Airbus Canada vient de décrocher la plus importante commande ferme de l’A220 avec 150 appareils destinés à AirAsia, valorisée à 19 milliards de dollars (soit 16,1 milliards d’euros). Ce contrat historique renforce l’industrie aéronautique québécoise malgré les défis de production persistants sur le site de Mirabel, au Québec.
Airbus décroche la plus importante commande de son histoire avec 150 appareils A220 pour AirAsia

Airbus remporte un contrat historique de 150 A220-300 avec AirAsia
Airbus Canada vient de décrocher la plus importante commande ferme jamais enregistrée pour l'A220, scellant un contrat portant sur 150 appareils A220-300 destinés à la compagnie malaisienne AirAsia. Cette commande, évaluée à 19 milliards de dollars au prix catalogue (soit l'équivalent de 16,1 milliards d'euros), constitue un tournant majeur pour l'industrie aéronautique québécoise et confirme l'ascension fulgurante de cet avion monocouloir assemblé à Mirabel, au Québec.
L'accord paraphé le 6 mai 2026 sur le site de Mirabel marque une étape décisive pour le programme A220, anciennement baptisé CSeries de Bombardier avant son acquisition par Airbus en 2018. Les livraisons s'amorceront au premier trimestre 2028 et s'échelonneront jusqu'en 2039, a fait savoir Tony Fernandes, le directeur général d'AirAsia.
Une stratégie audacieuse en période d'incertitude
Cette commande massive survient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, marqué par l'intensification des conflits au Moyen-Orient et l'envolée des cours du carburant consécutive au blocus du détroit d'Hormuz. Pour Tony Fernandes, cette conjoncture ne constitue nullement un obstacle, mais plutôt une fenêtre d'opportunité : « Les observateurs s'interrogent sur la pertinence d'acquérir autant d'appareils durant cette crise, mais les turbulences sont précisément le moment d'adopter des positions audacieuses et offensives. Les conflits armés ne perdurent jamais éternellement ».
Le choix de l'A220 s'ancre dans une logique d'efficacité énergétique particulièrement judicieuse dans l'environnement actuel. Comparé aux générations antérieures d'appareils tels que l'A320ceo, l'A220 affiche une consommation de carburant inférieure de 20%, des émissions réduites dans les mêmes proportions et des coûts d'exploitation diminués de plus de 10%. Ces performances techniques répondent directement aux impératifs économiques contemporains du transport aérien.

Un programme québécois en quête de rentabilité
Malgré ce succès commercial retentissant, Airbus Canada demeure confrontée à des défis de production persistants dans son usine de Mirabel. L'installation peine à franchir le cap de sept appareils mensuels en moyenne, soit la moitié du seuil requis pour atteindre l'équilibre financier. Guillaume Chevasson, directeur général d'Airbus Canada, concède que le programme demeure « à quelques encablures » de la profitabilité, avec un objectif de production fixé à 13 avions par mois d'ici début 2028.
Ces difficultés d'accélération de la cadence s'expliquent par une série de goulots d'étranglement touchant l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, des moteurs aux voilures. John Gradek, professeur de gestion aéronautique à l'Université McGill, souligne l'incertitude qui demeure : « Les débats restent ouverts quant à la capacité du produit canadien tant vanté par [le Premier ministre] Carney d'être manufacturé à un rythme économiquement viable pour les constructeurs ».
Les chiffres témoignent néanmoins d'une montée en puissance progressive : 5.000 salariés œuvrent actuellement sur le site de Mirabel, fruit de 2 500 embauches réalisées au cours des quatre dernières années. Au 30 mars dernier, 501 A220 avaient été livrés à environ 25 clients à travers le monde, chaque appareil affichant une réduction de 25% des émissions de CO₂ par siège comparativement aux générations précédentes. Cette dynamique positive, analysée récemment dans nos colonnes concernant les résultats financiers d'Airbus, illustre les défis de l'industrie aéronautique contemporaine.
AirAsia devient le client de lancement d'une nouvelle configuration
Au-delà du volume de cette commande record, AirAsia endosse le rôle de client de lancement mondial d'une nouvelle configuration haute densité de l'A220-300, portant la capacité à 160 sièges. Cette adaptation répond aux exigences spécifiques des compagnies low-cost asiatiques, permettant d'optimiser la rentabilité sur les liaisons régionales tout en préservant le confort passager caractéristique de l'appareil.
La stratégie d'AirAsia consiste à déployer ces nouveaux A220 principalement sur les liaisons intra-ASEAN et Asie-Pacifique, libérant ainsi ses A320, A321 et A330 pour des destinations transcontinentales vers l'Europe, l'Australie et l'Amérique du Nord. Cette approche illustre parfaitement la polyvalence opérationnelle de l'A220, capable de desservir économiquement des marchés secondaires et émergents traditionnellement délaissés par les gros-porteurs.
L'accord inclut également une option pour 150 appareils supplémentaires de la famille A220, portant potentiellement le total à 300 avions. Parallèlement, AirAsia a paraphé des accords d'achat de moteurs et de maintenance à long terme avec la division Pratt & Whitney de RTX Corporation, fournisseur exclusif des moteurs PW1521G-3 de l'A220.
