Iran : la guerre a coûté 37 milliards de dollars, mais le vrai prix dépasse les 100 milliards

Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth estime à 37,5 milliards de dollars le coût de la guerre en Iran depuis février 2026, tout en réclamant 88 milliards supplémentaires. Mais les analystes indépendants évaluent le vrai coût à plus de 100 milliards, révélant un écart troublant de 62,5 milliards dans la comptabilité du Pentagone.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 22 juillet 2026 5h36
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Iran : la guerre a coûté 37 milliards de dollars, mais le vrai prix dépasse les 100 milliards - © Economie Matin
88 MILLIARDS $Hegseth a réclamé 88 milliards de dollars de financement supplémentaire pour poursuivre les opérations.

Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a témoigné devant le Sénat américain le 21 juillet 2026 avec une estimation pour le moins controversée. Selon ses déclarations officielles, la guerre contre l'Iran aurait coûté 37,5 milliards de dollars depuis février 2026. Pourtant, les analystes indépendants et les responsables du renseignement américain évaluent le vrai coût à plus de 100 milliards. Cet écart de 62,5 milliards révèle un problème majeur de transparence budgétaire au Pentagone, avec des implications directes sur les finances publiques américaines et les arbitrages budgétaires nationaux.

37,5 milliards déclarés : le chiffre officiel de Hegseth

Devant la Commission des crédits du Sénat, Pete Hegseth a présenté un bilan financier qui soulève immédiatement des questions. L'estimation de 37,5 milliards de dollars englobe cinq mois de conflit armé, depuis le début des hostilités en février 2026 jusqu'à la date de l'audience. Ce montant inclut les opérations militaires directes, une partie des munitions utilisées et les déploiements de troupes dans la région du Golfe Persique.

Composition des dépenses selon le Pentagone

Le Pentagone n'a pas détaillé publiquement la ventilation exacte de ces 37,5 milliards. Toutefois, les documents budgétaires suggèrent que cette somme couvre principalement les coûts opérationnels immédiats : carburant pour les aéronefs, soldes des troupes déployées, maintenance de base des équipements et une fraction des missiles de précision tirés. Les pertes matérielles majeures, notamment les 42 aéronefs endommagés ou détruits, semblent exclues de ce calcul. Le conflit a également provoqué 17 morts parmi les soldats américains et plus de 100 blessés, dont trois décès annoncés la semaine précédant l'audience.

La demande de 88 milliards supplémentaires

Parallèlement à son estimation, Hegseth a réclamé 88 milliards de dollars de financement supplémentaire pour poursuivre les opérations. Sur ce montant, 67,1 milliards sont spécifiquement destinés à la guerre en Iran, le reste concernant d'autres priorités de défense. « Sans ces fonds, nous faisons face à des pénuries critiques », a-t-il déclaré aux sénateurs. Cette demande intervient alors que le Pentagone dispose encore de 75 milliards de dollars non engagés, provenant du package de réconciliation budgétaire de l'année précédente. L'utilisation de ces réserves n'a pas été clairement justifiée lors de l'audience.

Le vrai coût : 100+ milliards selon les analystes indépendants

Les experts indépendants contestent vigoureusement les chiffres avancés par le secrétaire à la Défense. Selon les responsables du renseignement américain et plusieurs analystes, le coût réel de la guerre dépasse largement les 100 milliards de dollars. Cet écart monumental soulève des interrogations sur la méthodologie comptable employée par le Pentagone et sur les postes budgétaires délibérément omis dans l'estimation officielle.

L'analyse détaillée de Stephen Semler : 102,7 milliards

Stephen Semler, analyste pour Popular Information, a publié une évaluation minutieuse qui chiffre les dépenses à 102,7 milliards de dollars. Sa méthodologie inclut trois catégories majeures : 28 milliards pour la mobilisation des forces et les coûts de combat immédiats, 46,7 milliards pour les missiles et munitions consommés, et 20,3 milliards pour les actifs militaires endommagés ou détruits. Cette dernière catégorie, absente du calcul officiel, comprend les aéronefs perdus, les navires endommagés et les équipements électroniques sophistiqués détruits lors des frappes iraniennes. L'impact sur les marchés énergétiques amplifie également les coûts indirects pour l'économie américaine.

