigent des reconversions radicales, peu compatibles avec les compétences techniques des ouvriers spécialisés. Le taux de reclassement effectif reste difficile à évaluer, mais les témoignages syndicaux évoquent des parcours individuels contrastés, entre réussites professionnelles et situations de précarité.

Cedric.bonnefoy

Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

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