Superprofits pétroliers : au tour de Shell de gagner des milliards

Shell annonce 9,84 milliards de dollars de bénéfices au deuxième trimestre 2026, ses meilleurs résultats en quatre ans grâce à la flambée des prix du pétrole liée au conflit iranien. Pendant que l’Europe subit incendies et vagues de chaleur, les organisations environnementales réclament une taxe sur les superprofits énergétiques pour financer la transition climatique et soulager les ménages.

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By La rédaction Published on 30 juillet 2026 13h50
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Superprofits pétroliers : au tour de Shell de gagner des milliards - © Economie Matin
8,79 MILLIARDS $Les résultats dépassent largement les prévisions des analystes, qui tablaient sur 8,79 milliards

Pendant que les Européens suffoquent sous les vagues de chaleur et que les incendies ravagent les forêts, Shell annonce ses meilleurs résultats trimestriels en quatre ans : 9,84 milliards de dollars de bénéfices. Une aubaine qui ravive le débat sur la redistribution des superprofits énergétiques.

Les chiffres tombent au pire moment. Alors que l'Europe fait face à une crise climatique d'une violence inédite, le géant pétrolier britannique affiche une santé financière insolente. Au deuxième trimestre 2026, Shell a plus que doublé ses profits par rapport à l'année précédente, passant de 4,26 milliards à 9,84 milliards de dollars. Un bond spectaculaire directement lié aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et à l'envolée des prix du pétrole.

Shell encaisse ses plus gros profits en quatre ans

9,84 milliards de dollars : quand la géopolitique enrichit les majors

Les résultats dépassent largement les prévisions des analystes, qui tablaient sur 8,79 milliards selon le consensus LSEG. Il s'agit de la meilleure performance trimestrielle depuis le deuxième trimestre 2022, lorsque l'invasion russe de l'Ukraine avait propulsé les bénéfices à 11,47 milliards de dollars. Le parallèle est troublant : à chaque crise majeure, les majors pétrolières empochent des gains record.

Le flux de trésorerie d'exploitation atteint 21,4 milliards de dollars sur le trimestre. L'endettement net recule de 52,6 milliards fin mars à 41,75 milliards fin juin. Shell maintient par ailleurs son programme de rachat d'actions à 3 milliards de dollars pour le trimestre suivant, signe d'une confiance inébranlable dans sa capacité à générer du cash. Sur le premier semestre 2026, les bénéfices ont progressé de 70% par rapport à la même période en 2025.

Le conflit iranien, moteur de la hausse des prix

L'escalade entre les États-Unis et l'Iran a bouleversé les marchés énergétiques. Le baril de Brent, qui stagnait autour de 61 dollars en janvier 2026, a grimpé jusqu'à 126 dollars fin avril avant de refluer sous les 100 dollars. Le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour 20% du pétrole mondial, est au cœur des tensions. Les perturbations ont créé une volatilité dont Shell a su tirer parti, notamment via ses activités de trading.

Paradoxalement, la production de gaz de Shell a chuté de 909 000 barils équivalent pétrole par jour au premier trimestre à 631 000 au deuxième. L'installation Pearl de liquéfaction du gaz au Qatar a subi des dégâts étendus lors d'une attaque à la roquette en mars. Les réparations devraient durer environ un an. Malgré cette baisse de production, les prix élevés ont plus que compensé les pertes opérationnelles.

Pendant ce temps, l'Europe brûle et les factures explosent

Incendies, vagues de chaleur : le contexte climatique qui rend la controverse inévitable

La publication des résultats intervient dans un contexte explosif. L'Europe traverse une vague de chaleur historique accompagnée d'incendies dévastateurs. Les températures records et la sécheresse frappent le Royaume-Uni, la France, l'Espagne et l'Italie. Les scientifiques établissent un lien direct entre ces événements extrêmes et les émissions de gaz à effet de serre, dont l'industrie pétrolière est l'un des principaux contributeurs.

Pour les ménages européens, la double peine est cruelle. D'un côté, les factures énergétiques restent élevées malgré la baisse récente des prix du brut. De l'autre, les coûts liés aux catastrophes climatiques pèsent sur les budgets publics et privés. "Alors que des vagues de chaleur extrêmes et des incendies frappent le Royaume-Uni et ravagent l'Europe, il est scandaleux que Shell engrange d'énormes profits tout en continuant d'alimenter la crise climatique", dénonce Danny Gross, responsable énergie chez Friends of the Earth.

Les appels à une taxe sur les profits exceptionnels gagnent du terrain

Les organisations environnementales multiplient les appels à l'action. Greenpeace, Friends of the Earth et Uplift réclament une taxation des superprofits énergétiques. Rudy Schulkind, militant chez Greenpeace, résume : "L'Europe est engloutie par des incendies apocalyptiques, des communautés en Asie sont dévastées par des inondations, et le Royaume-Uni lutte contre la sécheresse et une chaleur dangereuse. Shell empoche les profits, et nous payons tous la facture catastrophique."

Le débat dépasse les cercles militants. Plusieurs gouvernements européens, confrontés à une opinion publique excédée, étudient sérieusement l'option fiscale. L'argument est simple : pourquoi les citoyens devraient-ils supporter seuls le coût de la transition énergétique et des catastrophes climatiques, pendant que les responsables historiques du problème engrangent des milliards ?

Redistribution ou statu quo ? Le débat qui divise l'Europe

Qu'est-ce qu'une taxe windfall ? Comment ça marche ?

Une taxe sur les profits exceptionnels, ou windfall tax, cible les gains jugés anormaux ou non liés à l'effort de l'entreprise. Le principe : lorsqu'une société bénéficie de circonstances extérieures (guerre, crise, pénurie) pour engranger des profits inattendus, une partie devrait revenir à la collectivité. Plusieurs pays européens ont déjà expérimenté ce mécanisme lors du choc énergétique de 2022. L'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni ont prélevé entre 25% et 45% sur les superprofits énergétiques.

Les partisans de la taxe soulignent son double intérêt : financer la transition énergétique et compenser les ménages frappés par l'inflation. Les opposants, dont Shell, arguent qu'elle pénalise l'investissement et décourage l'exploration. Le secteur pétrolier rappelle qu'il supporte déjà une fiscalité lourde et que les profits d'aujourd'hui financent les infrastructures de demain. Un argument qui peine à convaincre face aux 11,2 milliards de bénéfices de TotalEnergies sur le premier semestre 2026.

Shell défend sa stratégie : "La volatilité est la nouvelle norme"

Wael Sawan, PDG de Shell, assume pleinement la stratégie de son groupe. "La volatilité est la nouvelle norme. Nous avons construit une entreprise capable de prospérer malgré cette volatilité", a-t-il déclaré sur CNBC. Le dirigeant souligne que Shell a diversifié ses activités de trading et optimisé ses opérations pour capter les opportunités de marché, quelle que soit la conjoncture.

L'argument de la résilience masque mal une réalité dérangeante : Shell profite directement des crises qu'elle contribue à aggraver. Pendant que les énergies renouvelables battent des records de production, les majors pétrolières continuent d'investir massivement dans les hydrocarbures. Le groupe britannique prévoit de maintenir sa production de pétrole et de gaz au niveau actuel jusqu'en 2030, malgré les engagements climatiques internationaux.

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