Où est l'écart de 62,5 milliards ?

La différence entre 37,5 et 100 milliards ne relève pas d'une simple divergence d'appréciation. Les analystes pointent plusieurs omissions majeures dans le calcul du Pentagone. Les stocks de missiles de précision épuisés, évalués à plusieurs dizaines de milliards, ne figurent pas dans l'estimation officielle. Les coûts de remplacement des équipements détruits, les indemnités versées aux familles des soldats tués, les soins médicaux à long terme pour les blessés et la logistique étendue dans toute la région du Golfe semblent également exclus. Cette opacité comptable rappelle les problèmes similaires rencontrés lors des guerres en Irak et en Afghanistan, où les coûts réels ont été systématiquement sous-estimés pendant des années.

Implications pour le budget fédéral américain

Au-delà des chiffres bruts, cette guerre pèse lourdement sur les finances publiques américaines. Si l'on retient l'estimation basse de 37,5 milliards, la demande supplémentaire de 88 milliards porte le coût total potentiel à 125,5 milliards. Avec l'estimation haute de 102,7 milliards déjà dépensés, le total pourrait atteindre 190 milliards. Ces sommes représentent une ponction considérable sur le budget fédéral, dans un contexte où l'inflation reste une préoccupation majeure pour les ménages américains.

Les 75 milliards disponibles du package précédent

Le Pentagone conserve 75 milliards de dollars de financement non engagé, issus du package de réconciliation budgétaire voté l'année précédente. Lors de l'audience, plusieurs sénateurs ont interrogé Hegseth sur l'utilisation de ces fonds avant de réclamer un financement supplémentaire. La sénatrice démocrate Patty Murray, vice-présidente de la Commission des crédits, a déclaré : « Cette guerre s'aggrave maintenant hors de contrôle ». Les explications du secrétaire à la Défense sur la nécessité de conserver ces réserves pour d'autres urgences n'ont pas convaincu l'opposition démocrate ni certains républicains modérés comme Susan Collins et Lisa Murkowski.

Arbitrage budgétaire : défense vs autres priorités

Chaque dollar consacré à la guerre en Iran est un dollar qui ne finance pas les infrastructures, l'éducation ou la santé publique. Les marchés financiers surveillent attentivement l'impact de ces dépenses militaires sur la dette fédérale américaine, déjà à des niveaux historiquement élevés. Les économistes craignent que ces dépenses non planifiées n'alimentent l'inflation et ne contraignent la Réserve fédérale à maintenir des taux d'intérêt élevés plus longtemps que prévu. Les ménages américains subissent déjà les conséquences indirectes du conflit, notamment via la hausse des prix du carburant due au contrôle iranien du détroit d'Ormuz, qui affecte un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz.

Transparence budgétaire : un problème systémique

L'écart entre les chiffres officiels et les estimations indépendantes n'est pas une anomalie isolée. Il révèle un problème structurel dans la comptabilité de défense américaine. Le Pentagone a échoué à plusieurs audits financiers ces dernières années, incapable de justifier des centaines de milliards de dollars de dépenses. Dans le cas de la guerre en Iran, cette opacité empêche le Congrès d'exercer pleinement son rôle de contrôle budgétaire. Les deux chambres ont adopté une résolution sur les pouvoirs de guerre, exhortant le président à obtenir une autorisation explicite pour poursuivre les opérations, mais l'administration invoque ses prérogatives constitutionnelles pour continuer sans approbation formelle.

La question dépasse désormais le cadre militaire pour devenir un enjeu de gouvernance démocratique. Sans chiffres fiables, impossible d'évaluer le rapport coût-bénéfice de cette guerre, ni de planifier les priorités budgétaires futures. Les contribuables américains méritent une comptabilité transparente, surtout quand les sommes en jeu dépassent les 100 milliards de dollars. Le sénateur Dick Durbin a pressé Hegseth de fournir des estimations plus détaillées, mais la réponse du secrétaire à la Défense est restée évasive, se contentant d'affirmer que « la meilleure façon de créer la paix est de se préparer à la guerre, de la dissuader ». Une philosophie coûteuse dont le prix réel reste à déterminer.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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